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On considère un entier naturel n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. On cherche à déterminer les valeurs de nn pour lesquelles il existe une matrice A∈Mn(R)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}) satisfaisant les trois conditions suivantes :

  1. A5−2A4−2A3+A2+4A+4In=0A^{5}-2 A^{4}-2 A^{3}+A^{2}+4 A+4 I_{n}=0
  2. Tr⁡(A3)=0\operatorname{Tr}\left(A^{3}\right)=0
  3. det⁡(A)=1\operatorname{det}(A)=1

1.

Commencer par factoriser le polynôme annulateur P(X)=X5−2X4−2X3+X2+4X+4P(X) = X^5 - 2X^4 - 2X^3 + X^2 + 4X + 4 dans R[X]\mathbb{R}[X] puis dans C[X]\mathbb{C}[X].

2.

Utiliser le fait que les valeurs propres (complexes) de AA sont nécessairement des racines de ce polynôme.

3.

Traduire les conditions sur la trace de A3A^3 et le déterminant de AA en termes de multiplicités des valeurs propres, en n'oubliant pas que AA est une matrice réelle.

Idées clés

•

Lien entre racines d'un polynôme annulateur et spectre.

•

Propriétés des matrices réelles (les valeurs propres non réelles sont conjuguées deux à deux).

•

Expressions de la trace et du déterminant en fonction des valeurs propres.

1. Factorisation du polynôme annulateur.

Soit P(X)=X5−2X4−2X3+X2+4X+4P(X) = X^5 - 2X^4 - 2X^3 + X^2 + 4X + 4. On cherche des racines évidentes. On remarque que P(−1)=−1−2+2+1−4+4=0P(-1) = -1 - 2 + 2 + 1 - 4 + 4 = 0. En dérivant, P′(X)=5X4−8X3−6X2+2X+4P'(X) = 5X^4 - 8X^3 - 6X^2 + 2X + 4, on a P′(−1)=5+8−6−2+4=9≠0P'(-1) = 5 + 8 - 6 - 2 + 4 = 9 \neq 0. Ainsi, −1-1 est une racine simple. La division euclidienne donne :

P(X)=(X+1)(X4−3X3+X2+4)P(X) = (X+1)(X^4 - 3X^3 + X^2 + 4)

Soit Q(X)=X4−3X3+X2+4Q(X) = X^4 - 3X^3 + X^2 + 4. On teste X=2X=2 : Q(2)=16−24+4+4=0Q(2) = 16 - 24 + 4 + 4 = 0. On a Q′(X)=4X3−9X2+2XQ'(X) = 4X^3 - 9X^2 + 2X, donc Q′(2)=32−36+4=0Q'(2) = 32 - 36 + 4 = 0. Ainsi, 22 est racine au moins double de QQ. On trouve :

Q(X)=(X−2)2(X2+X+1)Q(X) = (X-2)^2 (X^2 + X + 1)

Les racines de X2+X+1X^2+X+1 sont j=e2iπ/3j = e^{2i\pi/3} et j‾=j2\overline{j} = j^2. Finalement :

P(X)=(X+1)(X−2)2(X−j)(X−j2)\boxed{P(X) = (X+1)(X-2)^2(X-j)(X-j^2)}

2. Analyse des valeurs propres.

Soit SpC(A)\text{Sp}_{\mathbb{C}}(A) le spectre de AA dans C\mathbb{C}. Comme P(A)=0P(A)=0, les valeurs propres de AA sont incluses dans l'ensemble des racines de PP : {−1,2,j,j2}\{-1, 2, j, j^2\}. Puisque AA est une matrice réelle, si jj est valeur propre de multiplicité njn_j, alors sa conjuguée j2j^2 est aussi valeur propre avec la même multiplicité njn_j. Notons n−1n_{-1} la multiplicité de −1-1 et n2n_2 celle de 22. La dimension de la matrice impose :

n=n−1+n2+2nj\boxed{n = n_{-1} + n_2 + 2n_j}

3. Utilisation des conditions sur le déterminant et la trace.

La condition det⁡(A)=1\det(A)=1 s'écrit comme le produit des valeurs propres (avec multiplicité) :

det⁡(A)=(−1)n−1⋅2n2⋅(j⋅j2)nj=(−1)n−12n2=1\det(A) = (-1)^{n_{-1}} \cdot 2^{n_2} \cdot (j \cdot j^2)^{n_j} = (-1)^{n_{-1}} 2^{n_2} = 1

Comme n2∈Nn_2 \in \mathbb{N}, la seule possibilité pour que 2n22^{n_2} soit une puissance de −1-1 est n2=0n_2 = 0. Il reste (−1)n−1=1(-1)^{n_{-1}} = 1, ce qui impose que n−1n_{-1} soit pair.

n2=0etn−1∈2N\boxed{n_2 = 0   \text{et}   n_{-1} \in 2\mathbb{N}}

La condition Tr(A3)=0\text{Tr}(A^3)=0 s'exprime via les valeurs propres de A3A^3. Si λ∈Sp(A)\lambda \in \text{Sp}(A), alors λ3∈Sp(A3)\lambda^3 \in \text{Sp}(A^3). Ici : (−1)3=−1(-1)^3 = -1, j3=1j^3 = 1 et (j2)3=1(j^2)^3 = 1. Ainsi :

Tr(A3)=n−1(−1)+2nj(1)=0  ⟹  n−1=2nj\text{Tr}(A^3) = n_{-1}(-1) + 2n_j(1) = 0 \implies \boxed{n_{-1} = 2n_j}

4. Conclusion sur nn.

En injectant ces résultats dans l'expression de nn :

n=n−1+0+2nj=2nj+2nj=4njn = n_{-1} + 0 + 2n_j = 2n_j + 2n_j = 4n_j

Ainsi, nn doit être un multiple de 4.

5. Synthèse (existence).

Si n=4kn = 4k avec k≥1k \geq 1, on peut construire une matrice par blocs. Il suffit de trouver une matrice BB d'ordre 4 vérifiant les conditions avec n−1=2n_{-1}=2 and nj=1n_j=1. Soit C=(−1/2−3/23/2−1/2)C = \begin{pmatrix} -1/2 & -\sqrt{3}/2
\sqrt{3}/2 & -1/2 \end{pmatrix}
la matrice de rotation d'angle 2π/32\pi/3, dont le polynôme caractéristique est X2+X+1X^2+X+1. On pose B=diag(−1,−1,C)B = \text{diag}(-1, -1, C). On vérifie immédiatement : det⁡(B)=(−1)2⋅1=1\det(B) = (-1)^2 \cdot 1 = 1, Tr(B3)=2(−1)3+Tr(I2)=−2+2=0\text{Tr}(B^3) = 2(-1)^3 + \text{Tr}(I_2) = -2 + 2 = 0, et P(B)=0P(B)=0 car son polynôme minimal (X+1)(X2+X+1)(X+1)(X^2+X+1) divise PP. En prenant kk blocs identiques à BB, on obtient une matrice AA pour tout nn multiple de 4.

La condition neˊcessaire et suffisante est n≡0(mod4), n>0\boxed{\text{La condition nécessaire et suffisante est } n \equiv 0 \pmod 4, \ n > 0}

Ne pas oublier que pour une matrice réelle, les multiplicités des valeurs propres complexes non réelles sont égales (nj=nj‾n_j = n_{\overline{j}}). Sans cette étape, le lien entre nn et njn_j serait incorrect.