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Soit nn un entier naturel non nul. On cherche à déterminer l'ensemble des polynômes P∈C[X]P \in \mathbb{C}[X] tels que, pour toute matrice A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}), la condition P(A)=0P(A) = 0 implique que la trace de AA est un entier relatif.

1.

Commencer par écarter les cas où PP est un polynôme constant.

2.

Pour un polynôme PP non constant, utiliser des matrices diagonales particulières dont les éléments diagonaux sont des racines de PP.

3.

Se souvenir que si AA annule PP, alors toutes les valeurs propres de AA sont nécessairement des racines de PP.

4.

Étudier d'abord le cas où AA est une matrice scalaire, puis le cas où AA possède deux valeurs propres distinctes.

Idées clés

•

Lien entre spectre d'une matrice et racines d'un polynôme annulateur.

•

Utilisation de matrices diagonales pour obtenir des conditions nécessaires sur les racines.

•

Linéarité de la trace.

Analyse.

Soit PP un polynôme répondant à la question.

1. Cas des polynômes constants.

Si P=0P = 0, alors pour toute matrice A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}), on a P(A)=0P(A) = 0. Cependant, la trace d'une matrice quelconque n'est pas toujours un entier. Par exemple, tr⁡(12In)=n2\operatorname{tr}(\frac{1}{2} I_n) = \frac{n}{2}, qui n'est pas forcément dans Z\mathbb{Z}. Ainsi, P=0P=0 ne convient pas.

Si P=cP = c avec c∈C∗c \in \mathbb{C}^*, alors l'équation P(A)=0P(A) = 0 n'admet aucune solution dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}). L'implication

P(A)=0  ⟹  tr⁡(A)∈ZP(A) = 0 \implies \operatorname{tr}(A) \in \mathbb{Z}
est alors techniquement vraie (l'antécédent est toujours faux). Toutefois, dans le cadre classique des exercices de réduction, on s'intéresse aux polynômes possédant au moins une racine.

2. Recherche d'une condition nécessaire sur les racines.

Supposons désormais deg⁡(P)⩾1\operatorname{deg}(P) \geqslant 1. Soit R\mathcal{R} l'ensemble des racines de PP dans C\mathbb{C}.

Soit α∈R\alpha \in \mathcal{R}. Considérons la matrice scalaire A=αInA = \alpha I_n. On a P(A)=P(α)In=0nP(A) = P(\alpha) I_n = 0_n. Par hypothèse, la trace de AA doit être entière, d'où :

tr⁡(A)=nα∈Z\operatorname{tr}(A) = n \alpha \in \mathbb{Z}

Il existe donc un entier u∈Zu \in \mathbb{Z} tel que α=un+k\alpha = \frac{u}{n} + k avec k∈Zk \in \mathbb{Z}. Cela signifie que toutes les racines de PP sont dans 1nZ\frac{1}{n}\mathbb{Z}.

Soient maintenant α\alpha et β\beta deux racines de PP (éventuellement identiques). Considérons la matrice diagonale suivante :

A=diag⁡(β,α,α,…,α)A = \operatorname{diag}(\beta, \alpha, \alpha, \dots, \alpha)

Puisque α\alpha et β\beta sont racines de PP, on vérifie immédiatement que P(A)=0P(A) = 0. La condition sur la trace impose :

tr⁡(A)=β+(n−1)α∈Z\operatorname{tr}(A) = \beta + (n-1)\alpha \in \mathbb{Z}

En utilisant le fait que nα∈Zn\alpha \in \mathbb{Z} (établi précédemment), nous pouvons écrire :

β−α=(β+(n−1)α)−nα\beta - \alpha = (\beta + (n-1)\alpha) - n\alpha

Comme la différence de deux entiers est un entier, on en déduit :

β−α∈Z\boxed{ \beta - \alpha \in \mathbb{Z} }

Ainsi, toutes les racines de PP sont congrues entre elles modulo 1. Il existe donc α0∈C\alpha_0 \in \mathbb{C} tel que toute racine λ\lambda de PP vérifie λ∈α0+Z\lambda \in \alpha_0 + \mathbb{Z}, avec la contrainte supplémentaire nα0∈Zn \alpha_0 \in \mathbb{Z}.

Synthèse.

Soit PP un polynôme non constant dont toutes les racines sont de la forme un+k\frac{u}{n} + k pour un certain u∈Zu \in \mathbb{Z} fixé et des k∈Zk \in \mathbb{Z} variables.

Soit A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) telle que P(A)=0P(A) = 0. Le polynôme PP est scindé sur C\mathbb{C}. D'après le cours, toute valeur propre λi\lambda_i de AA est une racine de PP.

Ainsi, pour tout i∈{1,…,n}i \in \{1, \dots, n\}, il existe ki∈Zk_i \in \mathbb{Z} tel que :

λi=un+ki\lambda_i = \frac{u}{n} + k_i

Calculons la trace de AA :

tr⁡(A)=∑i=1nλi=∑i=1n(un+ki)\operatorname{tr}(A) = \sum_{i=1}^n \lambda_i = \sum_{i=1}^n \left( \frac{u}{n} + k_i \right)

Par linéarité de la somme :

tr⁡(A)=n⋅un+∑i=1nki=u+∑i=1nki\operatorname{tr}(A) = n \cdot \frac{u}{n} + \sum_{i=1}^n k_i = u + \sum_{i=1}^n k_i

Comme uu et les kik_i sont des entiers, leur somme est un entier. La condition est donc suffisante.

Conclusion.

Les polynômes PP non constants solutions sont ceux dont l'ensemble des racines est inclus dans une partie de la forme :

Su={un+k∣k∈Z} pour un u∈Z\boxed{ \mathcal{S}_u = \left\{ \frac{u}{n} + k \mid k \in \mathbb{Z} \right\} \text{ pour un } u \in \mathbb{Z} }

Ne pas oublier que la condition P(A)=0P(A)=0 n'implique pas que AA est diagonalisable. Cependant, même si AA n'est pas diagonalisable, sa trace est toujours la somme de ses valeurs propres (comptées avec multiplicité), et ces valeurs propres sont obligatoirement des racines de tout polynôme annulateur.