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Soit nn un entier naturel tel que n≥3n \geq 3. On s'intéresse aux polynômes P∈R[X]P \in \mathbb{R}[X] possédant la propriété suivante : toute matrice A∈Mn(R)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}) satisfaisant P(A)=0P(A)=0 possède un déterminant strictement positif.

Déterminer l'ensemble des polynômes PP vérifiant cette condition.

1.

Rappeler le lien entre les racines du polynôme annulateur PP et les valeurs propres (complexes) d'une matrice AA.

2.

Utiliser le fait que pour une matrice réelle, les valeurs propres non réelles sont conjuguées deux à deux.

3.

Étudier l'influence de la parité de nn sur le signe du produit des valeurs propres réelles.

4.

Pour la réciproque, construire des matrices diagonales par blocs (en utilisant des scalaires pour les racines réelles et des blocs de rotation/similitude 2×22 \times 2 pour les racines complexes).

Idées clés

•

Le spectre complexe SpC(A)\text{Sp}_{\mathbb{C}}(A) est inclus dans l'ensemble des racines de tout polynôme annulateur PP.

•

Le déterminant est le produit des valeurs propres comptées avec multiplicité : det⁡(A)=∏i=1nλi\det(A) = \prod_{i=1}^n \lambda_i.

•

Les racines non réelles du polynôme caractéristique d'une matrice réelle sont conjuguées.

Résolution.

Soit P∈R[X]P \in \mathbb{R}[X]. Notons R\mathcal{R} l'ensemble des racines de PP dans C\mathbb{C}. Si A∈Mn(R)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) vérifie P(A)=0P(A)=0, alors son spectre complexe est inclus dans R\mathcal{R} :

SpC(A)⊂R\text{Sp}_{\mathbb{C}}(A) \subset \mathcal{R}

Le polynôme caractéristique χA\chi_A est à coefficients réels. Ses racines non réelles sont donc deux à deux conjuguées. Notons λ1,…,λk\lambda_1, \dots, \lambda_k les valeurs propres réelles (comptées avec multiplicité) et (z1,zˉ1,…,zp,zˉp)(z_1, \bar{z}_1, \dots, z_p, \bar{z}_p) les valeurs propres complexes non réelles. On a la relation n=k+2pn = k + 2p. Le déterminant de AA s'écrit :

det⁡(A)=(∏j=1kλj)×(∏m=1pzmzˉm)=(∏j=1kλj)×(∏m=1p∣zm∣2)\det(A) = \left( \prod_{j=1}^k \lambda_j \right) \times \left( \prod_{m=1}^p z_m \bar{z}_m \right) = \left( \prod_{j=1}^k \lambda_j \right) \times \left( \prod_{m=1}^p |z_m|^2 \right)

Puisque ∏∣zm∣2>0\prod |z_m|^2 > 0, le signe de det⁡(A)\det(A) est celui de ∏j=1kλj\prod_{j=1}^k \lambda_j.

1. Recherche de conditions nécessaires.

Supposons que PP possède la propriété demandée.

  • 00 ne peut pas être racine de PP. En effet, si P(0)=0P(0)=0, la matrice nulle A=0A=0 vérifie P(A)=0P(A)=0, mais det⁡(A)=0≯0\det(A)=0 \ngtr 0.
  • Si nn est impair : Supposons que PP possède une racine réelle r<0r < 0. On peut alors considérer la matrice A=rInA = r I_n. On a P(A)=P(r)In=0P(A) = P(r) I_n = 0. Cependant, det⁡(A)=rn\det(A) = r^n. Comme nn est impair et r<0r < 0, on a det⁡(A)<0\det(A) < 0, ce qui contredit l'hypothèse. Ainsi, si nn est impair, PP n'a aucune racine dans ]−∞,0]]-\infty, 0].

  • Si nn est pair : Supposons que PP possède une racine réelle r1<0r_1 < 0 et une racine réelle r2>0r_2 > 0. On peut construire une matrice A=diag(r1,r2,…,r2)∈Mn(R)A = \text{diag}(r_1, r_2, \dots, r_2) \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}). AA annule PP car chaque bloc scalaire annule PP. Le déterminant est det⁡(A)=r1r2n−1\det(A) = r_1 r_2^{n-1}. Comme n−1n-1 est impair, det⁡(A)<0\det(A) < 0, ce qui est exclu. Par conséquent, si nn est pair, les racines réelles de PP doivent toutes être de même signe.

2. Analyse de la réciproque et synthèse.

Cas nn impair : La condition nécessaire est que PP n'a que des racines réelles strictement positives. Réciproquement, si toutes les racines réelles de PP sont >0>0, alors pour toute matrice AA telle que P(A)=0P(A)=0, ses valeurs propres réelles λj\lambda_j (s'il en existe) sont des racines réelles de PP, donc λj>0\lambda_j > 0. Le produit ∏λj\prod \lambda_j est alors strictement positif. Note : si nn est impair, une matrice réelle possède toujours au moins une valeur propre réelle, donc k≥1k \geq 1.

Si n est impair, RacinesR(P)⊂]0,+∞[\boxed{ \text{Si } n \text{ est impair, } \text{Racines}_{\mathbb{R}}(P) \subset ]0, +\infty[ }

Cas nn pair : Les conditions nécessaires sont : 00 n'est pas racine, et toutes les racines réelles ont le même signe.

  • Si toutes les racines réelles de PP sont >0>0, alors det⁡(A)>0\det(A) > 0 comme précédemment.
  • Si toutes les racines réelles de PP sont <0<0, alors kk (le nombre de v.p. réelles) est pair car k=n−2pk = n - 2p et nn est pair. Le produit de kk termes strictement négatifs est alors strictement positif.
  • Si PP n'a aucune racine réelle, alors k=0k=0 et det⁡(A)=∏∣zm∣2>0\det(A) = \prod |z_m|^2 > 0.

Si n est pair, RacinesR(P)⊂]0,+∞[ ou RacinesR(P)⊂]−∞,0[\boxed{ \text{Si } n \text{ est pair, } \text{Racines}_{\mathbb{R}}(P) \subset ]0, +\infty[ \text{ ou } \text{Racines}_{\mathbb{R}}(P) \subset ]-\infty, 0[ }

Il ne faut pas oublier le cas où PP n'a aucune racine réelle. Dans ce cas, l'ensemble des matrices AA annulant PP peut être vide (si nn est impair) ou ne contenir que des matrices sans valeurs propres réelles (si nn est pair). Dans les deux cas, la condition sur le déterminant est respectée.