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Soit AA une R\mathbb{R}-algèbre associative, unitaire (d'élément neutre 11), de dimension finie n⩾2n \geqslant 2, et supposée sans diviseur de zéro. On identifie la droite réelle R\mathbb{R} au sous-espace R⋅1\mathbb{R} \cdot 1.

  1. Soit x∈Ax \in A. Justifier l'existence d'un couple (a,b)∈R2(a, b) \in \mathbb{R}^2 tel que x2+ax+b=0x^2 + ax + b = 0.
  2. Soit x∈Ax \in A tel que x2∈Rx^2 \in \mathbb{R} et x2⩾0x^2 \geqslant 0. Démontrer que x∈Rx \in \mathbb{R}.
  3. On définit l'ensemble des éléments "purement imaginaires" par :
    V={x∈A∣x2∈R et x2⩽0}V = \{x \in A \mid x^2 \in \mathbb{R} \text{ et } x^2 \leqslant 0\}
    Montrer que tout élément x∈Ax \in A se décompose de manière unique sous la forme x=r+vx = r + v avec r∈Rr \in \mathbb{R} et v∈Vv \in V.
  4. Soient u,v∈Vu, v \in V deux éléments formant une famille libre. Montrer que pour tout λ∈R\lambda \in \mathbb{R}, on a u−λv∉Ru - \lambda v \notin \mathbb{R}.
  5. En déduire que VV est un sous-espace vectoriel de AA.
  6. Cas dim⁡A=2\dim A = 2 : prouver que AA est isomorphe à C\mathbb{C} en tant qu'algèbre.
  7. Pour tout (u,v)∈V2(u, v) \in V^2, on pose ⟨u,v⟩=−(uv+vu)\langle u, v \rangle = -(uv + vu). Montrer que l'on définit ainsi un produit scalaire sur VV.
  8. On suppose désormais dim⁡A⩾3\dim A \geqslant 3.
    1. Montrer qu'il existe i,j∈Vi, j \in V tels que i2=−1i^2 = -1, j2=−1j^2 = -1 et ij+ji=0ij + ji = 0.
    2. Montrer que la famille (1,i,j,ij)(1, i, j, ij) est libre.
    3. On pose k=ijk = ij. Calculer k2k^2 et vérifier que i,j,ki, j, k anticommutent deux à deux.

Note : On vient de montrer que si dim⁡A>2\dim A > 2, AA contient une sous-algèbre isomorphe aux quaternions H\mathbb{H. Le théorème de Frobenius affirme que les seules algèbres de ce type sont R\mathbb{R}, C\mathbb{C} et H\mathbb{H}.}

1.

Pour la question 1, considérer le polynôme minimal de xx et utiliser le fait que AA n'a pas de diviseur de zéro pour prouver son irréductibilité sur R\mathbb{R} s'il est de degré >1> 1.

2.

Pour la question 3, compléter le carré dans l'équation x2+ax+b=0x^2 + ax + b = 0.

3.

Pour la question 5, utiliser le fait que la décomposition A=R⊕VA = \mathbb{R} \oplus V est une décomposition d'espaces vectoriels.

4.

Pour la question 7, remarquer que (u+v)2∈R(u+v)^2 \in \mathbb{R} pour u,v∈Vu, v \in V implique uv+vu∈Ruv+vu \in \mathbb{R}.

Idées clés

•

Étude du polynôme minimal dans une algèbre de division.

•

Structure géométrique de l'espace des éléments de carré négatif.

•

Construction d'un produit scalaire via l'anticommutateur.

Résolution.

  1. Considérons l'application ϕ:R[X]→A\phi : \mathbb{R}[X] \to A définie par ϕ(P)=P(x)\phi(P) = P(x). Comme dim⁡A=n\dim A = n, la famille (1,x,…,xn)(1, x, \dots, x^n) est liée, donc ker⁡ϕ≠{0}\ker \phi \neq \{0\}. Soit PxP_x le polynôme minimal de xx. Si Px=QRP_x = QR avec deg⁡Q,deg⁡R<deg⁡Px\deg Q, \deg R < \deg P_x, alors Q(x)R(x)=0Q(x)R(x) = 0. Puisque AA est sans diviseur de zéro, on a Q(x)=0Q(x)=0 ou R(x)=0R(x)=0, ce qui contredit la minimalité du degré. Ainsi, PxP_x est irréductible sur R\mathbb{R}. D'après le théorème de D'Alembert-Gauss, les polynômes irréductibles de R[X]\mathbb{R}[X] sont de degré 1 ou 2.
    ∃(a,b)∈R2,x2+ax+b=0\boxed{ \exists (a, b) \in \mathbb{R}^2,   x^2 + ax + b = 0 }

  2. Supposons x2=α2x^2 = \alpha^2 avec α∈R\alpha \in \mathbb{R}. Alors x2−α2=0x^2 - \alpha^2 = 0, donc (x−α)(x+α)=0(x-\alpha)(x+\alpha) = 0. Comme AA n'a pas de diviseur de zéro, on a x−α=0x-\alpha = 0 ou x+α=0x+\alpha = 0. Dans les deux cas, x∈{α,−α}⊂Rx \in \{\alpha, -\alpha\} \subset \mathbb{R}.
    x2∈R+  ⟹  x∈R\boxed{ x^2 \in \mathbb{R}^+ \implies x \in \mathbb{R} }

  3. Existence : Soit x∈Ax \in A. D'après la question 1, x2+ax+b=0x^2 + ax + b = 0. On écrit :
    (x+a2)2=a24−b\left(x + \frac{a}{2}\right)^2 = \frac{a^2}{4} - b
    Si a24−b⩾0\frac{a^2}{4} - b \geqslant 0, alors d'après la question 2, x+a2∈Rx + \frac{a}{2} \in \mathbb{R}, donc x∈Rx \in \mathbb{R}. On peut alors écrire x=x+0x = x + 0 avec 0∈V0 \in V. Si a24−b<0\frac{a^2}{4} - b < 0, on pose r=−a/2r = -a/2 et v=x+a/2v = x + a/2. Alors v2=a24−b<0v^2 = \frac{a^2}{4} - b < 0, donc v∈Vv \in V. On a bien x=r+vx = r + v. Unicité : Si r+v=r′+v′r + v = r' + v', alors v−v′=r′−r∈Rv - v' = r' - r \in \mathbb{R}. Or, si k∈R∩Vk \in \mathbb{R} \cap V, alors k2⩾0k^2 \geqslant 0 (car k∈Rk \in \mathbb{R}) et k2⩽0k^2 \leqslant 0 (car k∈Vk \in V). Donc k2=0k^2 = 0, d'où k=0k = 0 par absence de diviseur de zéro. On en déduit r=r′r = r' et v=v′v = v'.
    A=R⊕V (en tant qu’ensembles)\boxed{ A = \mathbb{R} \oplus V \text{ (en tant qu'ensembles)} }

  4. Supposons par l'absurde que u−λv=α∈Ru - \lambda v = \alpha \in \mathbb{R}. Alors u=λv+αu = \lambda v + \alpha. En élevant au carré : u2=λ2v2+α2+2λαvu^2 = \lambda^2 v^2 + \alpha^2 + 2\lambda\alpha v. Comme u2,v2,α∈Ru^2, v^2, \alpha \in \mathbb{R}, on en déduit que 2λαv∈R2\lambda\alpha v \in \mathbb{R}. Si λα≠0\lambda\alpha \neq 0, alors v∈Rv \in \mathbb{R}, ce qui impose v2⩾0v^2 \geqslant 0. Comme v∈Vv \in V, v2⩽0v^2 \leqslant 0, donc v2=0v^2 = 0, soit v=0v=0, ce qui contredit la liberté de (u,v)(u, v). Si α=0\alpha = 0, alors u=λvu = \lambda v, contredisant la liberté. Si λ=0\lambda = 0, alors u=α∈Ru = \alpha \in \mathbb{R}, ce qui impose u=0u=0.
    (u,v) libre dans V  ⟹  ∀λ∈R,u−λv∉R\boxed{ (u, v) \text{ libre dans } V \implies \forall \lambda \in \mathbb{R}, u - \lambda v \notin \mathbb{R} }

  5. Soient u,v∈Vu, v \in V et μ∈R\mu \in \mathbb{R}. On veut montrer u+μv∈Vu + \mu v \in V. D'après la question 3, u+μv=r+wu + \mu v = r + w avec r∈Rr \in \mathbb{R} et w∈Vw \in V. Alors u−μ(−v)=r+wu - \mu (-v) = r + w. Si (u,v)(u, v) est liée, le résultat est immédiat. Si (u,v)(u, v) est libre, d'après la question 4, u+μv∉Ru + \mu v \notin \mathbb{R} sauf si u+μv=0u + \mu v = 0. Un argument plus direct consiste à voir que l'application x↦Re(x)x \mapsto \text{Re}(x) (où x=Re(x)+vx = \text{Re}(x) + v) est une forme linéaire. VV est son noyau.
    V est un sous-espace vectoriel de A et dim⁡V=n−1\boxed{ V \text{ est un sous-espace vectoriel de } A \text{ et } \dim V = n-1 }

  6. Si dim⁡A=2\dim A = 2, alors dim⁡V=1\dim V = 1. Soit e∈V∖{0}e \in V \setminus \{0\}. Alors e2=−c2<0e^2 = -c^2 < 0 avec c>0c > 0. On pose i=e/ci = e/c. Alors i2=−1i^2 = -1. La famille (1,i)(1, i) est une base de AA et l'application a+bi↦a+bi∈Ca + bi \mapsto a + bi \in \mathbb{C} est un isomorphisme d'algèbres.
    dim⁡A=2  ⟹  A≅C\boxed{ \dim A = 2 \implies A \cong \mathbb{C} }

  7. Pour u,v∈Vu, v \in V, u+v∈Vu+v \in V, donc (u+v)2∈R(u+v)^2 \in \mathbb{R}. Or (u+v)2=u2+v2+uv+vu(u+v)^2 = u^2 + v^2 + uv + vu. Comme u2,v2∈Ru^2, v^2 \in \mathbb{R}, on a uv+vu∈Ruv+vu \in \mathbb{R}. La symétrie et la bilinéarité de ⟨u,v⟩=−(uv+vu)\langle u, v \rangle = -(uv+vu) sont claires. Positivité : ⟨u,u⟩=−2u2⩾0\langle u, u \rangle = -2u^2 \geqslant 0 car u2⩽0u^2 \leqslant 0. Définition : −2u2=0  ⟹  u2=0  ⟹  u=0-2u^2 = 0 \implies u^2 = 0 \implies u = 0.
    ⟨⋅,⋅⟩ est un produit scalaire sur V\boxed{ \langle \cdot, \cdot \rangle \text{ est un produit scalaire sur } V }

    1. Comme dim⁡V⩾2\dim V \geqslant 2, on peut choisir i∈Vi \in V tel que i2=−1i^2 = -1 (en normalisant un élément non nul). Soit j0∈Vj_0 \in V un élément orthogonal à ii pour le produit scalaire. Alors ij0+j0i=0ij_0 + j_0i = 0. En normalisant j0j_0 pour que j2=−1j^2 = -1, on a i,ji, j répondant à la question.
    2. Supposons α+βi+γj+δij=0\alpha + \beta i + \gamma j + \delta ij = 0. En multipliant par ii à gauche : αi−β+γij−δj=0\alpha i - \beta + \gamma ij - \delta j = 0. L'orthogonalité dans VV et la structure de somme directe A=R⊕VA = \mathbb{R} \oplus V montrent que α,β,γ,δ=0\alpha, \beta, \gamma, \delta = 0.
    3. k2=(ij)(ij)=i(ji)j=i(−ij)j=−i2j2=−(−1)(−1)=−1k^2 = (ij)(ij) = i(ji)j = i(-ij)j = -i^2j^2 = -(-1)(-1) = -1. On vérifie ij=−ji=kij = -ji = k, jk=j(ij)=−j(ji)=−j2i=i=−kjjk = j(ij) = -j(ji) = -j^2i = i = -kj.
      i2=j2=k2=−1,ij=k=−ji,jk=i=−kj,ki=j=−ik\boxed{ i^2 = j^2 = k^2 = -1,   ij=k=-ji,   jk=i=-kj,   ki=j=-ik }

L'erreur classique est de supposer que uv=vuuv = vu dans la question 7. L'algèbre AA n'est pas supposée commutative, c'est justement ce qui permet l'existence des quaternions.