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Soient K\mathbb{K} et L\mathbb{L} deux corps tels que KL\mathbb{K} \subset \mathbb{L}.

On considère une matrice AMn(K)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{K}).

On note μK\mu_{\mathbb{K}} le polynôme minimal de AA lorsqu'elle est vue comme une matrice de Mn(K)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{K}), et μL\mu_{\mathbb{L}} son polynôme minimal lorsqu'elle est vue comme une matrice de Mn(L)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{L}).

Montrer que ces deux polynômes sont égaux :

μK=μL\mu_{\mathbb{K}} = \mu_{\mathbb{L}}

1.

Commencer par justifier la relation de divisibilité μLμK\mu_{\mathbb{L}} \mid \mu_{\mathbb{K}} dans L[X]\mathbb{L}[X].

2.

Pour montrer l'égalité, on peut s'intéresser au degré du polynôme minimal en le reliant au rang d'une famille de matrices.

3.

Utiliser le fait que le rang d'une famille de vecteurs (ou d'une matrice) est invariant par extension du corps de base.

Idées clés

Définition du polynôme minimal comme générateur de l'idéal annulateur.

Caractérisation du degré du polynôme minimal par la liberté des puissances de AA.

Invariance du rang par extension de corps.

Résolution.

  1. Première étape : Une relation de divisibilité. Le polynôme μK\mu_{\mathbb{K}} appartient à K[X]\mathbb{K}[X]. Puisque KL\mathbb{K} \subset \mathbb{L}, on a aussi μKL[X]\mu_{\mathbb{K}} \in \mathbb{L}[X]. Par définition, μK(A)=0\mu_{\mathbb{K}}(A) = 0 dans Mn(K)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{K}), donc l'égalité reste vraie dans Mn(L)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{L}). Ainsi, μK\mu_{\mathbb{K}} est un polynôme annulateur de AA dans L[X]\mathbb{L}[X]. Par propriété du polynôme minimal μL\mu_{\mathbb{L}} dans l'anneau L[X]\mathbb{L}[X], on en déduit que :
    μLμKdans L[X]\boxed{\mu_{\mathbb{L}} \mid \mu_{\mathbb{K}}   \text{dans } \mathbb{L}[X]}

    Cette relation de divisibilité implique immédiatement que :

    deg(μL)deg(μK)\deg(\mu_{\mathbb{L}}) \leq \deg(\mu_{\mathbb{K}})

  2. Deuxième étape : Égalité des degrés via le rang. Pour tout mNm \in \mathbb{N}, notons Fm=(In,A,A2,,Am)\mathcal{F}_m = (I_n, A, A^2, \dots, A^m) la famille des premières puissances de AA. Cette famille est constituée de vecteurs de l'espace vectoriel Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}). Le degré du polynôme minimal d'une matrice AA sur un corps FF est le plus petit entier dd tel que la famille Fd\mathcal{F}_d soit liée sur FF. Autrement dit, si on note rm(F)=dimF(VectF(Fm))r_m(F) = \dim_F(\text{Vect}_F(\mathcal{F}_m)), alors deg(μF)\deg(\mu_F) est le plus petit entier dd tel que rd(F)=rd1(F)=dr_d(F) = r_{d-1}(F) = d. Or, le rang d'une famille de matrices ne dépend pas du corps de base (car il s'agit du rang d'une matrice dont les colonnes sont les coordonnées des AkA^k dans la base canonique, et le rang est invariant par extension). Ainsi, pour tout mm, on a l'égalité des rangs :
    rm(K)=rm(L)r_m(\mathbb{K}) = r_m(\mathbb{L})
    Le premier entier dd pour lequel la famille devient liée est donc le même pour K\mathbb{K} et L\mathbb{L}. On en déduit l'égalité des degrés :
    deg(μK)=deg(μL)\boxed{\deg(\mu_{\mathbb{K}}) = \deg(\mu_{\mathbb{L}})}

  3. Conclusion. Nous avons établi que μL\mu_{\mathbb{L}} divise μK\mu_{\mathbb{K}} et que ces deux polynômes ont le même degré. Comme les polynômes minimaux sont par définition unitaires, cette relation de divisibilité entre deux polynômes de même degré entraîne leur égalité :
    μK=μL\boxed{\mu_{\mathbb{K}} = \mu_{\mathbb{L}}}

Il ne suffit pas de dire que μL\mu_{\mathbb{L}} est à coefficients dans K\mathbb{K}. C'est justement ce que l'on démontre par l'égalité. L'erreur serait de supposer a priori que le polynôme minimal sur L\mathbb{L} "retombe" forcément dans K[X]\mathbb{K}[X] sans utiliser l'argument du rang ou de la division euclidienne.