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Soit KK un corps commutatif et P∈K[X]P \in K[X] un polynôme unitaire de degré n⩾2n \geqslant 2. On suppose dans un premier temps que PP est irréductible sur KK. On note P=Xn+an−1Xn−1+⋯+a1X+a0P = X^n + a_{n-1}X^{n-1} + \dots + a_1 X + a_0.

On considère la matrice compagnon M∈Mn(K)M \in \mathcal{M}_n(K) associée à PP :

M=(0……0−a010…0−a101⋱⋮⋮⋮⋱⋱0−an−20…01−an−1)M = \begin{pmatrix} 0 & \dots & \dots & 0 & -a_0
1 & 0 & \dots & 0 & -a_1
0 & 1 & \ddots & \vdots & \vdots
\vdots & \ddots & \ddots & 0 & -a_{n-2}
0 & \dots & 0 & 1 & -a_{n-1} \end{pmatrix}

    1. Démontrer que le polynôme minimal de MM, noté πM\pi_M, est égal à PP.
    2. On considère l'ensemble K[M]={Q(M)∣Q∈K[X]}K[M] = \{ Q(M) \mid Q \in K[X] \}. Montrer que K[M]K[M] est une KK-algèbre commutative et qu'il s'agit d'un corps pour les lois usuelles.
    3. On identifie chaque scalaire λ∈K\lambda \in K à la matrice λIn∈K[M]\lambda I_n \in K[M]. Justifier que L=K[M]L = K[M] est une extension de KK et prouver que PP admet au moins une racine dans LL.

  1. Soit P∈K[X]P \in K[X] un polynôme quelconque non scindé. Montrer qu'il existe une extension LL de KK telle que PP soit scindé sur LL.

1.

Pour la question 1(a), on pourra observer l'image des vecteurs de la base canonique par l'endomorphisme associé à MM.

2.

Pour la question 1(b), l'irréductibilité de PP permet d'utiliser le théorème de Bézout dans K[X]K[X] pour trouver un inverse à toute matrice non nulle.

3.

Pour la question 1(c), quel élément de K[M]K[M] annule le polynôme PP ?

4.

Pour la question 2, procéder par récurrence sur le degré de PP en utilisant la construction de la question 1.

Idées clés

•

Lien entre polynôme minimal et matrice compagnon.

•

Structure de corps de K[u]K[u] lorsque le polynôme minimal est irréductible.

•

Construction itérative d'extensions (corps de rupture puis corps de décomposition).

Résolution.

    1. Soit (e1,…,en)(e_1, \dots, e_n) la base canonique de KnK^n. Par définition de la matrice MM, on a les relations :
      ∀i∈{1,…,n−1},Mei=ei+1\forall i \in \{1, \dots, n-1\},   M e_i = e_{i+1}

      On en déduit par une récurrence immédiate que pour tout k∈{0,…,n−1}k \in \{0, \dots, n-1\} :

      Mke1=ek+1M^k e_1 = e_{k+1}

      Supposons qu'il existe un polynôme Q=∑k=0mbkXkQ = \sum_{k=0}^{m} b_k X^k de degré m<nm < n tel que Q(M)=0Q(M) = 0. En appliquant cette relation au vecteur e1e_1, on obtient :

      ∑k=0mbkMke1=∑k=0mbkek+1=0\sum_{k=0}^{m} b_k M^k e_1 = \sum_{k=0}^{m} b_k e_{k+1} = 0

      La famille (e1,…,em+1)(e_1, \dots, e_{m+1}) étant libre (car extraite d'une base), on en déduit que tous les coefficients bkb_k sont nuls. Ainsi, deg⁡(πM)⩾n\deg(\pi_M) \geqslant n.

      Par ailleurs, un calcul classique (par développement selon la dernière colonne ou par récurrence) montre que le polynôme caractéristique de MM est χM(X)=P(X)\chi_M(X) = P(X). D'après le théorème de Cayley-Hamilton, P(M)=0P(M)=0.

      Comme PP est unitaire, de degré nn, et annule MM, on conclut :

      πM=P\boxed{\pi_M = P}

    2. K[M]K[M] est l'image de l'algèbre K[X]K[X] par le morphisme d'évaluation Q↦Q(M)Q \mapsto Q(M). C'est donc une sous-algèbre de Mn(K)\mathcal{M}_n(K), et elle est commutative car K[X]K[X] l'est. Montrons que tout élément non nul de K[M]K[M] est inversible dans K[M]K[M]. Soit A∈K[M]∖{0}A \in K[M] \setminus \{0\}. Il existe Q∈K[X]Q \in K[X] tel que A=Q(M)A = Q(M). Puisque A≠0A \neq 0, le polynôme QQ n'est pas divisible par le polynôme minimal πM=P\pi_M = P. Comme PP est irréductible sur KK, les seuls diviseurs unitaires de PP sont 11 et PP. Le plus grand commun diviseur de QQ et PP est donc 11. D'après le théorème de Bézout, il existe deux polynômes U,V∈K[X]U, V \in K[X] tels que :
      UQ+VP=1UQ + VP = 1

      En évaluant en MM, et puisque P(M)=0P(M) = 0, il vient :

      U(M)Q(M)+V(M)P(M)=In  ⟹  U(M)A=InU(M)Q(M) + V(M)P(M) = I_n \implies U(M)A = I_n

      Ainsi, AA est inversible et son inverse U(M)U(M) appartient bien à K[M]K[M].

      K[M] est un corps\boxed{K[M] \text{ est un corps}}

    3. L'application ϕ:λ↦λIn\phi : \lambda \mapsto \lambda I_n est un morphisme de corps de KK vers L=K[M]L = K[M]. C'est une injection, ce qui permet d'identifier KK à un sous-corps de LL. Considérons maintenant le polynôme P∈K[X]P \in K[X] comme un élément de L[X]L[X]. On cherche un élément α∈L\alpha \in L tel que P(α)=0P(\alpha) = 0. Posons α=M\alpha = M. Par construction de LL, on a bien M∈LM \in L. L'évaluation de PP en MM donne P(M)P(M), qui est la matrice nulle. Dans le corps LL, la matrice nulle est l'élément nul.
      La matrice M∈L est une racine de P\boxed{\text{La matrice } M \in L \text{ est une racine de } P}

  1. On procède par récurrence sur n=deg⁡Pn = \deg P. Initialisation : Si n=1n=1, PP est déjà scindé sur KK, donc L=KL=K convient. Hérédité : Supposons la propriété vraie pour tout polynôme de degré n−1n-1. Soit P∈K[X]P \in K[X] de degré nn. Soit QQ un facteur irréductible de PP de degré d⩾2d \geqslant 2 (si PP n'est pas scindé). D'après la question 1, il existe une extension K1K_1 de KK dans laquelle QQ admet une racine α\alpha. Alors, dans K1[X]K_1[X], on peut factoriser PP par (X−α)(X-\alpha) :
    P=(X−α)R,avec R∈K1[X] et deg⁡R=n−1P = (X-\alpha) R,   \text{avec } R \in K_1[X] \text{ et } \deg R = n-1

    Par hypothèse de récurrence appliquée au corps K1K_1 et au polynôme RR, il existe une extension LL de K1K_1 telle que RR soit scindé sur LL. Comme P=(X−α)RP = (X-\alpha)R, le polynôme PP est également scindé sur LL. Puisque LL est une extension de K1K_1 et K1K_1 une extension de KK, LL est une extension de KK.

    Il existe une extension L ouˋ P est scindeˊ\boxed{\text{Il existe une extension } L \text{ où } P \text{ est scindé}}

Dans la question 1(b), ne pas oublier de mentionner que QQ n'est pas divisible par PP. Si Q(M)≠0Q(M) \neq 0, cela signifie précisément que πM\pi_M ne divise pas QQ. Sans l'irréductibilité de PP, on ne pourrait pas affirmer que pgcd(Q,P)=1\text{pgcd}(Q, P) = 1.