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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et E=Kn−1[X]E = \mathbb{K}_{n-1}[X] où K\mathbb{K} est un corps. Soit A∈Kn−1[X]A \in \mathbb{K}_{n-1}[X]. On définit l'application ΦA\Phi_A par :

∀P∈E,ΦA(P)=(AP)(modXn−1)\forall P \in E,   \Phi_A(P) = (AP) \pmod{X^n - 1}
où le reste est l'unique polynôme de degré strictement inférieur à nn obtenu par division euclidienne.

  1. Montrer que ΦA\Phi_A est un endomorphisme de EE.
  2. Déterminer la matrice de ΦA\Phi_A dans la base canonique (1,X,…,Xn−1)(1, X, \dots, X^{n-1}) de EE.
  3. On suppose ici K=C\mathbb{K} = \mathbb{C}.
    1. En utilisant les polynômes de Lagrange associés aux racines nn-ièmes de l'unité, déterminer les éléments propres de ΦA\Phi_A.
    2. En déduire que ΦA\Phi_A est diagonalisable.
  4. On note A={ΦA∣A∈E}\mathcal{A} = \{ \Phi_A \mid A \in E \}. Montrer que (A,+,∘)(\mathcal{A}, +, \circ) est une algèbre commutative.
  5. Généralisation : On revient à un corps K\mathbb{K} quelconque. À quelle condition sur la caractéristique de K\mathbb{K} et sur nn l'endomorphisme ΦA\Phi_A est-il diagonalisable pour tout A∈EA \in E (en supposant Xn−1X^n-1 scindé sur K\mathbb{K}) ?

1.

La linéarité découle de la linéarité du reste dans la division euclidienne.

2.

Pour la matrice, calculer ΦA(Xj)\Phi_A(X^j) en distinguant les cas selon le degré de AXjAX^j.

3.

Si PP est un vecteur propre pour la valeur propre λ\lambda, alors (A−λ)P(A-\lambda)P est un multiple de Xn−1X^n-1. Évaluer aux racines de Xn−1X^n-1.

4.

Pour le cas général, une matrice est diagonalisable si et seulement si son polynôme minimal est scindé à racines simples. Étudier les racines multiples de Xn−1X^n-1.

Idées clés

•

Isomorphisme entre EE et l'anneau quotient K[X]/(Xn−1)\mathbb{K}[X]/(X^n-1).

•

Lien entre diagonalisabilité et racines du polynôme annulateur Xn−1X^n-1.

Résolution.

  1. Linéarité. Soient P,Q∈EP, Q \in E et λ∈K\lambda \in \mathbb{K}. Par définition de la division euclidienne : AP=Q1(Xn−1)+ΦA(P)AP = Q_1(X^n-1) + \Phi_A(P) et AQ=Q2(Xn−1)+ΦA(Q)AQ = Q_2(X^n-1) + \Phi_A(Q). Alors A(λP+Q)=(λQ1+Q2)(Xn−1)+(λΦA(P)+ΦA(Q))A(\lambda P + Q) = (\lambda Q_1 + Q_2)(X^n-1) + (\lambda \Phi_A(P) + \Phi_A(Q)). Comme deg⁡(λΦA(P)+ΦA(Q))<n\deg(\lambda \Phi_A(P) + \Phi_A(Q)) < n, par unicité du reste :
    ΦA(λP+Q)=λΦA(P)+ΦA(Q)\boxed{\Phi_A(\lambda P + Q) = \lambda \Phi_A(P) + \Phi_A(Q)}

  2. Matrice dans la base canonique. Posons A=∑k=0n−1akXkA = \sum_{k=0}^{n-1} a_k X^k. Pour j∈{0,…,n−1}j \in \{0, \dots, n-1\}, on a : ΦA(Xj)=Reste(AXj,Xn−1)\Phi_A(X^j) = \text{Reste}(AX^j, X^n-1). Or XkXj=Xk+jX^k X^j = X^{k+j}. Si k+j≥nk+j \ge n, Xk+j=Xk+j−n(Xn−1)+Xk+j−nX^{k+j} = X^{k+j-n}(X^n-1) + X^{k+j-n}. Ainsi Xk+j≡Xk+j(modn)(modXn−1)X^{k+j} \equiv X^{k+j \pmod n} \pmod{X^n-1}. La matrice obtenue a pour coefficients mi,j=ai−j(modn)m_{i,j} = a_{i-j \pmod n}. C'est une matrice circulante.

  3. Éléments propres sur C\mathbb{C.}
    1. Soit ω\omega une racine nn-ième de l'unité. Considérons Lω∈EL_{\omega} \in E tel que Lω(ω)=1L_{\omega}(\omega) = 1 et Lω(ω′)=0L_{\omega}(\omega') = 0 pour les autres racines (polynôme de Lagrange). On a (Xn−1)=∏k=0n−1(X−ωk)(X^n-1) = \prod_{k=0}^{n-1} (X-\omega_k). Si ΦA(P)=λP\Phi_A(P) = \lambda P, alors AP=Q(Xn−1)+λPAP = Q(X^n-1) + \lambda P, donc (A−λ)P=Q(Xn−1)(A-\lambda)P = Q(X^n-1). En évaluant en ωk\omega_k, on a (A(ωk)−λ)P(ωk)=0(A(\omega_k) - \lambda)P(\omega_k) = 0. Si P=LωkP = L_{\omega_k}, alors P(ωk)=1P(\omega_k) = 1 et P(ωj)=0P(\omega_j) = 0 pour j≠kj \ne k. Alors ΦA(Lωk)=A(ωk)Lωk\Phi_A(L_{\omega_k}) = A(\omega_k) L_{\omega_k}.
      Spectre(ΦA)={A(ωk)∣k∈{0,…,n−1}}\boxed{\text{Spectre}(\Phi_A) = \{ A(\omega_k) \mid k \in \{0, \dots, n-1\} \}}
    2. Les nn polynômes de Lagrange (Lω0,…,Lωn−1)(L_{\omega_0}, \dots, L_{\omega_{n-1}}) forment une base de EE. Comme ce sont des vecteurs propres, ΦA\Phi_A est diagonalisable.

  4. Structure d'algèbre. L'application A↦ΦAA \mapsto \Phi_A est un isomorphisme d'espaces vectoriels. De plus, ΦA∘ΦB(P)≡A(BP)≡(AB)P≡ΦAB(P)(modXn−1)\Phi_A \circ \Phi_B (P) \equiv A(BP) \equiv (AB)P \equiv \Phi_{AB}(P) \pmod{X^n-1}. Comme AB=BAAB = BA, l'algèbre est commutative.
  5. Cas général. L'endomorphisme ΦX\Phi_X (associé à A=XA=X) a pour polynôme annulateur Xn−1X^n-1. ΦX\Phi_X est diagonalisable si et seulement si Xn−1X^n-1 est scindé à racines simples sur K\mathbb{K}. La dérivée est nXn−1nX^{n-1}. Les racines sont simples si et seulement si elles ne sont pas racines de la dérivée. Cela impose n≠0n \ne 0 dans K\mathbb{K}.
    ΦA est toujours diag.   ⟺  char(K)∤n\boxed{\Phi_A \text{ est toujours diag. } \iff \text{char}(\mathbb{K}) \nmid n}

Ne pas oublier que la diagonalisabilité dépend de la multiplicité des racines du polynôme minimal. En caractéristique pp divisant nn, Xn−1=(Xn/p−1)pX^n-1 = (X^{n/p}-1)^p, il y a des racines multiples.