WikiPrépaLivrets

Soit KK une R\mathbb{R}-algèbre associative de dimension finie n2n \geqslant 2. On suppose que KK ne possède pas de diviseur de zéro, c'est-à-dire que pour tous x,yKx, y \in K, l'égalité xy=0xy = 0 implique x=0x = 0 ou y=0y = 0. On identifie R\mathbb{R} à la sous-algèbre R1K\mathbb{R} \cdot 1_K, où 1K1_K désigne l'unité de KK.

  1. Démontrer que tout élément non nul de KK admet un inverse pour le produit.
  2. Soit aKa \in K un élément tel que aRa \notin \mathbb{R}.
    1. Établir que la famille (1K,a)(1_K, a) est libre dans KK.
    2. Montrer que la famille (1K,a,a2)(1_K, a, a^2) est liée.
  3. Prouver qu'il existe un élément iKi \in K tel que i2=1Ki^2 = -1_K.
  4. On suppose dans cette question que l'algèbre KK est commutative. Montrer que KK est isomorphe à C\mathbb{C}.

1.

Pour l'inversibilité, considérer l'application de multiplication à gauche par un élément a0a \neq 0 et utiliser l'argument de la dimension finie.

2.

Un élément aKa \in K appartient à R\mathbb{R} si et seulement s'il est colinéaire à 1K1_K. Pour la famille (1,a,a2)(1, a, a^2), considérer le morphisme d'évaluation PP(a)P \mapsto P(a).

3.

Utiliser le fait qu'un polynôme de degré 2 à coefficients réels sans racines réelles peut être mis sous une forme canonique faisant apparaître 1-1.

4.

Définir un morphisme de C\mathbb{C} vers KK en envoyant ii sur l'élément construit précédemment, puis montrer que ce morphisme est un isomorphisme en utilisant la structure de corps de KK.

Idées clés

Traduction de l'absence de diviseurs de zéro en termes d'injectivité d'endomorphismes.

Utilisation du polynôme minimal (ou annulateur) en dimension finie.

Propriétés des polynômes irréductibles sur R\mathbb{R} (degré 1 ou 2).

Résolution.

  1. Soit aK{0}a \in K \setminus \{0\}. Considérons l'application de multiplication à gauche par aa :
    La:{KKxaxL_a : \begin{cases} K \to K
    x \mapsto ax \end{cases}
    Comme KK est une R\mathbb{R}-algèbre, LaL_a est clairement une application linéaire. Cherchons son noyau : si La(x)=0L_a(x) = 0, alors ax=0ax = 0. Comme a0a \neq 0 et que KK ne possède pas de diviseur de zéro, on en déduit x=0x = 0. Ainsi, ker(La)={0}\ker(L_a) = \{0\}, donc LaL_a est injective. Puisque KK est un espace vectoriel de dimension finie, toute application linéaire injective de KK dans lui-même est bijective. Il existe donc un unique élément bKb \in K tel que La(b)=1KL_a(b) = 1_K, soit ab=1Kab = 1_K. De même, en considérant la multiplication à droite Ra:xxaR_a : x \mapsto xa, on montre qu'il existe bKb' \in K tel que ba=1Kb'a = 1_K. Par associativité, b=b(ab)=(ba)b=bb' = b'(ab) = (b'a)b = b, donc aa est inversible.
    Tout eˊleˊment non nul de K est inversible.\boxed{\text{Tout élément non nul de } K \text{ est inversible.}}

    1. Par hypothèse, aRa \notin \mathbb{R}. Comme on a identifié R\mathbb{R} à Vect(1K)\text{Vect}(1_K), cela signifie que aa n'est pas un multiple de 1K1_K. Puisque 1K01_K \neq 0, la famille (1K,a)(1_K, a) est donc libre.
    2. L'espace KK est de dimension nn. Considérons la famille (1K,a,a2,,an)(1_K, a, a^2, \dots, a^n). Elle comporte n+1n+1 éléments dans un espace de dimension nn, elle est donc liée. Il existe donc un polynôme non nul PR[X]P \in \mathbb{R}[X] tel que P(a)=0P(a) = 0. Considérons le polynôme annulateur non nul de aa de plus petit degré, noté PaP_a. PaP_a doit être irréductible sur R\mathbb{R}. En effet, si Pa=QRP_a = QR avec degQ<degPa\deg Q < \deg P_a et degR<degPa\deg R < \deg P_a, alors Q(a)R(a)=0Q(a)R(a) = 0. Comme KK n'a pas de diviseurs de zéro, Q(a)=0Q(a) = 0 ou R(a)=0R(a) = 0, ce qui contredit la minimalité du degré de PaP_a. Or, les polynômes irréductibles de R[X]\mathbb{R}[X] sont de degré 1 ou 2. Si degPa=1\deg P_a = 1, alors aRa \in \mathbb{R}, ce qui est exclu. Donc degPa=2\deg P_a = 2.
      La famille (1K,a,a2) est lieˊe.\boxed{\text{La famille } (1_K, a, a^2) \text{ est liée.}}

  2. D'après la question précédente, il existe α,βR\alpha, \beta \in \mathbb{R} tels que a2+αa+β1K=0a^2 + \alpha a + \beta \cdot 1_K = 0. Le discriminant de ce trinôme, Δ=α24β\Delta = \alpha^2 - 4\beta, doit être strictement négatif car PaP_a n'a pas de racine réelle. En mettant sous forme canonique :
    (a+α21K)2+(βα24)1K=0\left( a + \frac{\alpha}{2} \cdot 1_K \right)^2 + \left( \beta - \frac{\alpha^2}{4} \right) \cdot 1_K = 0
    Posons γ=βα24\gamma = \beta - \frac{\alpha^2}{4}. Comme Δ<0\Delta < 0, on a γ>0\gamma > 0. On peut donc écrire :
    (a+α21K)2=γ1K\left( a + \frac{\alpha}{2} \cdot 1_K \right)^2 = -\gamma \cdot 1_K
    En divisant par γ\gamma (qui est un réel strictement positif), et en posant i=1γ(a+α21K)i = \frac{1}{\sqrt{\gamma}} \left( a + \frac{\alpha}{2} \cdot 1_K \right), on obtient :
    i2=1K\boxed{i^2 = -1_K}

  3. Supposons KK commutative. KK est alors un corps (d'après la question 1). Soit iKi \in K tel que i2=1Ki^2 = -1_K. Considérons l'application :
    ϕ:{CKx+iyx1K+yi\phi : \begin{cases} \mathbb{C} \to K
    x+iy \mapsto x \cdot 1_K + y \cdot i \end{cases}
    ϕ\phi est un morphisme d'algèbres. De plus, ker(ϕ)\ker(\phi) est un idéal de C\mathbb{C}. Comme C\mathbb{C} est un corps, ker(ϕ)={0}\ker(\phi) = \{0\} ou C\mathbb{C}. Comme ϕ(1)=1K0\phi(1) = 1_K \neq 0, ϕ\phi est injective. Montrons que ϕ\phi est surjective. Soit xKx \in K. Si xR1Kx \in \mathbb{R} \cdot 1_K, alors xIm(ϕ)x \in \text{Im}(\phi). Sinon, d'après la question 2, xx annule un polynôme QR[X]Q \in \mathbb{R}[X] de degré 2, irréductible. Le polynôme QQ possède deux racines complexes conjuguées zz et zˉ\bar{z}. Dans K[X]K[X], on peut donc factoriser QQ via le morphisme ϕ\phi :
    Q(X)=(Xϕ(z))(Xϕ(zˉ))Q(X) = (X - \phi(z))(X - \phi(\bar{z}))
    Puisque Q(x)=0Q(x) = 0 et que KK est un corps, on a nécessairement x=ϕ(z)x = \phi(z) ou x=ϕ(zˉ)x = \phi(\bar{z}). Dans les deux cas, xIm(ϕ)x \in \text{Im}(\phi).
    KC\boxed{K \cong \mathbb{C}}

Attention à ne pas utiliser la commutativité dès la question 1. Le fait qu'un élément non nul possède un inverse à gauche et à droite suffit pour conclure à l'inversibilité par associativité, même sans commutativité (théorème de Wedderburn pour les corps finis, mais ici on est sur R\mathbb{R}).