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Soit EE un espace euclidien de dimension n≥1n \geq 1. On note ⟨⋅,⋅⟩\langle \cdot, \cdot \rangle le produit scalaire sur EE et O(E)O(E) le groupe des transformations orthogonales de EE.

  1. Soit u∈O(E)u \in O(E) et FF un sous-espace vectoriel de EE stable par uu.
    1. Montrer que la restriction de uu à FF induit un automorphisme orthogonal de FF.
    2. Démontrer que l'orthogonal F⊥F^{\perp} est également stable par uu.

  2. Soit u∈O(E)u \in O(E). On définit pour tout θ∈R\theta \in \mathbb{R} la matrice de rotation :
    M(θ)=(cos⁡θ−sin⁡θsin⁡θcos⁡θ)M(\theta) = \begin{pmatrix} \cos \theta & -\sin \theta
    \sin \theta & \cos \theta \end{pmatrix}
    Démontrer qu'il existe une base orthonormée B\mathcal{B} de EE telle que la matrice de uu dans B\mathcal{B} soit de la forme :
    MatB(u)=(Ip−IqM(θ1)⋱M(θr))\text{Mat}_{\mathcal{B}}(u) = \begin{pmatrix} I_{p} & & & &
    & -I_{q} & & &
    & & M(\theta_{1}) & &
    & & & \ddots &
    & & & & M(\theta_{r}) \end{pmatrix}
    où p,q,rp, q, r sont des entiers naturels (éventuellement nuls).

  3. Soit A∈On(R)A \in O_n(\mathbb{R}) une matrice orthogonale. En utilisant le résultat précédent, démontrer que toutes les valeurs propres complexes de AA appartiennent au cercle unité U={z∈C,∣z∣=1}\mathbb{U} = \{ z \in \mathbb{C}, |z| = 1 \}.

1.

Pour la stabilité de F⊥F^\perp, utiliser la conservation du produit scalaire et le fait que uu restreint à FF est une bijection.

2.

Procéder par récurrence sur la dimension de EE. On pourra admettre que tout endomorphisme d'un espace vectoriel réel de dimension n≥1n \geq 1 possède au moins une droite stable ou un plan stable.

3.

Pour les valeurs propres complexes, penser à la structure des blocs de la matrice de réduction.

Idées clés

•

Propriété d'isométrie : ∀x∈E,∥u(x)∥=∥x∥\forall x \in E, \|u(x)\| = \|x\|.

•

Récurrence sur la dimension avec décomposition E=S⊕S⊥E = S \oplus S^\perp.

•

Étude du spectre des matrices de rotation M(θ)M(\theta).

Résolution.

    1. Soit x∈Fx \in F. Par stabilité, u(x)∈Fu(x) \in F. Puisque uu est une isométrie de EE, on a :
      ∀x∈F,∥u(x)∥=∥x∥\forall x \in F,   \|u(x)\| = \|x\|
      Ceci montre que u∣Fu_{|F} est une isométrie de FF, donc u∣F∈O(F)u_{|F} \in O(F).

      Comme tout endomorphisme orthogonal est injectif (son noyau est réduit au vecteur nul), u∣Fu_{|F} est un endomorphisme injectif d'un espace de dimension finie. Il en résulte que u∣Fu_{|F} est un automorphisme. On en déduit :

      u(F)=F\boxed{u(F) = F}

    2. Soit y∈F⊥y \in F^{\perp}. Pour montrer que u(y)∈F⊥u(y) \in F^{\perp}, on doit vérifier que pour tout x∈Fx \in F, ⟨u(y),x⟩=0\langle u(y), x \rangle = 0. D'après la question précédente, u(F)=Fu(F) = F, donc il existe z∈Fz \in F tel que x=u(z)x = u(z).

      Par conservation du produit scalaire par uu :

      ⟨u(y),x⟩=⟨u(y),u(z)⟩=⟨y,z⟩\langle u(y), x \rangle = \langle u(y), u(z) \rangle = \langle y, z \rangle
      Comme y∈F⊥y \in F^{\perp} et z∈Fz \in F, on a ⟨y,z⟩=0\langle y, z \rangle = 0, d'où ⟨u(y),x⟩=0\langle u(y), x \rangle = 0. Ainsi, u(y)∈F⊥u(y) \in F^{\perp}, ce qui prouve la stabilité :
      u(F⊥)⊆F⊥\boxed{u(F^{\perp}) \subseteq F^{\perp}}

  1. Procédons par récurrence sur n=dim⁡En = \dim E. Le résultat est immédiat pour n=0n=0. Supposons-le vrai pour tout espace de dimension strictement inférieure à nn.

    Tout endomorphisme d'un R\mathbb{R}-espace vectoriel de dimension n≥1n \geq 1 admet au moins un sous-espace stable de dimension 1 ou 2. Soit SS un tel sous-espace stable par uu. D'après la question 1, S⊥S^{\perp} est également stable par uu et dim⁡S⊥=n−dim⁡S<n\dim S^{\perp} = n - \dim S < n.

    Premier cas : dim⁡S=1\dim S = 1. Il existe e∈Se \in S non nul tel que u(e)=λeu(e) = \lambda e. Puisque uu est une isométrie, ∣λ∣=1|\lambda| = 1, donc λ=1\lambda = 1 ou λ=−1\lambda = -1. On normalise ee pour avoir une base orthonormée de SS.

    Second cas : dim⁡S=2\dim S = 2. La restriction u∣Su_{|S} est un élément de O(S)O(S). Si u∣Su_{|S} possède une valeur propre réelle, on retombe sur le cas précédent (droite stable). Sinon, u∣Su_{|S} est une rotation d'angle θ∉πZ\theta \notin \pi \mathbb{Z}. Dans une base orthonormée de SS, sa matrice est M(θ)M(\theta).

    En appliquant l'hypothèse de récurrence à u∣S⊥u_{|S^{\perp}} sur l'espace S⊥S^{\perp}, on obtient une base orthonormée de EE par concaténation. Par réarrangement des vecteurs de base, on regroupe les valeurs propres 11, puis −1-1, puis les blocs de rotation. On obtient bien la forme demandée :

    MatB(u)=diag(Ip,−Iq,M(θ1),…,M(θr))\boxed{\text{Mat}_{\mathcal{B}}(u) = \text{diag}\left( I_p, -I_q, M(\theta_1), \dots, M(\theta_r) \right)}

  2. Soit A∈On(R)A \in O_n(\mathbb{R}). AA est la matrice d'un endomorphisme orthogonal uu dans la base canonique (qui est orthonormée). D'après la question 2, AA est semblable (et même orthogonalement semblable) à une matrice A′A' par blocs.

    Les valeurs propres complexes de AA sont les mêmes que celles de A′A'. Le spectre de A′A' est la réunion des spectres de ses blocs diagonaux :

    • Le bloc IpI_p a pour valeur propre unique 11, et ∣1∣=1|1| = 1.
    • Le bloc −Iq-I_q a pour valeur propre unique −1-1, et ∣−1∣=1|-1| = 1.
    • Chaque bloc M(θj)M(\theta_j) a pour polynôme caractéristique X2−2cos⁡(θj)X+1X^2 - 2\cos(\theta_j)X + 1.

    Les racines de ce polynôme sont eiθje^{i\theta_j} et e−iθje^{-i\theta_j}. Ces nombres complexes ont pour module :

    ∣eiθj∣=∣e−iθj∣=1|e^{i\theta_j}| = |e^{-i\theta_j}| = 1
    On conclut que toutes les valeurs propres λ∈C\lambda \in \mathbb{C} de AA vérifient :
    ∣λ∣=1\boxed{|\lambda| = 1}

L'erreur classique consiste à oublier de justifier la stabilité de F⊥F^\perp en omettant d'utiliser le fait que u(F)=Fu(F)=F. Sans la surjectivité de la restriction (vraie ici car on est en dimension finie et uu est injective), la stabilité de F⊥F^\perp est fausse en général.