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Soit EE un espace vectoriel sur le corps C\mathbb{C} (ou plus généralement sur un corps algébriquement clos K\mathbb{K}) et soit u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E) un endomorphisme.

On fait l'hypothèse suivante : pour tout vecteur non nul x∈Ex \in E, la famille (x,u(x),u2(x))(x, u(x), u^2(x)) est liée. Autrement dit, pour tout x∈E∖{0E}x \in E \setminus \{0_E\}, il existe un couple de scalaires (λx,μx)∈C2(\lambda_x, \mu_x) \in \mathbb{C}^2 tel que :

u2(x)=λxu(x)+μxxu^2(x) = \lambda_x u(x) + \mu_x x

  1. Démontrer que l'endomorphisme uu possède au plus deux valeurs propres distinctes.
  2. On suppose dans cette question que le spectre de uu est réduit à un singleton {α}\{\alpha\}. Déterminer des valeurs constantes pour λx\lambda_x et μx\mu_x (indépendantes de xx) telles que la relation de l'énoncé soit toujours vérifiée.

1.

Pour la question 1, procéder par l'absurde en supposant l'existence de trois valeurs propres distinctes et considérer un vecteur xx formé par la somme de trois vecteurs propres associés. Utiliser le fait que des vecteurs propres associés à des valeurs propres distinctes forment une famille libre.

2.

Pour la question 2, si xx n'est pas un vecteur propre, la famille (x,u(x))(x, u(x)) est libre. Considérer alors le plan stable H=Vect(x,u(x))H = \text{Vect}(x, u(x)) et le polynôme caractéristique de la restriction de uu à ce plan.

Idées clés

•

Liberté des familles de vecteurs propres associés à des valeurs propres distinctes.

•

Stabilité locale : si u2(x)∈Vect(x,u(x))u^2(x) \in \text{Vect}(x, u(x)), alors le sous-espace Vect(x,u(x))\text{Vect}(x, u(x)) est stable par uu.

•

Lien entre spectre d'une restriction et spectre de l'endomorphisme global.

Résolution.

  1. Supposons par l'absurde que uu possède au moins trois valeurs propres distinctes, notées α1,α2\alpha_1, \alpha_2 et α3\alpha_3. Soient x1,x2,x3x_1, x_2, x_3 trois vecteurs propres non nuls associés respectivement à ces valeurs propres. Puisque les valeurs propres sont distinctes, la famille (x1,x2,x3)(x_1, x_2, x_3) est libre. Posons x=x1+x2+x3x = x_1 + x_2 + x_3. Par hypothèse, il existe (λ,μ)∈C2(\lambda, \mu) \in \mathbb{C}^2 tels que u2(x)=λu(x)+μxu^2(x) = \lambda u(x) + \mu x. Calculons u(x)u(x) et u2(x)u^2(x) en utilisant la linéarité :
    u(x)=α1x1+α2x2+α3x3u(x) = \alpha_1 x_1 + \alpha_2 x_2 + \alpha_3 x_3
    u2(x)=α12x1+α22x2+α32x3u^2(x) = \alpha_1^2 x_1 + \alpha_2^2 x_2 + \alpha_3^2 x_3
    En injectant ces expressions dans la relation u2(x)−λu(x)−μx=0u^2(x) - \lambda u(x) - \mu x = 0, on obtient :
    (α12−λα1−μ)x1+(α22−λα2−μ)x2+(α32−λα3−μ)x3=0(\alpha_1^2 - \lambda \alpha_1 - \mu) x_1 + (\alpha_2^2 - \lambda \alpha_2 - \mu) x_2 + (\alpha_3^2 - \lambda \alpha_3 - \mu) x_3 = 0
    Comme la famille (x1,x2,x3)(x_1, x_2, x_3) est libre, tous les coefficients sont nuls :
    ∀i∈{1,2,3},αi2−λαi−μ=0\forall i \in \{1, 2, 3\},   \alpha_i^2 - \lambda \alpha_i - \mu = 0
    Ceci signifie que α1,α2,α3\alpha_1, \alpha_2, \alpha_3 sont trois racines distinctes du polynôme P(X)=X2−λX−μP(X) = X^2 - \lambda X - \mu. Or, un polynôme de degré 2 non nul possède au plus deux racines. On en déduit P=0P = 0, donc αi2=λαi+μ=0\alpha_i^2 = \lambda \alpha_i + \mu = 0 pour tout ii, ce qui est absurde car les αi\alpha_i sont distincts.
    L’endomorphisme u posseˋde au plus deux valeurs propres.\boxed{\text{L'endomorphisme } u \text{ possède au plus deux valeurs propres.}}

  2. Supposons que Sp(u)={α}\text{Sp}(u) = \{\alpha\}. Cas 1 : xx est un vecteur propre de uu. Alors u(x)=αxu(x) = \alpha x et u2(x)=α2xu^2(x) = \alpha^2 x. La relation u2(x)=λxu(x)+μxxu^2(x) = \lambda_x u(x) + \mu_x x devient α2x=(λxα+μx)x\alpha^2 x = (\lambda_x \alpha + \mu_x) x. Comme x≠0x \neq 0, cela impose α2=λxα+μx\alpha^2 = \lambda_x \alpha + \mu_x. Cas 2 : xx n'est pas un vecteur propre de uu. La famille (x,u(x))(x, u(x)) est alors libre. Notons H=Vect(x,u(x))H = \text{Vect}(x, u(x)). Par hypothèse, u2(x)∈Hu^2(x) \in H, donc HH est un plan stable par uu. Soit uHu_H la restriction de uu à HH. La matrice de uHu_H dans la base (x,u(x))(x, u(x)) est :
    M=(0μx1λx)M = \begin{pmatrix} 0 & \mu_x
    1 & \lambda_x \end{pmatrix}
    Le polynôme caractéristique de uHu_H est χuH(X)=det⁡(XI2−M)=X2−λxX−μx\chi_{u_H}(X) = \det(XI_2 - M) = X^2 - \lambda_x X - \mu_x. On sait que toute valeur propre de uHu_H est une valeur propre de uu. Donc Sp(uH)⊂{α}\text{Sp}(u_H) \subset \{\alpha\}. Comme C\mathbb{C} est algébriquement clos et que χuH\chi_{u_H} est de degré 2, sa seule racine possible est α\alpha avec une multiplicité de 2. D'où :
    χuH(X)=(X−α)2=X2−2αX+α2\chi_{u_H}(X) = (X - \alpha)^2 = X^2 - 2\alpha X + \alpha^2
    Par identification des coefficients, on obtient :
    λx=2αetμx=−α2\boxed{\lambda_x = 2\alpha   \text{et}   \mu_x = -\alpha^2}
    On vérifie que ces valeurs fonctionnent également pour le Cas 1 : 2α(α)+(−α2)=2α2−α2=α22\alpha(\alpha) + (-\alpha^2) = 2\alpha^2 - \alpha^2 = \alpha^2, ce qui correspond bien au coefficient de xx dans u2(x)=α2xu^2(x) = \alpha^2 x.

Dans la question 2, il ne faut pas oublier de traiter séparément le cas où xx est un vecteur propre. Dans ce cas, les coefficients ne sont pas déterminés de manière unique par la seule donnée de xx, mais l'énoncé demande de trouver des valeurs qui conviennent.