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Diagonalisabilité et réduction par blocs

Soit P∈Mn(K)P \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) un projecteur et A∈Mn(K)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}). On considère la matrice M=(PA0P)∈M2n(K)M = \begin{pmatrix} P & A
0 & P \end{pmatrix} \in \mathcal{M}_{2n}(\mathbb{K})
.

  1. À quelle condition nécessaire et suffisante sur AA et PP la matrice MM est-elle diagonalisable ?
  2. On suppose dans cette question que PA=APPA = AP. Déterminer la décomposition de Dunford de MM.

1.

Pour la question 1, une matrice dont le polynôme caractéristique est scindé est diagonalisable si et seulement si son polynôme minimal est à racines simples. Ici, tester le polynôme X(X−1)X(X-1).

2.

Pour la question 2, si PA=APPA=AP, chercher NN sous la forme (0A00)\begin{pmatrix} 0 & A
0 & 0 \end{pmatrix}
et vérifier les conditions de Dunford.

Idées clés

•

MM est diagonalisable si et seulement si elle annule un polynôme scindé à racines simples.

•

Les valeurs propres de MM sont celles de PP, donc 0 et 1. Le candidat naturel pour le polynôme minimal est X(X−1)X(X-1).

Résolution.

  1. Comme PP est un projecteur, ses valeurs propres sont dans {0,1}\{0, 1\}. Par construction de MM, Sp(M)=Sp(P)⊂{0,1}\text{Sp}(M) = \text{Sp}(P) \subset \{0, 1\}. MM est donc diagonalisable si et seulement si elle annule le polynôme Q(X)=X(X−1)Q(X) = X(X-1). Calculons M2−MM^2 - M :
    M2=(PA0P)(PA0P)=(P2PA+AP0P2)=(PPA+AP0P)M^2 = \begin{pmatrix} P & A
    0 & P \end{pmatrix} \begin{pmatrix} P & A
    0 & P \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} P^2 & PA + AP
    0 & P^2 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} P & PA + AP
    0 & P \end{pmatrix}

    On a alors :

    M2−M=(0PA+AP−A00)M^2 - M = \begin{pmatrix} 0 & PA + AP - A
    0 & 0 \end{pmatrix}

    Ainsi, MM est diagonalisable si et seulement si M2−M=0M^2 - M = 0, ce qui équivaut à :

    PA+AP=A\boxed{PA + AP = A}

  2. On suppose maintenant PA=APPA = AP. D'après la question précédente, si A≠0A \neq 0 et PA=APPA=AP, la condition 2PA=A2PA=A n'est pas forcément vérifiée, donc MM n'est pas nécessairement diagonalisable. Posons D=(P00P)D = \begin{pmatrix} P & 0
    0 & P \end{pmatrix}
    et N=(0A00)N = \begin{pmatrix} 0 & A
    0 & 0 \end{pmatrix}
    . Vérifions les conditions de Dunford :
    • D+N=(PA0P)=MD + N = \begin{pmatrix} P & A
      0 & P \end{pmatrix} = M
      .
    • DD est diagonale par blocs avec PP diagonalisable en diagonale, donc DD est diagonalisable.
    • N2=(0000)N^2 = \begin{pmatrix} 0 & 0
      0 & 0 \end{pmatrix}
      , donc NN est nilpotente.
    • Étudions le commutateur [D,N][D, N] :
      DN=(P00P)(0A00)=(0PA00)DN = \begin{pmatrix} P & 0
      0 & P \end{pmatrix} \begin{pmatrix} 0 & A
      0 & 0 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 0 & PA
      0 & 0 \end{pmatrix}
      ND=(0A00)(P00P)=(0AP00)ND = \begin{pmatrix} 0 & A
      0 & 0 \end{pmatrix} \begin{pmatrix} P & 0
      0 & P \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 0 & AP
      0 & 0 \end{pmatrix}

    Comme on a supposé PA=APPA = AP, on en déduit que DN=NDDN = ND. Par unicité de la décomposition, on a :

    D=(P00P)etN=(0A00)\boxed{D = \begin{pmatrix} P & 0
    0 & P \end{pmatrix}   \text{et}   N = \begin{pmatrix} 0 & A
    0 & 0 \end{pmatrix}}

Attention, si PA≠APPA \neq AP, la matrice (P00P)\begin{pmatrix} P & 0
0 & P \end{pmatrix}
n'est plus la partie diagonale de Dunford car elle ne commute plus avec NN. La décomposition devient alors beaucoup plus complexe.