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Soit K\mathbb{K} un corps (on pourra supposer K=C\mathbb{K} = \mathbb{C} dans un premier temps). Soient AA et BB deux matrices de M2(K)\mathcal{M}_{2}(\mathbb{K}) que l'on suppose non scalaires.

  1. Montrer que AA et BB sont semblables si et seulement si elles ont le même polynôme caractéristique.
  2. Ce résultat reste-t-il vrai pour des matrices de Mn(K)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{K}) avec n3n \ge 3 ?

1.

Pour le sens réciproque, on pourra distinguer deux cas selon que le polynôme caractéristique possède deux racines distinctes ou une racine double dans la clôture algébrique de K\mathbb{K}.

2.

Dans le cas d'une racine double λ\lambda, utiliser le fait que AA n'est pas scalaire pour construire une base dans laquelle la matrice de l'endomorphisme associé a une forme réduite simple (type Jordan, mais à redémontrer).

3.

Pour la généralisation, chercher deux matrices nilpotentes de taille 3 ayant des rangs différents.

Idées clés

Utilisation de la réduction des endomorphismes en petite dimension.

Lien entre diagonalisabilité et racines du polynôme caractéristique.

Construction explicite d'une base pour les matrices non diagonalisables.

Résolution.

  1. L'implication directe (\Rightarrow) est un résultat de cours : deux matrices semblables ont le même polynôme caractéristique. Montrons l'implication réciproque (\Leftarrow). Soient A,BM2(K)A, B \in \mathcal{M}_2(\mathbb{K}) non scalaires telles que χA=χB=P\chi_A = \chi_B = P. D'après le théorème de Cayley-Hamilton, PP est un polynôme annulateur de AA et de BB. Plaçons-nous sur la clôture algébrique K\overline{\mathbb{K}} (ou supposons K=C\mathbb{K}=\mathbb{C}). PP est de degré 2, notons λ\lambda et μ\mu ses racines. Premier cas : PP possède deux racines distinctes λμ\lambda \neq \mu. Dans ce cas, le polynôme caractéristique est scindé à racines simples sur K\overline{\mathbb{K}}. Par conséquent, AA et BB sont toutes deux semblables à la matrice diagonale :
    D=(λ00μ)D = \begin{pmatrix} \lambda & 0
    0 & \mu \end{pmatrix}
    Par transitivité de la relation de similitude, AA et BB sont semblables dans M2(K)\mathcal{M}_2(\overline{\mathbb{K}}). Un résultat classique (ou l'utilisation des invariants de similitude) assure que si deux matrices à coefficients dans K\mathbb{K} sont semblables dans Mn(K)\mathcal{M}_n(\overline{\mathbb{K}}), elles le sont dans Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}). Second cas : PP possède une racine double λ\lambda. Alors P=(Xλ)2P = (X - \lambda)^2. Puisque AA n'est pas une matrice scalaire, on sait que AλI2A \neq \lambda I_2. L'endomorphisme uu associé à AA vérifie (uλid)2=0(u - \lambda \text{id})^2 = 0 par Cayley-Hamilton. Puisque uλid0u - \lambda \text{id} \neq 0, il existe un vecteur vK2v \in \mathbb{K}^2 tel que (uλid)(v)0(u - \lambda \text{id})(v) \neq 0. Posons e1=(uλid)(v)e_1 = (u - \lambda \text{id})(v) et e2=ve_2 = v. Vérifions que (e1,e2)(e_1, e_2) est une famille libre : Si ae1+be2=0ae_1 + be_2 = 0, en appliquant (uλid)(u - \lambda \text{id}), on obtient b(uλid)(v)=0b(u - \lambda \text{id})(v) = 0, d'où b=0b = 0, puis ae1=0ae_1 = 0 donc a=0a = 0. Dans la base (e1,e2)(e_1, e_2), la matrice de uu est :
    T=(λ10λ)T = \begin{pmatrix} \lambda & 1
    0 & \lambda \end{pmatrix}
    En effet, u(e1)=(uλid+λid)(e1)=0+λe1u(e_1) = (u-\lambda \text{id} + \lambda \text{id})(e_1) = 0 + \lambda e_1 et u(e2)=(uλid)(v)+λv=e1+λe2u(e_2) = (u-\lambda \text{id})(v) + \lambda v = e_1 + \lambda e_2. Ainsi, toute matrice non scalaire ayant λ\lambda pour racine double est semblable à TT. Par transitivité, AA et BB sont semblables. On en conclut que :
    AB    χA=χB\boxed{ A \sim B \iff \chi_A = \chi_B }

  2. La généralisation est fausse pour n3n \ge 3. Considérons les matrices AA et BB de M3(K)\mathcal{M}_3(\mathbb{K}) suivantes :
    A=(010000000)etB=(010001000)A = \begin{pmatrix} 0 & 1 & 0
    0 & 0 & 0
    0 & 0 & 0 \end{pmatrix}   \text{et}   B = \begin{pmatrix} 0 & 1 & 0
    0 & 0 & 1
    0 & 0 & 0 \end{pmatrix}
    Ces deux matrices ne sont pas scalaires. Elles ont le même polynôme caractéristique :
    χA(X)=χB(X)=X3\boxed{ \chi_A(X) = \chi_B(X) = X^3 }
    Cependant, elles ne sont pas semblables car leurs rangs sont différents :
    rg(A)=1etrg(B)=2\boxed{ \text{rg}(A) = 1   \text{et}   \text{rg}(B) = 2 }
    Deux matrices semblables ayant nécessairement le même rang, l'équivalence ne tient plus dès n=3n=3.

L'hypothèse "non scalaire" est fondamentale. Si on l'omet, la matrice I2I_2 et une matrice triangulaire supérieure avec des 1 sur la diagonale et un 1 au-dessus auraient le même polynôme caractéristique (X1)2(X-1)^2, mais ne seraient pas semblables (l'une est diagonale, l'autre non).