WikiPrépaLivrets

Soit AM2(C)A \in \mathcal{M}_{2}(\mathbb{C}). On suppose que la matrice AA n'est pas diagonalisable.

Montrer que AA est semblable à une matrice de la forme (λ10λ)\begin{pmatrix} \lambda & 1
0 & \lambda \end{pmatrix}
pour un certain λC\lambda \in \mathbb{C}.

1.

Utiliser le fait que le polynôme caractéristique d'une matrice de M2(C)\mathcal{M}_2(\mathbb{C}) est scindé sur C\mathbb{C}.

2.

Étudier les dimensions possibles des sous-espaces propres dans le cas où AA n'est pas diagonalisable.

3.

Considérer l'endomorphisme uu associé à AA et chercher une base (e1,e2)(e_1, e_2) adaptée à l'endomorphisme nilpotent N=uλidN = u - \lambda \mathrm{id}.

Idées clés

Analyse du spectre et du polynôme caractéristique.

Utilisation de l'indice de nilpotence de AλIA - \lambda I.

Construction explicite d'une base de réduction.

1. Analyse du spectre de AA

Le polynôme caractéristique χA(X)=det(XIA)\chi_A(X) = \det(XI - A) est un polynôme de degré 2 à coefficients complexes. D'après le théorème de d'Alembert-Gauss, χA\chi_A est scindé sur C\mathbb{C}.

Il existe donc deux racines λ1,λ2C\lambda_1, \lambda_2 \in \mathbb{C} (éventuellement confondues) telles que :

χA(X)=(Xλ1)(Xλ2)\chi_A(X) = (X - \lambda_1)(X - \lambda_2)

Si λ1λ2\lambda_1 \neq \lambda_2, alors AA possède deux valeurs propres distinctes en dimension 2. Dans ce cas, AA serait diagonalisable, ce qui est exclu par l'énoncé.

Par conséquent, les deux valeurs propres sont confondues. On note λ\lambda cette valeur propre unique :

χA(X)=(Xλ)2\boxed{\chi_A(X) = (X - \lambda)^2}

2. Étude de l'espace propre associé

Notons Eλ=ker(AλI)E_\lambda = \ker(A - \lambda I) le sous-espace propre associé à l'unique valeur propre λ\lambda. On sait que 1dim(Eλ)21 \le \dim(E_\lambda) \le 2 (car λ\lambda est racine de χA\chi_A).

Si dim(Eλ)=2\dim(E_\lambda) = 2, alors Eλ=C2E_\lambda = \mathbb{C}^2, ce qui signifie que AλI=0A - \lambda I = 0, soit A=λIA = \lambda I. Or, une matrice scalaire est diagonalisable, ce qui contredit l'hypothèse.

On en déduit donc nécessairement la dimension de l'espace propre :

dim(Eλ)=1\boxed{\dim(E_\lambda) = 1}

3. Construction d'une base de similitude

Soit uu l'endomorphisme de C2\mathbb{C}^2 canoniquement associé à AA. Considérons l'endomorphisme n=uλidn = u - \lambda \mathrm{id}.

D'après le théorème de Cayley-Hamilton, nous savons que χu(u)=0\chi_u(u) = 0, ce qui donne :

(uλid)2=0soitn2=0(u - \lambda \mathrm{id})^2 = 0   \text{soit}   n^2 = 0

L'endomorphisme nn est donc nilpotent. Puisque AA n'est pas diagonalisable, n0n \neq 0 (comme vu précédemment). Il existe donc un vecteur e2C2e_2 \in \mathbb{C}^2 tel que n(e2)0n(e_2) \neq 0.

Posons alors e1=n(e2)e_1 = n(e_2).

Vérifions que la famille (e1,e2)(e_1, e_2) forme une base de C2\mathbb{C}^2 :

  • e1=(uλid)(e2)ker(uλid)e_1 = (u - \lambda \mathrm{id})(e_2) \in \ker(u - \lambda \mathrm{id}) car n2=0n^2 = 0. Donc e1e_1 est un vecteur propre.
  • Si (e1,e2)(e_1, e_2) était liée, comme e10e_1 \neq 0, on aurait e2Vect(e1)e_2 \in \mathrm{Vect}(e_1).
  • Cela impliquerait n(e2)=0n(e_2) = 0 (puisque e1ker(n)e_1 \in \ker(n)), ce qui contredit notre choix de e2e_2.

Ainsi, B=(e1,e2)\mathcal{B}' = (e_1, e_2) est une base de C2\mathbb{C}^2.

4. Matrice de uu dans cette nouvelle base

Calculons les images des vecteurs de la base B\mathcal{B}' par uu :

  • Par définition de e1e_1 comme vecteur propre : u(e1)=λe1u(e_1) = \lambda e_1.
  • Par définition de e1=n(e2)=(uλid)(e2)e_1 = n(e_2) = (u - \lambda \mathrm{id})(e_2), on a :
u(e2)=λe2+e1=1e1+λe2u(e_2) = \lambda e_2 + e_1 = 1 \cdot e_1 + \lambda \cdot e_2

La matrice de uu dans la base B\mathcal{B}' est donc :

MatB(u)=(λ10λ)\boxed{ \text{Mat}_{\mathcal{B}'}(u) = \begin{pmatrix} \lambda & 1
0 & \lambda \end{pmatrix} }

La matrice AA est donc semblable à cette matrice.

Attention à ne pas oublier de justifier pourquoi λ1=λ2\lambda_1 = \lambda_2. L'argument clé est que si les valeurs propres sont distinctes, la matrice est automatiquement diagonalisable (théorème du cours). De même, il faut justifier que n0n \neq 0 pour assurer l'existence de e2e_2.