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Soient AA et BB deux matrices de Mn(R)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}). On suppose que AA et BB sont semblables dans Mn(C)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}). Ainsi, il existe une matrice P∈GLn(C)P \in GL_{n}(\mathbb{C}) telle que P−1AP=BP^{-1}AP = B.

  1. On décompose PP sous la forme P=X+iYP = X + iY où X,Y∈Mn(R)X, Y \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}). Montrer que pour tout scalaire λ∈C\lambda \in \mathbb{C}, on a la relation :
    A(X+λY)=(X+λY)BA(X + \lambda Y) = (X + \lambda Y)B
  2. Soit ff l'application définie sur C\mathbb{C} par f(z)=det⁡(X+zY)f(z) = \det(X + zY). Justifier que ff est une fonction polynomiale et qu'elle n'est pas identiquement nulle.
  3. En déduire qu'il existe une matrice Q∈GLn(R)Q \in GL_{n}(\mathbb{R}) telle que Q−1AQ=BQ^{-1}AQ = B. Conclure sur la relation entre la similitude dans Mn(C)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}) et dans Mn(R)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}).

1.

Pour la question 1, utilisez l'égalité AP=PBAP = PB et séparez les parties réelle et imaginaire.

2.

Pour la question 2, rappelez-vous que le déterminant est un polynôme en les coefficients de la matrice. Évaluez ff en un point particulier pour prouver qu'elle n'est pas nulle.

3.

Un polynôme non nul à coefficients réels ou complexes ne possède qu'un nombre fini de racines.

Idées clés

•

Décomposition d'une matrice complexe en parties réelle et imaginaire.

•

Propriété des polynômes sur un corps infini (R\mathbb{R}).

•

Lien entre inversibilité et non-annulation du déterminant.

Résolution.

  1. Par hypothèse, il existe P∈GLn(C)P \in GL_n(\mathbb{C}) telle que AP=PBAP = PB. En posant P=X+iYP = X + iY avec X,Y∈Mn(R)X, Y \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}), l'égalité devient :
    A(X+iY)=(X+iY)BA(X + iY) = (X + iY)B
    En développant par linéarité du produit matriciel :
    AX+iAY=XB+iYBAX + i AY = XB + i YB
    Comme les matrices A,B,X,YA, B, X, Y sont à coefficients réels, nous pouvons identifier les parties réelle et imaginaire de cette égalité de matrices :
    {AX=XBAY=YB\begin{cases} AX = XB
    AY = YB \end{cases}
    Soit alors λ∈C\lambda \in \mathbb{C}. En combinant ces deux égalités (L1+λL2L_1 + \lambda L_2), on obtient :
    AX+λAY=XB+λYBAX + \lambda AY = XB + \lambda YB
    Ce qui donne bien par factorisation :
    ∀λ∈C,A(X+λY)=(X+λY)B\boxed{\forall \lambda \in \mathbb{C},   A(X + \lambda Y) = (X + \lambda Y)B}

  2. L'application f:z↦det⁡(X+zY)f : z \mapsto \det(X + zY) est le déterminant d'une matrice dont chaque coefficient est un polynôme de degré au plus 1 en zz (de la forme xj,k+zyj,kx_{j,k} + z y_{j,k}). Le déterminant étant une forme polynomiale des coefficients de la matrice, ff est une somme de produits de tels termes. Par conséquent, ff est une fonction polynomiale en zz. De plus, nous savons que la matrice P=X+iYP = X + iY est inversible par hypothèse. Ainsi, son déterminant est non nul :
    f(i)=det⁡(X+iY)=det⁡(P)≠0f(i) = \det(X + iY) = \det(P) \neq 0
    Puisque ff prend une valeur non nulle en z=iz=i, on en déduit :
    f n’est pas le polynoˆme nul.\boxed{f \text{ n'est pas le polynôme nul.}}

  3. Le polynôme ff est de degré au plus nn et n'est pas identiquement nul. Il possède donc au plus nn racines complexes distinctes. Comme l'ensemble R\mathbb{R} est infini, il contient une infinité de valeurs qui ne sont pas des racines de ff. Il existe donc (au moins) un réel x0∈Rx_0 \in \mathbb{R} tel que f(x0)≠0f(x_0) \neq 0. Posons alors Q=X+x0YQ = X + x_0 Y. Par construction :
    • QQ est à coefficients réels car X,YX, Y le sont et x0∈Rx_0 \in \mathbb{R}.
    • QQ est inversible car det⁡(Q)=f(x0)≠0\det(Q) = f(x_0) \neq 0.
    D'après la question 1, on a AQ=QBAQ = QB, ce qui équivaut à :
    Q−1AQ=B\boxed{Q^{-1}AQ = B}
    On en conclut que AA et BB sont semblables dans Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}).

Attention à ne pas croire que si PP est la matrice de passage complexe, alors sa partie réelle XX est nécessairement inversible. L'astuce consiste bien à chercher une combinaison linéaire X+x0YX + x_0 Y qui soit inversible.