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Soit KK un corps commutatif infini et LL un sur-corps de KK tel que LL soit un KK-espace vectoriel de dimension finie d≥1d \geq 1. Soient A,B∈Mn(K)A, B \in \mathcal{M}_n(K).

  1. Soit P∈L[X1,…,Xd]P \in L[X_1, \dots, X_d] un polynôme à dd variables. Montrer que si l'application polynomiale associée à PP est nulle sur KdK^d, alors PP est le polynôme nul.
  2. On suppose que AA et BB sont semblables dans Mn(L)\mathcal{M}_n(L). Montrer qu'elles sont semblables dans Mn(K)\mathcal{M}_n(K).

1.

Pour la question 1, procédez par récurrence sur le nombre de variables dd en utilisant le fait qu'un polynôme à une variable sur un corps infini ayant une infinité de racines est nul.

2.

Pour la question 2, soit (e1,…,ed)(e_1, \dots, e_d) une base de LL sur KK. Décomposez la matrice de passage P∈GLn(L)P \in GL_n(L) dans cette base pour obtenir dd matrices à coefficients dans KK.

Idées clés

•

Propriété des polynômes à plusieurs variables sur un corps infini.

•

Structure d'espace vectoriel d'une extension de corps.

•

Généralisation de l'argument du déterminant non nul.

Résolution.

  1. Nous raisonnons par récurrence sur d∈N∗d \in \mathbb{N}^*. Initialisation (d=1d=1) : Un polynôme P(X1)∈L[X1]P(X_1) \in L[X_1] qui s'annule sur KK possède une infinité de racines (car KK est infini). Un polynôme ayant plus de racines que son degré est nécessairement nul. Hérédité : Supposons le résultat vrai pour d−1d-1 variables. Soit P∈L[X1,…,Xd]P \in L[X_1, \dots, X_d] nul sur KdK^d. On peut écrire :
    P(X1,…,Xd)=∑j=0mQj(X1,…,Xd−1)XdjP(X_1, \dots, X_d) = \sum_{j=0}^m Q_j(X_1, \dots, X_{d-1}) X_d^j
    Pour tout (x1,…,xd−1)∈Kd−1(x_1, \dots, x_{d-1}) \in K^{d-1} fixé, l'application xd↦P(x1,…,xd−1,xd)x_d \mapsto P(x_1, \dots, x_{d-1}, x_d) est un polynôme à une variable nul sur KK. Par l'initialisation, ses coefficients sont nuls :
    ∀j∈{0,…,m},Qj(x1,…,xd−1)=0\forall j \in \{0, \dots, m\},   Q_j(x_1, \dots, x_{d-1}) = 0
    Ceci étant vrai pour tout (x1,…,xd−1)∈Kd−1(x_1, \dots, x_{d-1}) \in K^{d-1}, par hypothèse de récurrence, chaque QjQ_j est le polynôme nul. Ainsi PP est nul.
    Un polynoˆme nul sur Kd est nul sur Ld.\boxed{\text{Un polynôme nul sur } K^d \text{ est nul sur } L^d.}

  2. Soit P∈GLn(L)P \in GL_n(L) telle que AP=PBAP = PB. Soit (e1,…,ed)(e_1, \dots, e_d) une base de LL en tant que KK-espace vectoriel. Chaque coefficient Pj,kP_{j,k} de PP se décompose dans cette base : Pj,k=∑m=1dλj,k,memP_{j,k} = \sum_{m=1}^d \lambda_{j,k,m} e_m avec λj,k,m∈K\lambda_{j,k,m} \in K. On peut donc écrire P=∑m=1demPmP = \sum_{m=1}^d e_m P_m où chaque Pm∈Mn(K)P_m \in \mathcal{M}_n(K). L'égalité AP=PBAP = PB devient :
    A(∑m=1demPm)=(∑m=1demPm)BA \left( \sum_{m=1}^d e_m P_m \right) = \left( \sum_{m=1}^d e_m P_m \right) B
    ∑m=1dem(APm−PmB)=0\sum_{m=1}^d e_m (AP_m - P_m B) = 0
    Comme (e1,…,ed)(e_1, \dots, e_d) est une famille KK-libre, chaque coefficient de la combinaison linéaire dans Mn(L)\mathcal{M}_n(L) est nul :
    ∀m∈{1,…,d},APm=PmB\forall m \in \{1, \dots, d\},   AP_m = P_m B
    Considérons l'application f:Kd→Kf : K^d \to K définie par :
    f(x1,…,xd)=det⁡(∑m=1dxmPm)f(x_1, \dots, x_d) = \det \left( \sum_{m=1}^d x_m P_m \right)
    ff est une application polynomiale à dd variables. Si elle était identiquement nulle sur KdK^d, elle serait nulle sur LdL^d d'après la question 1. Or, en prenant pour (xm)(x_m) les composantes de 1∈L1 \in L (si on voit PP comme une seule matrice), ou plus simplement en remarquant que ff évaluée au point correspondant à la matrice PP donne det⁡(P)≠0\det(P) \neq 0, on voit que ff n'est pas le polynôme nul. Il existe donc (k1,…,kd)∈Kd(k_1, \dots, k_d) \in K^d tel que f(k1,…,kd)≠0f(k_1, \dots, k_d) \neq 0. La matrice Q=∑kmPmQ = \sum k_m P_m est alors dans GLn(K)GL_n(K) et vérifie :
    AQ=QB  ⟹  Q−1AQ=B\boxed{AQ = QB \implies Q^{-1}AQ = B}

L'hypothèse "KK est infini" est cruciale. Sur un corps fini, un polynôme peut s'annuler sur tous les points du corps sans être le polynôme nul (ex: Xp−XX^p - X sur Fp\mathbb{F}_p).