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Soit nn un entier naturel non nul. On considère l'ensemble des matrices inversibles à coefficients complexes, noté GLn(C)\mathrm{GL}_n(\mathbb{C}).

L'objectif est de déterminer l'ensemble des matrices A∈GLn(C)A \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{C}) qui commutent avec toutes les matrices qui leur sont semblables.

Autrement dit, on cherche les matrices A∈GLn(C)A \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{C}) telles que :

∀P∈GLn(C),A(PAP−1)=(PAP−1)A\forall P \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{C}),   A(PAP^{-1}) = (PAP^{-1})A

1.

Montrer que si AA commute avec tous ses conjugués, alors tous les éléments de la classe de similitude de AA commutent entre eux.

2.

Utiliser le fait qu'une famille de matrices qui commutent possède (sur C\mathbb{C}) un vecteur propre commun.

3.

Étudier l'action de GLn(C)\mathrm{GL}_n(\mathbb{C}) sur ce vecteur propre commun pour en déduire que tout vecteur de Cn\mathbb{C}^n est un vecteur propre de AA.

Idées clés

•

Structure de la classe de similitude S(A)={PAP−1∣P∈GLn(C)}\mathcal{S}(A) = \{PAP^{-1} \mid P \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{C})\}.

•

Propriété de codiagonalisation (ou d'existence d'un vecteur propre commun) pour les familles commutantes.

•

Caractérisation des matrices scalaires (homothéties).

Résolution.

Soit A∈GLn(C)A \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{C}) une matrice vérifiant la propriété. Notons S(A)\mathcal{S}(A) sa classe de similitude.

  1. Étude de la commutativité au sein de la classe de similitude.

    Soient B1B_1 et B2B_2 deux matrices semblables à AA. Il existe P1∈GLn(C)P_1 \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{C}) tel que B1=P1AP1−1B_1 = P_1 A P_1^{-1}. Par hypothèse, AA commute avec toute matrice de sa classe de similitude. En particulier :

    A(P1−1B2P1)=(P1−1B2P1)AA (P_1^{-1} B_2 P_1) = (P_1^{-1} B_2 P_1) A
    car P1−1B2P1P_1^{-1} B_2 P_1 est semblable à B2B_2, donc à AA. En multipliant par P1P_1 à gauche et P1−1P_1^{-1} à droite, on obtient :
    (P1AP1−1)B2=B2(P1AP1−1)  ⟹  B1B2=B2B1(P_1 A P_1^{-1}) B_2 = B_2 (P_1 A P_1^{-1}) \implies \boxed{B_1 B_2 = B_2 B_1}
    Ainsi, tous les éléments de la classe de similitude S(A)\mathcal{S}(A) commutent deux à deux.

  2. Existence d'un vecteur propre commun.

    L'ensemble S(A)\mathcal{S}(A) est une famille de matrices de Mn(C)\mathrm{M}_n(\mathbb{C}) qui commutent. Puisque le corps de base est C\mathbb{C}, cette famille admet un vecteur propre commun. Il existe donc un vecteur v∈Cn∖{0}v \in \mathbb{C}^n \setminus \{0\} tel que pour tout B∈S(A)B \in \mathcal{S}(A), vv soit un vecteur propre de BB. Pour tout P∈GLn(C)P \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{C}), il existe donc un scalaire λP∈C\lambda_P \in \mathbb{C} tel que :

    (PAP−1)v=λPv(PAP^{-1})v = \lambda_P v
    Or, les valeurs propres de PAP−1PAP^{-1} sont les mêmes que celles de AA. L'ensemble des valeurs propres de AA étant fini, notons-le Sp(A)={μ1,…,μk}\mathrm{Sp}(A) = \{\mu_1, \dots, \mu_k\}. On a donc λP∈Sp(A)\lambda_P \in \mathrm{Sp}(A) pour tout PP.

  3. Stabilité par l'action du groupe linéaire.

    L'égalité précédente se réécrit :

    A(P−1v)=λP(P−1v)A(P^{-1}v) = \lambda_P (P^{-1}v)
    Cela signifie que pour tout P∈GLn(C)P \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{C}), le vecteur P−1vP^{-1}v est un vecteur propre de AA. Soit w∈Cnw \in \mathbb{C}^n un vecteur non nul quelconque. Il existe toujours une matrice P∈GLn(C)P \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{C}) telle que P−1v=wP^{-1}v = w. (Il suffit de compléter vv et ww en des bases de Cn\mathbb{C}^n et de considérer l'application linéaire envoyant la base associée à ww sur celle associée à vv). Par conséquent, tout vecteur non nul de Cn\mathbb{C}^n est un vecteur propre de AA.

  4. Conclusion sur la nature de A.

    Si tout vecteur non nul est un vecteur propre, alors AA est une homothétie. En effet, si e1,…,ene_1, \dots, e_n est la base canonique, on a Aei=αieiAe_i = \alpha_i e_i. De plus, A(e1+e2)=α1,2(e1+e2)A(e_1 + e_2) = \alpha_{1,2}(e_1 + e_2), ce qui donne α1e1+α2e2=α1,2e1+α1,2e2\alpha_1 e_1 + \alpha_2 e_2 = \alpha_{1,2} e_1 + \alpha_{1,2} e_2, d'où α1=α2=⋯=αn=λ\alpha_1 = \alpha_2 = \dots = \alpha_n = \lambda. Ainsi, il existe λ∈C\lambda \in \mathbb{C} tel que A=λInA = \lambda I_n. Comme A∈GLn(C)A \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{C}), on doit avoir λ≠0\lambda \neq 0. Réciproquement, si A=λInA = \lambda I_n avec λ≠0\lambda \neq 0, alors pour tout PP, PAP−1=λInPAP^{-1} = \lambda I_n. La matrice AA commute évidemment avec λIn\lambda I_n.

    L'ensemble recherché est donc :

    Z={λIn∣λ∈C∗}\boxed{ \mathcal{Z} = \{ \lambda I_n \mid \lambda \in \mathbb{C}^* \} }

Une erreur classique serait de penser que AA doit être diagonalisable pour utiliser l'argument du vecteur propre. Or, le résultat sur l'existence d'un vecteur propre commun pour une famille de commutants est vrai dès que les matrices commutent sur un corps algébriquement clos, sans hypothèse de diagonalisabilité.