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On considère A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}). L'objectif est de démontrer que la classe de similitude de AA contient au moins une matrice symétrique.

  1. On rappelle qu'un bloc de Jordan de taille kk associé à λ∈C\lambda \in \mathbb{C} est une matrice de la forme Jk(λ)=λIk+NkJ_{k}(\lambda) = \lambda I_{k} + N_{k}, où Nk=∑j=1k−1Ej,j+1N_{k} = \sum_{j=1}^{k-1} E_{j, j+1} est la matrice de nilpotence élémentaire. On admet que AA est semblable à une matrice diagonale par blocs de la forme :
    diag(Jk1(λ1),Jk2(λ2),…,Jkm(λm))\mathrm{diag}(J_{k_1}(\lambda_1), J_{k_2}(\lambda_2), \dots, J_{k_m}(\lambda_m))
    Montrer qu'il suffit de prouver le résultat pour un bloc de Jordan J=Jk(λ)J = J_{k}(\lambda).
  2. Soit J=Jk(0)J = J_{k}(0) le bloc de Jordan nilpotent de taille kk. On note P∈Mk(C)P \in \mathcal{M}_{k}(\mathbb{C}) la matrice de permutation "renversante" définie par P=∑j=1kEj,k−j+1P = \sum_{j=1}^{k} E_{j, k-j+1}.
    1. Vérifier que PP est symétrique et que P2=IkP^2 = I_k.
    2. Montrer que PJP−1=JTP J P^{-1} = J^T.
    3. Justifier l'existence d'une matrice Q∈C[P]Q \in \mathbb{C}[P] telle que Q2=PQ^2 = P. Montrer que QQ est alors symétrique et inversible.
  3. En utilisant la matrice QQ de la question précédente, construire une matrice symétrique semblable à JJ.
  4. Conclure pour une matrice AA quelconque de Mn(C)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}).

1.

Pour la question 1, utiliser le fait qu'une matrice diagonale par blocs dont chaque bloc est symétrique est elle-même symétrique.

2.

Pour la question 2.(c), chercher QQ sous la forme αI+βP\alpha I + \beta P en utilisant la relation P2=IP^2 = I.

3.

Pour la question 3, calculer (QJQ−1)T(Q J Q^{-1})^T en exploitant P=Q2P = Q^2 et la relation entre JJ, JTJ^T et PP.

Idées clés

•

Réduction de Jordan (admise par l'énoncé).

•

Utilisation de la matrice de passage vers la transposée.

•

Construction d'une racine carrée polynomiale d'une matrice symétrique.

Résolution.

  1. Supposons que chaque bloc Jki(λi)J_{k_i}(\lambda_i) soit semblable à une matrice symétrique SiS_i. Il existe alors des matrices inversibles QiQ_i telles que Si=QiJki(λi)Qi−1S_i = Q_i J_{k_i}(\lambda_i) Q_i^{-1}. En posant Q=diag(Q1,…,Qm)Q = \mathrm{diag}(Q_1, \dots, Q_m), la matrice Qdiag(Jk1,…,Jkm)Q−1=diag(S1,…,Sm)Q \mathrm{diag}(J_{k_1}, \dots, J_{k_m}) Q^{-1} = \mathrm{diag}(S_1, \dots, S_m) est symétrique car elle est diagonale par blocs de matrices symétriques.
    Il suffit donc de traiter le cas d’un seul bloc de Jordan.\boxed{\text{Il suffit donc de traiter le cas d'un seul bloc de Jordan.}}

  2. Soit J=Jk(0)J = J_k(0).
    1. La matrice PP est définie par P=(pi,j)P = (p_{i,j}) avec pi,j=1p_{i,j} = 1 si i+j=k+1i+j=k+1 et 00 sinon. L'indice est symétrique (i+j=j+ii+j = j+i), donc pi,j=pj,ip_{i,j} = p_{j,i}, ce qui prouve que P2=IkP^2 = I_k car PP est une matrice de permutation associée à une involution sans point fixe (ou avec un point fixe central). Plus précisément : (P2)i,j=∑l=1kpi,lpl,j(P^2)_{i,j} = \sum_{l=1}^k p_{i,l}p_{l,j}. Le seul terme non nul est pour l=k−i+1l = k-i+1. Alors pi,k−i+1pk−i+1,j=1p_{i,k-i+1}p_{k-i+1,j} = 1 si et seulement si k−i+1+j=k+1k-i+1 + j = k+1, soit j=ij=i.
      P=PTetP2=Ik\boxed{P = P^T   \text{et}   P^2 = I_k}

    2. On sait que J=∑j=1k−1Ej,j+1J = \sum_{j=1}^{k-1} E_{j, j+1} et JT=∑j=1k−1Ej+1,jJ^T = \sum_{j=1}^{k-1} E_{j+1, j}. Le calcul direct donne PEj,j+1P=Ek−j+1,k−jP E_{j, j+1} P = E_{k-j+1, k-j}. En sommant, on obtient PJP=∑j=1k−1Ek−j+1,k−jP J P = \sum_{j=1}^{k-1} E_{k-j+1, k-j}. En posant m=k−jm = k-j, on parcourt les indices de 22 à kk, donc PJP=∑m=2kEm+1,mPJP = \sum_{m=2}^{k} E_{m+1, m} (attention au décalage), ce qui est exactement JTJ^T.
      PJP−1=JT\boxed{P J P^{-1} = J^T}

    3. Puisque P2=IkP^2 = I_k, les valeurs propres de PP sont incluses dans {−1,1}\{-1, 1\}. On cherche Q=αI+βPQ = \alpha I + \beta P. Alors Q2=(α2+β2)I+2αβPQ^2 = (\alpha^2 + \beta^2)I + 2\alpha\beta P. Pour avoir Q2=PQ^2 = P, on résout :
      {α2+β2=02αβ=1\begin{cases} \alpha^2 + \beta^2 = 0
      2\alpha\beta = 1 \end{cases}
      En remplaçant β=1/(2α)\beta = 1/(2\alpha), on obtient α2+1/(4α2)=0\alpha^2 + 1/(4\alpha^2) = 0, soit 4α4=−14\alpha^4 = -1. Une solution est α=1+i2\alpha = \frac{1+i}{2}. Alors β=11+i=1−i2\beta = \frac{1}{1+i} = \frac{1-i}{2}. Comme Q∈C[P]Q \in \mathbb{C}[P] et que PP est symétrique, QQ est symétrique. De plus, det(Q2)=det(P)=(−1)⌊k/2⌋≠0det(Q^2) = det(P) = (-1)^{\lfloor k/2 \rfloor} \neq 0, donc QQ est inversible.

  3. Posons S=QJQ−1S = Q J Q^{-1}. Puisque QQ est inversible, SS est semblable à JJ. Vérifions que SS est symétrique :
    ST=(QJQ−1)T=(Q−1)TJTQTS^T = (Q J Q^{-1})^T = (Q^{-1})^T J^T Q^T
    Comme QQ est symétrique, QT=QQ^T = Q et (Q−1)T=Q−1(Q^{-1})^T = Q^{-1}.
    ST=Q−1JTQS^T = Q^{-1} J^T Q
    Or, d'après 2(b), JT=PJP−1J^T = P J P^{-1}, et comme P=Q2P = Q^2, on a :
    ST=Q−1(Q2JQ−2)Q=QJQ−1=SS^T = Q^{-1} (Q^2 J Q^{-2}) Q = Q J Q^{-1} = S
    S est une matrice symeˊtrique semblable aˋ J\boxed{S \text{ est une matrice symétrique semblable à } J}

  4. Si J=λI+NJ = \lambda I + N, alors d'après ce qui précède, il existe QQ telle que QNQ−1=S0Q N Q^{-1} = S_0 avec S0S_0 symétrique. Alors QJQ−1=λI+S0Q J Q^{-1} = \lambda I + S_0, qui est encore une matrice symétrique. Le résultat général découle alors de la réduction par blocs de la question 1.

Attention : sur R\mathbb{R}, ce résultat est faux. Une matrice réelle semblable à une matrice symétrique réelle est nécessairement diagonalisable (théorème spectral). Or, il existe des matrices réelles non diagonalisables. L'existence de la racine carrée de PP dans C[P]\mathbb{C}[P] utilise de manière cruciale le fait que −1-1 possède une racine carrée dans C\mathbb{C}.