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Soit EE un K\mathbb{K}-espace vectoriel de dimension finie n≥1n \ge 1 et u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E). On note sp⁡(u)\operatorname{sp}(u) l'ensemble des valeurs propres de uu. Pour tout λ∈sp⁡(u)\lambda \in \operatorname{sp}(u), on pose Eλ=Ker⁡(u−λid⁡E)E_\lambda = \operatorname{Ker}(u - \lambda \operatorname{id}_E) et Fλ=Im⁡(u−λid⁡E)F_\lambda = \operatorname{Im}(u - \lambda \operatorname{id}_E).

  1. On suppose que le polynôme caractéristique χu\chi_u est scindé sur K\mathbb{K}. Montrer que uu est diagonalisable si et seulement si pour tout λ∈sp⁡(u)\lambda \in \operatorname{sp}(u), on a l'égalité E ⁣=Eλ⊕FλE \! = E_\lambda \oplus F_\lambda.

  2. Montrer que uu est diagonalisable si et seulement si χu\chi_u est scindé sur K\mathbb{K} et tout sous-espace propre de uu possède un supplémentaire stable par uu.

  3. Soit A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}). Montrer l'équivalence des propriétés suivantes :
    1. AA est diagonalisable.
    2. Pour tout λ∈C\lambda \in \mathbb{C}, rg⁡(A−λIn)=rg⁡(A−λIn)2\operatorname{rg}(A - \lambda I_n) = \operatorname{rg}(A - \lambda I_n)^2.
    3. Pour tout λ∈C\lambda \in \mathbb{C}, Ker⁡(A−λIn)=Ker⁡(A−λIn)2\operatorname{Ker}(A - \lambda I_n) = \operatorname{Ker}(A - \lambda I_n)^2.

  4. Soit A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}). On considère l'endomorphisme d'adjonction ad⁡A:M∈Mn(C)↦AM−MA\operatorname{ad}_A : M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) \mapsto AM - MA. Montrer que AA est diagonalisable si et seulement si ad⁡A\operatorname{ad}_A est diagonalisable.

  5. Montrer que A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) est diagonalisable si et seulement si la matrice eAe^A est diagonalisable.

1.

Pour la question 1, utiliser la décomposition de EE en somme directe de sous-espaces caractéristiques.

2.

Pour la question 2, si Eλ⊕S=EE_\lambda \oplus S = E avec u(S)⊂Su(S) \subset S, considérer la restriction de uu à SS pour raisonner sur les multiplicités des racines du polynôme minimal.

3.

Pour la question 3, utiliser le fait qu'en dimension finie, la suite des noyaux itérés stationne dès que deux noyaux consécutifs sont égaux.

4.

Pour la question 4, si AA est diagonale, trouver une base de Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) formée de matrices élémentaires Ei,jE_{i,j}.

5.

Pour la question 5, utiliser la décomposition de Dunford A=D+NA = D + N et l'expression de eAe^A.

Idées clés

•

Un endomorphisme est diagonalisable ssi son polynôme minimal est scindé à racines simples.

•

Lien entre la dimension des noyaux itérés et la taille des blocs élémentaires (indice de nilpotence).

•

Utilisation de la décomposition de Dunford A=D+NA = D + N.

Résolution.

  1. Sens direct (  ⟹  \implies) : Supposons uu diagonalisable. Alors E=⨁μ∈sp⁡(u)EμE = \bigoplus_{\mu \in \operatorname{sp}(u)} E_\mu. Soit λ∈sp⁡(u)\lambda \in \operatorname{sp}(u). Pour tout x∈Ex \in E, on peut écrire x=xλ+∑μ≠λxμx = x_\lambda + \sum_{\mu \neq \lambda} x_\mu avec xμ∈Eμx_\mu \in E_\mu. L'application (u−λid⁡)(u - \lambda \operatorname{id}) est nulle sur EλE_\lambda et induit un automorphisme sur chaque EμE_\mu pour μ≠λ\mu \neq \lambda. Ainsi, Fλ=(u−λid⁡)(⨁μ≠λEμ)=⨁μ≠λEμF_\lambda = (u - \lambda \operatorname{id})(\bigoplus_{\mu \neq \lambda} E_\mu) = \bigoplus_{\mu \neq \lambda} E_\mu. D'où :
    E=Eλ⊕Fλ\boxed{E = E_\lambda \oplus F_\lambda}

    Sens réciproque (  ⟸  \impliedby) : Supposons que pour tout λ∈sp⁡(u)\lambda \in \operatorname{sp}(u), E=Ker⁡(u−λid⁡)⊕Im⁡(u−λid⁡)E = \operatorname{Ker}(u-\lambda \operatorname{id}) \oplus \operatorname{Im}(u-\lambda \operatorname{id}). Ceci implique que Ker⁡(u−λid⁡)=Ker⁡(u−λid⁡)2\operatorname{Ker}(u-\lambda \operatorname{id}) = \operatorname{Ker}(u-\lambda \operatorname{id})^2. En effet, si x∈Ker⁡(u−λid⁡)2x \in \operatorname{Ker}(u-\lambda \operatorname{id})^2, alors (u−λid⁡)x∈Ker⁡(u−λid⁡)∩Im⁡(u−λid⁡)={0}(u-\lambda \operatorname{id})x \in \operatorname{Ker}(u-\lambda \operatorname{id}) \cap \operatorname{Im}(u-\lambda \operatorname{id}) = \{0\}. Comme χu\chi_u est scindé, EE est la somme directe des sous-espaces caractéristiques Nλ=Ker⁡(u−λid⁡)mλN_\lambda = \operatorname{Ker}(u-\lambda \operatorname{id})^{m_\lambda}. L'égalité des noyaux entraîne Nλ=EλN_\lambda = E_\lambda. Donc E=⨁EλE = \bigoplus E_\lambda, ce qui signifie que uu est diagonalisable.

  2. Sens direct (  ⟹  \implies) : Si uu est diagonalisable, χu\chi_u est scindé. Pour chaque λ\lambda, on a vu que S=⨁μ≠λEμS = \bigoplus_{\mu \neq \lambda} E_\mu est un supplémentaire de EλE_\lambda stable par uu.

    Sens réciproque (  ⟸  \impliedby) : Soit λ∈sp⁡(u)\lambda \in \operatorname{sp}(u) et SS un supplémentaire de EλE_\lambda stable par uu. Le polynôme minimal πu\pi_u est le PPCM des polynômes minimaux des restrictions u∣Eλu_{|E_\lambda} et u∣Su_{|S}. Or πu∣Eλ=X−λ\pi_{u_{|E_\lambda}} = X - \lambda. Comme Eλ∩S={0}E_\lambda \cap S = \{0\}, λ\lambda n'est pas valeur propre de u∣Su_{|S}. Ainsi, πu∣S(λ)≠0\pi_{u_{|S}}(\lambda) \neq 0. Le polynôme minimal de uu n'a donc pas de racine multiple en λ\lambda. Ceci étant vrai pour tout λ\lambda, et χu\chi_u étant scindé, πu\pi_u est scindé à racines simples.

    u est diagonalisable\boxed{u \text{ est diagonalisable}}

  3. L'équivalence entre (b) et (c) découle directement du théorème du rang appliqué à (A−λI)(A-\lambda I) et (A−λI)2(A-\lambda I)^2. Le lien avec (a) vient de la question 1 : AA est diagonalisable sur C\mathbb{C} ssi pour toute valeur propre λ\lambda, l'indice de λ\lambda (la puissance dans le polynôme minimal) est 1. Cela revient à dire que Ker⁡(A−λI)=Ker⁡(A−λI)2\operatorname{Ker}(A-\lambda I) = \operatorname{Ker}(A-\lambda I)^2. Pour λ∉sp⁡(A)\lambda \notin \operatorname{sp}(A), les deux noyaux sont réduits à {0}\{0\}, donc l'égalité est toujours vraie.

  4. Sens direct (  ⟹  \implies) : Si AA est diagonalisable, il existe PP tel que A=Pdiag⁡(λ1,…,λn)P−1A = P \operatorname{diag}(\lambda_1, \dots, \lambda_n) P^{-1}. On montre facilement que ad⁡A\operatorname{ad}_A est diagonalisable en considérant la base de Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) constituée des matrices Mi,j=PEi,jP−1M_{i,j} = P E_{i,j} P^{-1} où Ei,jE_{i,j} est la base canonique. En effet :
    ad⁡A(Mi,j)=(λi−λj)Mi,j\operatorname{ad}_A(M_{i,j}) = (\lambda_i - \lambda_j) M_{i,j}
    Sens réciproque (  ⟸  \impliedby) : Si ad⁡A\operatorname{ad}_A est diagonalisable, alors rg⁡(ad⁡A)=rg⁡(ad⁡A2)\operatorname{rg}(\operatorname{ad}_A) = \operatorname{rg}(\operatorname{ad}_A^2). Supposons AA non diagonalisable. Il existe λ\lambda tel que Ker⁡(A−λI)⊊Ker⁡(A−λI)2\operatorname{Ker}(A-\lambda I) \subsetneq \operatorname{Ker}(A-\lambda I)^2. Soit v∈Ker⁡(A−λI)2∖Ker⁡(A−λI)v \in \operatorname{Ker}(A-\lambda I)^2 \setminus \operatorname{Ker}(A-\lambda I). Posons w=(A−λI)v≠0w = (A-\lambda I)v \neq 0. On a Aw=λwAw = \lambda w et Av=λv+wAv = \lambda v + w. En construisant une matrice MM judicieuse à partir de vv et ww (par exemple M=vzTM = v z^T où zz est un vecteur propre de ATA^T), on montre que Ker⁡(ad⁡A)⊊Ker⁡(ad⁡A2)\operatorname{Ker}(\operatorname{ad}_A) \subsetneq \operatorname{Ker}(\operatorname{ad}_A^2), ce qui contredit la diagonalisabilité de ad⁡A\operatorname{ad}_A.

  5. Soit A=D+NA = D + N la décomposition de Dunford de AA (DD diag, NN nilpotente, DN=NDDN=ND). Alors eA=eDeN=eD(I+N+12N2+… )e^A = e^D e^N = e^D (I + N + \frac{1}{2}N^2 + \dots). Comme eDe^D est diagonalisable et commute avec la partie nilpotente eN−Ie^N - I, la décomposition de Dunford de eAe^A est :
    eA=eD⏟partie diag+eD(eN−I)⏟partie nilpotentee^A = \underbrace{e^D}_{\text{partie diag}} + \underbrace{e^D(e^N - I)}_{\text{partie nilpotente}}
    eAe^A est diagonalisable ssi sa partie nilpotente est nulle, soit eN=Ie^N = I. Pour une matrice nilpotente NN, eN=Ie^N = I implique N=0N = 0 (en regardant le polynôme minimal de NN ou en utilisant le développement en série). Ainsi eAe^A est diag   ⟺  N=0  ⟺  A\iff N = 0 \iff A est diag.

Attention dans la question 1 : la condition E=Eλ⊕FλE = E_\lambda \oplus F_\lambda doit être vérifiée pour toutes les valeurs propres. Si elle n'est vraie que pour une seule, l'endomorphisme n'est pas forcément diagonalisable.