Soit . On considère l'espace vectoriel des polynômes à coefficients complexes de degré au plus .
On définit l'application sur par :
Démontrer que est un endomorphisme de et qu'il est diagonalisable.
Commencer par vérifier que pour tout polynôme de degré , son image appartient bien à .
Déterminer la matrice de dans la base canonique .
Identifier les valeurs propres sur la diagonale de cette matrice et étudier leur multiplicité.
Comparer la multiplicité de la valeur propre avec la dimension du noyau de .
Traduction matricielle dans la base canonique.
Étude du spectre d'une matrice triangulaire.
Caractérisation de la diagonalisabilité par la dimension des sous-espaces propres.
1. Nature de l'application .
Soit . Si est un polynôme de degré , alors sa dérivée seconde est un polynôme de degré (avec la convention si ).
Le produit est donc un polynôme de degré au plus .
L'application est une application de dans . La linéarité de la dérivation et du produit assure que est un endomorphisme de .
2. Représentation matricielle.
Calculons l'image des vecteurs de la base canonique .
Pour , .
Pour , .
Pour , on a :
La matrice de dans la base est donc une matrice dont chaque colonne (pour ) ne contient des coefficients non nuls qu'aux lignes et .
En particulier, est une matrice supérieure triangulaire.
3. Recherche des valeurs propres.
Les valeurs propres d'une matrice triangulaire sont ses coefficients diagonaux.
D'après le calcul précédent, les coefficients diagonaux sont :
Listons ces valeurs : , , , , ..., .
L'application est strictement croissante sur .
Ainsi, les valeurs propres sont toutes distinctes.
La valeur propre est de multiplicité (car ), tandis que les autres valeurs propres sont simples.
4. Condition de diagonalisabilité.
L'endomorphisme est diagonalisable si et seulement si pour chaque valeur propre, la dimension du sous-espace propre associé est égale à sa multiplicité.
Pour les valeurs propres simples, cette condition est automatiquement vérifiée. Il reste donc à étudier le sous-espace propre associé à la valeur propre , c'est-à-dire .
Comme le polynôme n'est pas le polynôme nul et que l'anneau des polynômes est intègre, cela équivaut à :
Le noyau est donc , ce qui nous donne :
La dimension du sous-espace propre associé à la valeur propre est égale à sa multiplicité algébrique dans le polynôme caractéristique.
Conclusion.
Toutes les multiplicités géométriques égalent les multiplicités algébriques, et le polynôme caractéristique est scindé (car nous sommes sur ou par nature des racines).
Une erreur classique est de compter valeurs propres distinctes sans remarquer que et donnent tous deux . Si l'on ne vérifie pas la dimension du noyau, on ne peut pas conclure directement.