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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. On considère une matrice A∈Mn(K)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) (où K=R\mathbb{K} = \mathbb{R} ou C\mathbb{C}) et on définit la matrice B∈M2n(K)B \in \mathcal{M}_{2n}(\mathbb{K}) par la décomposition en blocs suivante :

B=(A0AIn)B = \begin{pmatrix} A & 0
A & I_n \end{pmatrix}

  1. Soit P∈K[X]P \in \mathbb{K}[X] un polynôme annulateur de AA. Construire à partir de PP un polynôme annulateur de BB.
  2. On suppose que BB est diagonalizable. Démontrer que AA est nécessairement diagonalizable.
  3. On suppose dans cette question que AA est diagonalizable et que 11 n'est pas une valeur propre de AA. Montrer que BB est diagonalizable.
  4. Étudier le cas où 11 est une valeur propre de AA. La matrice BB peut-elle être diagonalizable ?

1.

Pour la question 1, calculer les puissances de BB ou utiliser le fait que BB est triangulaire par blocs pour observer le comportement de P(B)P(B).

2.

Pour la question 2, utiliser le critère de diagonalisabilité par les polynômes annulateurs à racines simples.

3.

Pour la question 3, on peut chercher une matrice de passage par blocs de la forme (I0XI)\begin{pmatrix} I & 0
X & I \end{pmatrix}
pour diagonaliser BB par blocs, ou travailler sur les dimensions des sous-espaces propres.

4.

Pour la question 4, s'intéresser à la dimension du sous-espace propre associé à la valeur propre 1.

Idées clés

•

Lien entre polynômes annulateurs d'une matrice et de ses blocs diagonaux.

•

Critère polynomial de diagonalisabilité (polynôme scindé à racines simples).

•

Étude des dimensions des sous-espaces propres pour la condition nécessaire et suffisante.

Résolution.

  1. Calculons les premières puissances de BB pour dégager une structure. Par un calcul par blocs, on remarque que pour tout k∈N∗k \in \mathbb{N}^* :
    Bk=(Ak0∑j=1kAjIn)B^k = \begin{pmatrix} A^k & 0
    \sum_{j=1}^{k} A^j & I_n \end{pmatrix}
    Soit P=∑akXkP = \sum a_k X^k un polynôme annulateur de AA. On a :
    P(B)=(P(A)0…P(1)In)=(00…P(1)In)P(B) = \begin{pmatrix} P(A) & 0
    \dots & P(1)I_n \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 0 & 0
    \dots & P(1)I_n \end{pmatrix}
    Considérons le polynôme Q(X)=(X−1)P(X)Q(X) = (X-1)P(X). On a alors :
    Q(B)=(B−I2n)P(B)=(A−In0A0)(00…P(1)In)Q(B) = (B - I_{2n}) P(B) = \begin{pmatrix} A - I_n & 0
    A & 0 \end{pmatrix} \begin{pmatrix} 0 & 0
    \dots & P(1)I_n \end{pmatrix}
    Le produit matriciel donne immédiatement la matrice nulle.
    Q(X)=(X−1)P(X) est un polynoˆme annulateur de B\boxed{ Q(X) = (X-1)P(X) \text{ est un polynôme annulateur de } B }

  2. Supposons BB diagonalizable. Il existe donc un polynôme Q∈K[X]Q \in \mathbb{K}[X] scindé à racines simples tel que Q(B)=0Q(B) = 0. Or, d'après la structure triangulaire par blocs, on a :
    Q(B)=(Q(A)0…Q(1)In)Q(B) = \begin{pmatrix} Q(A) & 0
    \dots & Q(1)I_n \end{pmatrix}
    L'égalité Q(B)=0Q(B) = 0 implique donc Q(A)=0Q(A) = 0. Comme QQ est un polynôme annulateur de AA scindé à racines simples, on en déduit que :
    A est diagonalizable\boxed{ A \text{ est diagonalizable} }

  3. Supposons AA diagonalizable et 1∉Sp(A)1 \notin \text{Sp}(A). Montrons que BB est semblable à la matrice diag(A,In)\text{diag}(A, I_n). Cherchons une matrice de passage de la forme P=(In0XIn)P = \begin{pmatrix} I_n & 0
    X & I_n \end{pmatrix}
    . Son inverse est P−1=(In0−XIn)P^{-1} = \begin{pmatrix} I_n & 0
    -X & I_n \end{pmatrix}
    . Le produit PBP−1P B P^{-1} donne :
    (In0XIn)(A0AIn)(In0−XIn)=(A0XA+AIn)(In0−XIn)=(A0XA+A−XIn)\begin{pmatrix} I_n & 0
    X & I_n \end{pmatrix} \begin{pmatrix} A & 0
    A & I_n \end{pmatrix} \begin{pmatrix} I_n & 0
    -X & I_n \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} A & 0
    XA+A & I_n \end{pmatrix} \begin{pmatrix} I_n & 0
    -X & I_n \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} A & 0
    XA+A-X & I_n \end{pmatrix}
    On souhaite que XA−X+A=0XA - X + A = 0, soit X(A−In)=−AX(A - I_n) = -A. Comme 1∉Sp(A)1 \notin \text{Sp}(A), la matrice (A−In)(A - I_n) est inversible. On peut donc choisir :
    X=−A(A−In)−1X = -A(A - I_n)^{-1}
    Ainsi, BB est semblable à (A00In)\begin{pmatrix} A & 0
    0 & I_n \end{pmatrix}
    . Puisque AA est diagonalizable et InI_n l'est aussi, la matrice diagonale par blocs est diagonalizable.
    B est donc diagonalizable\boxed{ B \text{ est donc diagonalizable} }

  4. Supposons que 1∈Sp(A)1 \in \text{Sp}(A). Étudions le sous-espace propre de BB associé à la valeur propre 11. Soit Z=(XY)∈K2nZ = \begin{pmatrix} X
    Y \end{pmatrix} \in \mathbb{K}^{2n}
    .
    BZ=Z  ⟺  (A0AIn)(XY)=(XY)  ⟺  {AX=XAX+Y=Y  ⟺  {AX=XAX=0BZ = Z \iff \begin{pmatrix} A & 0
    A & I_n \end{pmatrix} \begin{pmatrix} X
    Y \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} X
    Y \end{pmatrix} \iff \begin{cases} AX = X
    AX + Y = Y \end{cases} \iff \begin{cases} AX = X
    AX = 0 \end{cases}
    Cela impose X=AX=0X = AX = 0. Donc X=0X=0 et YY est quelconque dans Kn\mathbb{K}^n. Ainsi, E1(B)={0}×KnE_1(B) = \{0\} \times \mathbb{K}^n, d'où dim⁡E1(B)=n\dim E_1(B) = n. D'autre part, le polynôme caractéristique de BB est :
    χB(X)=det⁡(XI2n−B)=det⁡(XIn−A)det⁡(XIn−In)=χA(X)(X−1)n\chi_B(X) = \det(XI_{2n} - B) = \det(XI_n - A) \det(XI_n - I_n) = \chi_A(X) (X-1)^n
    Si 11 est valeur propre de AA avec une multiplicité m≥1m \ge 1, alors la multiplicité de la valeur propre 11 pour BB est m+nm + n. Pour que BB soit diagonalizable, il est nécessaire que la dimension du sous-espace propre soit égale à la multiplicité algébrique :
    dim⁡E1(B)=m+n  ⟹  n=m+n  ⟹  m=0\dim E_1(B) = m + n \implies n = m + n \implies m = 0
    Ceci contredit m≥1m \ge 1.
    Si 1∈Sp(A), alors B n’est pas diagonalizable\boxed{ \text{Si } 1 \in \text{Sp}(A), \text{ alors } B \text{ n'est pas diagonalizable} }

Une erreur fréquente est de penser que la diagonalisabilité des blocs diagonaux suffit à assurer la diagonalisabilité de la matrice par blocs. C'est faux pour les matrices triangulaires : la structure des blocs hors-diagonale (ici le bloc AA en position (2,1)(2,1)) est cruciale.