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Soit \(M \in \mathcal{M}_{3}(\mathbb{R})\) une matrice différente de la matrice identité \(I_3\), satisfaisant la relation :

M3=I3M^3 = I_3

  1. Déterminer l'ensemble des valeurs propres complexes de la matrice \(M\).
  2. Démontrer que la matrice \(M\) est semblable, dans \(\mathcal{M}_3(\mathbb{R})\), à la matrice :
    A=(10001/23/203/21/2)A = \begin{pmatrix} 1 & 0 & 0
    0 & -1/2 & -\sqrt{3}/2
    0 & \sqrt{3}/2 & -1/2 \end{pmatrix}

1.

Utiliser le polynôme annulateur \(P(X) = X^3 - 1\) et ses racines dans \(\mathbb{C}\).

2.

Se rappeler qu'une matrice réelle dont le polynôme minimal est à racines simples est diagonalisable sur \(\mathbb{C}\).

3.

Exploiter le fait que si \(\lambda\) est une valeur propre complexe d'une matrice réelle, alors \(\overline{\lambda}\) l'est aussi avec la même multiplicité.

4.

Utiliser le résultat suivant : deux matrices de \(\mathcal{M}_n(\mathbb{R})\) semblables dans \(\mathcal{M}_n(\mathbb{C})\) sont également semblables dans \(\mathcal{M}_n(\mathbb{R})\).

Idées clés

Polynôme annulateur scindé à racines simples.

Structure du spectre d'une matrice réelle (conjugaison).

Lien entre similitude réelle et similitude complexe.

Résolution.

  1. Détermination des valeurs propres complexes.

    Le polynôme \(P(X) = X^3 - 1\) est un polynôme annulateur de \(M\). Ses racines dans \(\mathbb{C}\) sont les racines troisièmes de l'unité :

    Roots(P)={1,j,j2}avecj=ei2π3=12+i32\text{Roots}(P) = \{1, j, j^2\}   \text{avec}   j = e^{i\frac{2\pi}{3}} = -\frac{1}{2} + i\frac{\sqrt{3}}{2}
    Le spectre de \(M\) dans \(\mathbb{C}\), noté \(\text{Sp}_{\mathbb{C}}(M)\), est inclus dans l'ensemble des racines de tout polynôme annulateur. On a donc :
    SpC(M){1,j,j2}\text{Sp}_{\mathbb{C}}(M) \subset \{1, j, j^2\}

    Le polynôme \(P\) est scindé à racines simples dans \(\mathbb{C}\). Par conséquent, la matrice \(M\) est diagonalisable dans \(\mathcal{M}_3(\mathbb{C})\). Si \(\text{Sp}_{\mathbb{C}}(M) = \{1\}\), alors la forme diagonale de \(M\) serait \(I_3\). Comme \(M\) est diagonalisable, cela impliquerait \(M = I_3\), ce qui est exclu par l'énoncé. Comme \(M \in \mathcal{M}_3(\mathbb{R})\), son polynôme caractéristique \(\chi_M\) est à coefficients réels et de degré 3. Si une valeur propre complexe non réelle (ici \(j\) ou \(j^2\)) est racine de \(\chi_M\), alors son conjugué l'est aussi avec la même multiplicité. Ici, \(\overline{j} = j^2\). Ainsi, \(j\) et \(j^2\) sont nécessairement valeurs propres de \(M\). Comme la somme des multiplicités des valeurs propres (comptées avec leur multiplicité) doit être égale à 3, la seule possibilité restante pour la troisième valeur propre est 1.

    On en déduit l'ensemble des valeurs propres complexes de \(M\) :

    SpC(M)={1,j,j2}\boxed{\text{Sp}_{\mathbb{C}}(M) = \{1, j, j^2\}}

  2. Preuve de la similitude.

    D'après la question précédente, les valeurs propres de \(M\) sont distinctes (1, \(j\), et \(j^2\)). La matrice \(M\) est donc semblable dans \(\mathcal{M}_3(\mathbb{C})\) à la matrice diagonale :

    D=diag(1,j,j2)D = \text{diag}(1, j, j^2)

    Considérons maintenant la matrice \(A\) proposée dans l'énoncé. Calculons son polynôme caractéristique par un développement suivant la première ligne :

    χA(X)=det(AXI3)=(1X)1/2X3/23/21/2X\chi_A(X) = \det(A - XI_3) = (1-X) \left| \begin{matrix} -1/2-X & -\sqrt{3}/2
    \sqrt{3}/2 & -1/2-X \end{matrix} \right|

    χA(X)=(1X)((X+12)2+34)=(1X)(X2+X+1)\chi_A(X) = (1-X) \left( \left(X + \frac{1}{2}\right)^2 + \frac{3}{4} \right) = (1-X)(X^2 + X + 1)

    Les racines de \(X^2 + X + 1\) sont précisément \(j\) et \(j^2\). Ainsi :

    χA(X)=(X1)(Xj)(Xj2)\chi_A(X) = -(X-1)(X-j)(X-j^2)

    La matrice \(A\) possède trois valeurs propres complexes distinctes. Elle est donc également semblable dans \(\mathcal{M}_3(\mathbb{C})\) à la matrice diagonale \(D\). Par transitivité de la relation de similitude :

    MDetAD    MA dans M3(C)M \sim D   \text{et}   A \sim D \implies M \sim A \text{ dans } \mathcal{M}_3(\mathbb{C})

    Or, un résultat classique de réduction stipule que si deux matrices réelles sont semblables dans \(\mathcal{M}_n(\mathbb{C})\), elles le sont aussi dans \(\mathcal{M}_n(\mathbb{R})\). Par conséquent :

    M est semblable aˋ A dans M3(R)\boxed{M \text{ est semblable à } A \text{ dans } \mathcal{M}_3(\mathbb{R})}

L'erreur fréquente consiste à oublier de justifier que \(M\) est diagonalisable. Sans la diagonalisabilité, le fait que le spectre soit inclus dans \(\{1, j, j^2\}\) ne suffirait pas à dire que \(M\) est semblable à une matrice diagonale ou à la matrice \(A\). Ici, c'est le fait que le polynôme annulateur \(X^3-1\) soit à racines simples qui assure cette propriété.