WikiPrépaLivrets

Soient EE un C\mathbb{C}-espace vectoriel de dimension finie, uu un endomorphisme de EE et PP un polynôme de C[X]\mathbb{C}[X]. On suppose que l'endomorphisme P(u)P'(u) est inversible.

Montrer que uu est diagonalisable si, et seulement si, P(u)P(u) est diagonalisable.

1.

Pour le sens direct, utiliser la caractérisation de la diagonalisabilité par l'existence d'une base de vecteurs propres.

2.

Pour le sens réciproque, considérer le polynôme minimal MP(u)M_{P(u)} de l'endomorphisme P(u)P(u) et étudier le polynôme composé R=MP(u)PR = M_{P(u)} \circ P.

3.

Utiliser le fait qu'un endomorphisme est diagonalisable si et seulement si son polynôme minimal est à racines simples.

4.

Faire le lien entre les racines de RR et les valeurs propres de uu en examinant la dérivée RR'.

Idées clés

Lien entre diagonalisabilité et racines simples du polynôme minimal.

Stabilité de la diagonalisabilité par application d'un polynôme.

Relation entre le spectre d'un endomorphisme et l'inversibilité de ses polynômes.

Sens direct : On suppose uu diagonalisable.

Soit (e1,,en)(e_1, \dots, e_n) une base de EE constituée de vecteurs propres de uu.

Pour chaque i{1,,n}i \in \{1, \dots, n\}, il existe λiC\lambda_i \in \mathbb{C} tel que u(ei)=λieiu(e_i) = \lambda_i e_i.

Par propriété des polynômes d'endomorphismes, on a alors :

i{1,,n},P(u)(ei)=P(λi)ei\forall i \in \{1, \dots, n\},   P(u)(e_i) = P(\lambda_i) e_i

La base (e1,,en)(e_1, \dots, e_n) est donc également une base de vecteurs propres pour P(u)P(u).

On en déduit le résultat intermédiaire :

u diagonalisable    P(u) diagonalisable\boxed{u \text{ diagonalisable} \implies P(u) \text{ diagonalisable}}

Remarque : On note que cette implication ne nécessite pas l'inversibilité de P(u)P'(u).

\vspace{0.5cm}

Sens réciproque : On suppose P(u)P(u) diagonalisable et P(u)GL(E)P'(u) \in \mathrm{GL(E).}

Soit MP(u)M_{P(u)} le polynôme minimal de l'endomorphisme P(u)P(u).

Puisque P(u)P(u) est diagonalisable, MP(u)M_{P(u)} est scindé à racines simples sur C\mathbb{C}. On peut l'écrire sous la forme :

MP(u)(X)=j=1k(Xμj)M_{P(u)}(X) = \prod_{j=1}^k (X - \mu_j)
où les (μj)1jk(\mu_j)_{1 \le j \le k} sont les valeurs propres distinctes de P(u)P(u).

Considérons le polynôme R=MP(u)PR = M_{P(u)} \circ P. Par définition du polynôme minimal, on a :

R(u)=MP(u)(P(u))=0R(u) = M_{P(u)}(P(u)) = 0

Le polynôme RR est donc un polynôme annulateur de uu.

Pour montrer que uu est diagonalisable, il suffit de prouver que les racines de son polynôme minimal MuM_u sont simples. Comme MuM_u divise RR, il suffit de montrer que chaque valeur propre de uu est une racine simple de RR.

Soit λSp(u)\lambda \in \mathrm{Sp}(u) une valeur propre de uu. Alors P(λ)P(\lambda) est une valeur propre de P(u)P(u), donc :

P(λ){μ1,,μk}P(\lambda) \in \{\mu_1, \dots, \mu_k\}

Calculons la dérivée de RR au point λ\lambda :

R(λ)=P(λ)MP(u)(P(λ))R'(\lambda) = P'(\lambda) \cdot M_{P(u)}'(P(\lambda))

Analysons les deux facteurs de ce produit :

  1. Comme P(u)P'(u) est inversible, ses valeurs propres sont non nulles. Or les valeurs propres de P(u)P'(u) sont les P(α)P'(\alpha) pour αSp(u)\alpha \in \mathrm{Sp}(u). Ainsi, P(λ)0P'(\lambda) \neq 0.
  2. Comme P(λ)P(\lambda) est une racine simple de MP(u)M_{P(u)}, on a MP(u)(P(λ))0M_{P(u)}'(P(\lambda)) \neq 0.

On en déduit que R(λ)0R'(\lambda) \neq 0.

Toute racine de MuM_u est une racine de RR de multiplicité 1. Comme MuM_u est scindé sur C\mathbb{C}, il est à racines simples.

On conclut :

u est diagonalisable\boxed{u \text{ est diagonalisable}}

L'hypothèse P(u)P'(u) inversible est indispensable pour la réciproque. Par exemple, si P(X)=X2P(X) = X^2 et u=(0100)u = \begin{pmatrix} 0 & 1
0 & 0 \end{pmatrix}
, alors P(u)=0P(u) = 0 est diagonalisable, mais uu ne l'est pas. Ici P(X)=2XP'(X) = 2X et P(u)=2uP'(u) = 2u n'est pas inversible.