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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. On considère l'espace vectoriel E=Rn[X]E = \mathbb{R}_{n}[X]. On définit l'application ff sur EE par :

f(P)=XnP(1X)f(P) = X^{n} P\left(\frac{1}{X}\right)
On note également DD l'endomorphisme de dérivation sur EE.

  1. Justifier que ff est un endomorphisme de EE et montrer que ff est diagonalisable.
  2. On pose g=D∘fg = D \circ f.
    1. Déterminer l'image par gg des vecteurs de la base canonique (1,X,…,Xn)(1, X, \dots, X^n).
    2. Étudier l'endomorphisme g2g^2 et en déduire que gg est diagonalisable.

1.

Pour ff, calculer f∘ff \circ f et identifier un polynôme annulateur simple.

2.

Pour gg, exprimer g(Xk)g(X^k) pour tout k∈{0,…,n}k \in \{0, \dots, n\}.

3.

Calculer g2(Xk)g^2(X^k) et montrer que la base canonique est constituée de vecteurs propres pour g2g^2.

4.

Décomposer EE en sous-espaces stables par gg de dimension 1 ou 2 correspondant aux valeurs propres de g2g^2.

Idées clés

•

Utilisation d'un polynôme annulateur scindé à racines simples pour ff.

•

Étude de la stabilité de sous-espaces de petite dimension pour gg.

•

Lien entre la diagonalisabilité de u2u^2 et celle de uu.

Résolution.

  1. Étude de ff : Soit P=∑k=0nakXk∈Rn[X]P = \sum_{k=0}^n a_k X^k \in \mathbb{R}_n[X]. On a :
    f(P)=Xn∑k=0nak(1X)k=∑k=0nakXn−kf(P) = X^n \sum_{k=0}^n a_k \left(\frac{1}{X}\right)^k = \sum_{k=0}^n a_k X^{n-k}
    Comme n−k∈{0,…,n}n-k \in \{0, \dots, n\}, f(P)f(P) est bien un polynôme de degré au plus nn. La linéarité de ff découle immédiatement de la définition. Calculons f∘f(P)f \circ f(P) :
    f(f(P))=Xn(f(P))(1X)=Xn[(1X)nP(11/X)]f(f(P)) = X^n (f(P))\left(\frac{1}{X}\right) = X^n \left[ \left(\frac{1}{X}\right)^n P\left(\frac{1}{1/X}\right) \right]
    En simplifiant, on obtient :
    f2=IdE\boxed{f^2 = \text{Id}_E}
    Le polynôme Q(X)=X2−1Q(X) = X^2 - 1 est donc un polynôme annulateur de ff. Ce polynôme est scindé sur R\mathbb{R} et ses racines (1,−1)(1, -1) sont simples. \boxed{\text{D'après le cours, } f \text{ est diagonalisable.}}

  2. Étude de g=D∘fg = D \circ f :
    1. Soit k∈{0,…,n}k \in \{0, \dots, n\}. On a vu que f(Xk)=Xn−kf(X^k) = X^{n-k}. Si k∈{0,…,n−1}k \in \{0, \dots, n-1\}, alors n−k≥1n-k \ge 1, donc :
      g(Xk)=D(Xn−k)=(n−k)Xn−k−1g(X^k) = D(X^{n-k}) = (n-k) X^{n-k-1}
      Si k=nk=n, alors f(Xn)=1f(X^n) = 1, d'où g(Xn)=D(1)=0g(X^n) = D(1) = 0.
    2. Calculons l'action de g2g^2 sur la base canonique. Pour k=nk=n, g2(Xn)=g(0)=0g^2(X^n) = g(0) = 0. Pour k∈{0,…,n−1}k \in \{0, \dots, n-1\}, on a :
      g2(Xk)=(n−k)g(Xn−k−1)g^2(X^k) = (n-k) g(X^{n-k-1})
      En appliquant la formule précédente avec l'indice j=n−k−1j = n-k-1 (remarquons que 0≤j≤n−10 \le j \le n-1) :
      g2(Xk)=(n−k)(n−(n−k−1))Xn−(n−k−1)−1g^2(X^k) = (n-k) (n - (n-k-1)) X^{n - (n-k-1) - 1}
      Ce qui se simplifie en :
      g2(Xk)=(n−k)(k+1)Xk\boxed{g^2(X^k) = (n-k)(k+1) X^k}
      Ainsi, g2g^2 est diagonal dans la base canonique. Ses valeurs propres sont les μk=(n−k)(k+1)\mu_k = (n-k)(k+1) pour k∈{0,…,n}k \in \{0, \dots, n\}. Pour montrer que gg est diagonalisable, décomposons EE selon les sous-espaces propres de g2g^2. Soit μ∈Sp(g2)\mu \in \text{Sp}(g^2) et Eμ(g2)=ker⁡(g2−μId)E_\mu(g^2) = \ker(g^2 - \mu \text{Id}). Comme gg et g2g^2 commutent, chaque Eμ(g2)E_\mu(g^2) est stable par gg. Cas 1 : μ=0\mu = 0. E0(g2)=Vect(Xn)E_0(g^2) = \text{Vect}(X^n) car μk=0  ⟺  k=n\mu_k = 0 \iff k=n. Comme g(Xn)=0g(X^n) = 0, XnX^n est un vecteur propre de gg pour la valeur propre 0. Cas 2 : μ>0\mu > 0. L'équation (n−k)(k+1)=μ(n-k)(k+1) = \mu est une équation du second degré en kk. Elle possède au plus deux solutions dans {0,…,n−1}\{0, \dots, n-1\}. ∙\bullet Si elle possède une unique solution k0k_0, alors k0=n−k0−1k_0 = n-k_0-1 (sommet de la parabole), soit k0=n−12k_0 = \frac{n-1}{2}. Dans ce cas, g(Xk0)=(n−k0)Xk0g(X^{k_0}) = (n-k_0)X^{k_0}, donc Xk0X^{k_0} est vecteur propre de gg. ∙\bullet Si elle possède deux solutions distinctes k1k_1 et k2k_2, alors k1+k2=n−1k_1+k_2 = n-1. Le sous-espace Eμ(g2)=Vect(Xk1,Xk2)E_\mu(g^2) = \text{Vect}(X^{k_1}, X^{k_2}) est stable par gg. La restriction de gg à ce plan a pour matrice :
      Mμ=(0n−k2n−k10)M_\mu = \begin{pmatrix} 0 & n-k_2
      n-k_1 & 0 \end{pmatrix}
      Son polynôme caractéristique est χ(X)=X2−(n−k1)(n−k2)\chi(X) = X^2 - (n-k_1)(n-k_2). Comme n−k1>0n-k_1 > 0 et n−k2>0n-k_2 > 0, χ\chi possède deux racines réelles distinctes. La restriction de gg à Eμ(g2)E_\mu(g^2) est donc diagonalisable. L'espace EE étant la somme directe des Eμ(g2)E_\mu(g^2), et gg étant diagonalisable sur chaque sous-espace, on conclut : \boxed{\text{L'endomorphisme } g \text{ est diagonalisable.}}

Attention à ne pas affirmer que "u2u^2 diagonalisable implique uu diagonalisable" sans précaution. C'est faux en général (penser à un bloc de Jordan nilpotent d'indice 2). Ici, il faut vérifier ce qui se passe sur chaque sous-espace propre de g2g^2 ou vérifier que ker⁡g=ker⁡g2\ker g = \ker g^2.