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Soit nn un entier supérieur ou égal à 22. On considère nn réels a1,…,ana_{1}, \ldots, a_{n} tels que 0<a1<a2<⋯<an0 < a_{1} < a_{2} < \cdots < a_{n}.

On définit la matrice M∈Mn(R)M \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}) par :

M=(0a2⋯ana10⋯an⋮⋮⋱⋮a1a2⋯0)M = \begin{pmatrix} 0 & a_{2} & \cdots & a_{n}
a_{1} & 0 & \cdots & a_{n}
\vdots & \vdots & \ddots & \vdots
a_{1} & a_{2} & \cdots & 0 \end{pmatrix}
Autrement dit, pour tout (i,j)∈⟦1,n⟧2(i,j) \in \llbracket 1, n \rrbracket^2, le coefficient mi,jm_{i,j} vaut aja_j si i≠ji \neq j, et 00 si i=ji=j.

Démontrer que la matrice MM possède nn valeurs propres réelles distinctes.

1.

Traduire l'équation aux valeurs propres MX=λXMX = \lambda X en un système d'équations portant sur les coordonnées (xi)(x_i) du vecteur propre.

2.

Introduire la quantité S=∑j=1najxjS = \sum_{j=1}^n a_j x_j pour simplifier l'expression des lignes du système.

3.

Étudier une fonction rationnelle dont les zéros correspondent aux valeurs propres de MM.

Idées clés

•

Exploitation de la structure "rang 1 + diagonale" de la matrice.

•

Étude des variations d'une fonction auxiliaire (méthode des fonctions rationnelles).

•

Utilisation du théorème des valeurs intermédiaires pour localiser les racines.

1. Mise en équation du problème.

Soit λ∈C\lambda \in \mathbb{C} une valeur propre de MM et X=(x1⋮xn)∈Cn∖{0}X = \begin{pmatrix} x_1
\vdots
x_n \end{pmatrix} \in \mathbb{C}^n \setminus \{0\}
un vecteur propre associé.

L'équation MX=λXMX = \lambda X se traduit par le système suivant :

∀i∈⟦1,n⟧,∑j≠iajxj=λxi\forall i \in \llbracket 1, n \rrbracket,   \sum_{j \neq i} a_j x_j = \lambda x_i

On introduit la somme pondérée S=∑j=1najxjS = \sum_{j=1}^n a_j x_j. Le système devient :

∀i∈⟦1,n⟧,S−aixi=λxi  ⟺  S=(λ+ai)xi\forall i \in \llbracket 1, n \rrbracket,   S - a_i x_i = \lambda x_i \iff S = (\lambda + a_i) x_i

2. Analyse des valeurs critiques.

Supposons qu'il existe un indice kk tel que λ=−ak\lambda = -a_k.

D'après l'équation S=(λ+ai)xiS = (\lambda + a_i) x_i, on aurait alors S=(−ak+ak)xk=0S = (-a_k + a_k) x_k = 0.

Si S=0S = 0, alors pour tout i∈⟦1,n⟧i \in \llbracket 1, n \rrbracket, (λ+ai)xi=0(\lambda + a_i) x_i = 0.

  • Pour i≠ki \neq k, λ+ai=−ak+ai≠0\lambda + a_i = -a_k + a_i \neq 0 (car les aja_j sont distincts), donc xi=0x_i = 0.
  • Pour i=ki = k, on a déjà S=akxk+∑j≠kajxj=akxk+0=0S = a_k x_k + \sum_{j \neq k} a_j x_j = a_k x_k + 0 = 0. Comme ak>0a_k > 0, on en déduit xk=0x_k = 0.

On obtient X=0X = 0, ce qui est exclu pour un vecteur propre.

Ainsi, on a nécessairement :

∀i∈⟦1,n⟧,λ≠−ai\forall i \in \llbracket 1, n \rrbracket,   \lambda \neq -a_i

3. Construction de la fonction caractéristique.

On peut alors exprimer chaque composante du vecteur propre :

∀i∈⟦1,n⟧,xi=Sλ+ai\forall i \in \llbracket 1, n \rrbracket,   x_i = \frac{S}{\lambda + a_i}

Remarquons que si S=0S=0, alors X=0X=0, donc SS est nécessairement non nul. En injectant ces expressions dans la définition de SS, on obtient :

S=∑j=1najSλ+ajS = \sum_{j=1}^n a_j \frac{S}{\lambda + a_j}

En divisant par S≠0S \neq 0, λ\lambda est valeur propre de MM si et seulement si λ\lambda est solution de l'équation :

∑j=1najλ+aj=1\boxed{ \sum_{j=1}^n \frac{a_j}{\lambda + a_j} = 1 }

4. Étude de la fonction auxiliaire.

Posons f:x↦∑j=1najx+ajf : x \mapsto \sum_{j=1}^n \frac{a_j}{x + a_j}. La fonction ff est définie sur R∖{−an,…,−a1}\mathbb{R} \setminus \{-a_n, \ldots, -a_1\}.

Elle est dérivable sur chaque intervalle de son domaine et :

f′(x)=−∑j=1naj(x+aj)2<0f'(x) = - \sum_{j=1}^n \frac{a_j}{(x + a_j)^2} < 0

La fonction ff est donc strictement décroissante sur chaque intervalle de définition. Étudions les limites aux bornes des pôles −an<−an−1<⋯<−a1-a_n < -a_{n-1} < \cdots < -a_1 :

  • Sur Ik=]−ak+1,−ak[I_k = ]-a_{k+1}, -a_k[ pour k∈⟦1,n−1⟧k \in \llbracket 1, n-1 \rrbracket :
    lim⁡x→−ak+1+f(x)=+∞etlim⁡x→−ak−f(x)=−∞\lim_{x \to -a_{k+1}^+} f(x) = +\infty   \text{et}   \lim_{x \to -a_k^-} f(x) = -\infty
    Par le théorème des valeurs intermédiaires et la stricte monotonie, il existe une unique solution λk∈Ik\lambda_k \in I_k à l'équation f(x)=1f(x)=1. Cela fournit n−1n-1 valeurs propres distinctes.

  • Sur In=]−a1,+∞[I_n = ]-a_1, +\infty[ :
    lim⁡x→−a11f(x)=+∞etlim⁡x→+∞f(x)=0\lim_{x \to -a_1^1} f(x) = +\infty   \text{et}   \lim_{x \to +\infty} f(x) = 0
    Il existe donc une unique solution λn∈]−a1,+∞[\lambda_n \in ]-a_1, +\infty[ à l'équation f(x)=1f(x)=1.

  • Sur ]−∞,−an[]-\infty, -a_n[ : Tous les termes ajx+aj\frac{a_j}{x+a_j} sont strictement négatifs, donc f(x)<0f(x) < 0. L'équation f(x)=1f(x)=1 n'y a aucune solution.

Conclusion.

Nous avons trouvé nn valeurs propres réelles distinctes :

Sp(M)={λ1,…,λn}⊂R\boxed{ \text{Sp}(M) = \{\lambda_1, \ldots, \lambda_n\} \subset \mathbb{R} }

Comme M∈Mn(R)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) possède nn valeurs propres distinctes, elle est diagonalisable.

L'erreur classique consiste à oublier de justifier que λ≠−ai\lambda \neq -a_i avant de diviser. Si λ=−ai\lambda = -a_i était possible, la fonction ff ne permettrait pas de capturer tout le spectre.