Soit n un entier supérieur ou égal à 2. On considère n réels a1,…,an tels que 0<a1<a2<⋯<an.
On définit la matrice M∈Mn(R) par :
M=0a1⋮a1a20⋮a2⋯⋯⋱⋯anan⋮0
Autrement dit, pour tout (i,j)∈[[1,n]]2, le coefficient mi,j vaut aj si i=j, et 0 si i=j.
Démontrer que la matrice M possède n valeurs propres réelles distinctes.
1.
Traduire l'équation aux valeurs propres MX=λX en un système d'équations portant sur les coordonnées (xi) du vecteur propre.
2.
Introduire la quantité S=∑j=1najxj pour simplifier l'expression des lignes du système.
3.
Étudier une fonction rationnelle dont les zéros correspondent aux valeurs propres de M.
Idées clés
•
Exploitation de la structure "rang 1 + diagonale" de la matrice.
•
Étude des variations d'une fonction auxiliaire (méthode des fonctions rationnelles).
•
Utilisation du théorème des valeurs intermédiaires pour localiser les racines.
1. Mise en équation du problème.
Soit λ∈C une valeur propre de M et X=x1⋮xn∈Cn∖{0} un vecteur propre associé.
L'équation MX=λX se traduit par le système suivant :
∀i∈[[1,n]],j=i∑ajxj=λxi
On introduit la somme pondérée S=∑j=1najxj. Le système devient :
∀i∈[[1,n]],S−aixi=λxi⟺S=(λ+ai)xi
2. Analyse des valeurs critiques.
Supposons qu'il existe un indice k tel que λ=−ak.
D'après l'équation S=(λ+ai)xi, on aurait alors S=(−ak+ak)xk=0.
Si S=0, alors pour tout i∈[[1,n]], (λ+ai)xi=0.
Pour i=k, λ+ai=−ak+ai=0 (car les aj sont distincts), donc xi=0.
Pour i=k, on a déjà S=akxk+∑j=kajxj=akxk+0=0. Comme ak>0, on en déduit xk=0.
On obtient X=0, ce qui est exclu pour un vecteur propre.
Ainsi, on a nécessairement :
∀i∈[[1,n]],λ=−ai
3. Construction de la fonction caractéristique.
On peut alors exprimer chaque composante du vecteur propre :
∀i∈[[1,n]],xi=λ+aiS
Remarquons que si S=0, alors X=0, donc S est nécessairement non nul. En injectant ces expressions dans la définition de S, on obtient :
S=j=1∑najλ+ajS
En divisant par S=0, λ est valeur propre de M si et seulement si λ est solution de l'équation :
j=1∑nλ+ajaj=1
4. Étude de la fonction auxiliaire.
Posons f:x↦∑j=1nx+ajaj. La fonction f est définie sur R∖{−an,…,−a1}.
Elle est dérivable sur chaque intervalle de son domaine et :
f′(x)=−j=1∑n(x+aj)2aj<0
La fonction f est donc strictement décroissante sur chaque intervalle de définition. Étudions les limites aux bornes des pôles −an<−an−1<⋯<−a1 :
Sur Ik=]−ak+1,−ak[ pour k∈[[1,n−1]] :
x→−ak+1+limf(x)=+∞etx→−ak−limf(x)=−∞
Par le théorème des valeurs intermédiaires et la stricte monotonie, il existe une unique solution λk∈Ik à l'équation f(x)=1. Cela fournit n−1 valeurs propres distinctes.
Sur In=]−a1,+∞[ :
x→−a11limf(x)=+∞etx→+∞limf(x)=0
Il existe donc une unique solution λn∈]−a1,+∞[ à l'équation f(x)=1.
Sur ]−∞,−an[ :
Tous les termes x+ajaj sont strictement négatifs, donc f(x)<0. L'équation f(x)=1 n'y a aucune solution.
Conclusion.
Nous avons trouvé n valeurs propres réelles distinctes :
Sp(M)={λ1,…,λn}⊂R
Comme M∈Mn(R) possède n valeurs propres distinctes, elle est diagonalisable.
L'erreur classique consiste à oublier de justifier que λ=−ai avant de diviser. Si λ=−ai était possible, la fonction f ne permettrait pas de capturer tout le spectre.