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Soient a1,…,ana_{1}, \ldots, a_{n} et b1,…,bnb_{1}, \ldots, b_{n} deux suites de réels. On suppose que pour tout i∈{1,…,n}i \in \{1, \dots, n\}, on a ai>0a_{i} > 0, et que la suite (bi)(b_i) est strictement croissante : b1<b2<⋯<bnb_{1} < b_{2} < \cdots < b_{n}.

On considère la matrice M∈Mn(R)M \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}) définie par :

M=(a1+b1a1a1⋯a1a2a2+b2a2⋯a2⋮⋮⋱⋱⋮⋮⋮⋱an−1anan⋯anan+bn)M = \begin{pmatrix} a_{1}+b_{1} & a_{1} & a_{1} & \cdots & a_{1}
a_{2} & a_{2}+b_{2} & a_{2} & \cdots & a_{2}
\vdots & \vdots & \ddots & \ddots & \vdots
\vdots & \vdots & & \ddots & a_{n-1}
a_{n} & a_{n} & \cdots & a_{n} & a_{n}+b_{n} \end{pmatrix}

  1. Déterminer le polynôme caractéristique de MM, noté χM(x)=det⁡(xIn−M)\chi_M(x) = \det(xI_n - M).
  2. En déduire que la matrice MM est diagonalisable dans Mn(R)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}).

1.

On pourra remarquer que M=D+AM = D + A, où D=diag(b1,…,bn)D = \text{diag}(b_1, \dots, b_n) et AA est une matrice de rang 1 dont on précisera les vecteurs colonnes et lignes.

2.

Pour le calcul du déterminant det⁡(xIn−D−A)\det(xI_n - D - A), on pourra factoriser par (x−bi)(x-b_i) ou utiliser une opération sur les colonnes pour faire apparaître des zéros.

3.

Pour l'étude des racines, on pourra introduire la fonction rationnelle f(x)=1−∑i=1naix−bif(x) = 1 - \sum_{i=1}^n \frac{a_i}{x-b_i} et étudier ses variations sur les intervalles délimités par les (bi)(b_i).

Idées clés

•

Décomposition en matrice diagonale + matrice de rang 1.

•

Utilisation de la linéarité du déterminant ou d'un calcul de type "déterminant d'une perturbation de rang 1".

•

Théorème des valeurs intermédiaires pour localiser les racines du polynôme caractéristique.

1. Calcul du polynôme caractéristique.

Notons P(x)=χM(x)=det⁡(xIn−M)P(x) = \chi_M(x) = \det(xI_n - M). On peut écrire :

xIn−M=(x−b1−a1−a1⋯−a1−a2x−b2−a2⋯−a2⋮⋮⋱⋮−an−an⋯x−bn−an)xI_n - M = \begin{pmatrix} x-b_1-a_1 & -a_1 & \cdots & -a_1
-a_2 & x-b_2-a_2 & \cdots & -a_2
\vdots & \vdots & \ddots & \vdots
-a_n & -a_n & \cdots & x-b_n-a_n \end{pmatrix}

Pour x∉{b1,…,bn}x \notin \{b_1, \dots, b_n\}, on peut factoriser chaque ligne ii par aia_i (qui est non nul par hypothèse) :

P(x)=(∏i=1nai)det⁡(x−b1a1−1−1⋯−1−1x−b2a2−1⋯−1⋮⋮⋱⋮−1−1⋯x−bnan−1)P(x) = \left( \prod_{i=1}^n a_i \right) \det \begin{pmatrix} \frac{x-b_1}{a_1}-1 & -1 & \cdots & -1
-1 & \frac{x-b_2}{a_2}-1 & \cdots & -1
\vdots & \vdots & \ddots & \vdots
-1 & -1 & \cdots & \frac{x-b_n}{a_n}-1 \end{pmatrix}

Posons yi=x−biaiy_i = \frac{x-b_i}{a_i}. La matrice dont on cherche le déterminant est B=diag(y1,…,yn)−JB = \text{diag}(y_1, \dots, y_n) - J, où JJ est la matrice ne contenant que des 11. Par une opération classique sur ce type de matrice (ou en utilisant la formule det⁡(D+UVT)\det(D + UV^T)), on trouve :

det⁡(B)=(∏i=1nyi)(1−∑i=1n1yi)\det(B) = \left( \prod_{i=1}^n y_i \right) \left( 1 - \sum_{i=1}^n \frac{1}{y_i} \right)

En remplaçant yiy_i par sa valeur :

P(x)=(∏i=1nai)(∏i=1nx−biai)(1−∑i=1naix−bi)P(x) = \left( \prod_{i=1}^n a_i \right) \left( \prod_{i=1}^n \frac{x-b_i}{a_i} \right) \left( 1 - \sum_{i=1}^n \frac{a_i}{x-b_i} \right)

Après simplification des produits par aia_i, nous obtenons l'expression finale :

χM(x)=(∏j=1n(x−bj))(1−∑i=1naix−bi)\boxed{ \chi_M(x) = \left( \prod_{j=1}^n (x-b_j) \right) \left( 1 - \sum_{i=1}^n \frac{a_i}{x-b_i} \right) }

Cette formule, établie pour x∉{b1,…,bn}x \notin \{b_1, \dots, b_n\}, se prolonge à tout R\mathbb{R} par continuité polynomiale.

2. Diagonalisabilité de MM.

Pour montrer que MM est diagonalisable sur R\mathbb{R}, il suffit de prouver que χM\chi_M possède nn racines réelles distinctes. Considérons la fonction rationnelle définie sur R∖{b1,…,bn}\mathbb{R} \setminus \{b_1, \dots, b_n\} par :

f(x)=1−∑i=1naix−bif(x) = 1 - \sum_{i=1}^n \frac{a_i}{x-b_i}

Les racines de χM\chi_M qui ne sont pas des bib_i sont les zéros de ff. Étudions ff sur chaque intervalle Ik=]bk,bk+1[I_k = ]b_k, b_{k+1}[ pour k∈{1,…,n−1}k \in \{1, \dots, n-1\} :

  • ff est dérivable et f′(x)=∑i=1nai(x−bi)2>0f'(x) = \sum_{i=1}^n \frac{a_i}{(x-b_i)^2} > 0 (car ai>0a_i > 0). Donc ff est strictement croissante sur chaque IkI_k.
  • lim⁡x→bk+f(x)=−∞\lim_{x \to b_k^+} f(x) = -\infty et lim⁡x→bk+1−f(x)=+∞\lim_{x \to b_{k+1}^-} f(x) = +\infty.

D'après le théorème des valeurs intermédiaires et la stricte monotonie, ff s'annule exactement une fois sur chaque intervalle ]bk,bk+1[]b_k, b_{k+1}[. Cela nous donne déjà n−1n-1 racines distinctes.

Il reste à trouver une nn-ième racine. Regardons sur l'intervalle ]bn,+∞[]b_n, +\infty[ :

  • ff est strictement croissante sur ]bn,+∞[]b_n, +\infty[.
  • lim⁡x→bn+f(x)=−∞\lim_{x \to b_n^+} f(x) = -\infty.
  • lim⁡x→+∞f(x)=1\lim_{x \to +\infty} f(x) = 1.

Ainsi, ff s'annule exactement une fois sur ]bn,+∞[]b_n, +\infty[. On a donc trouvé nn racines réelles distinctes pour le polynôme χM\chi_M (puisqu'elles appartiennent à des intervalles disjoints).

Le spectre de M est constitueˊ de n reˊels distincts, donc M est diagonalisable sur R.\boxed{\text{Le spectre de } M \text{ est constitué de } n \text{ réels distincts, donc } M \text{ est diagonalisable sur } \mathbb{R}.}

Attention à ne pas affirmer que les bib_i sont les valeurs propres. En calculant χM(bk)\chi_M(b_k), on remarque que le terme 1−∑aix−bi1 - \sum \frac{a_i}{x-b_i} "explose", mais le produit ∏(x−bj)\prod (x-b_j) compense cette limite. En réalité, χM(bk)=−ak∏j≠k(bk−bj)≠0\chi_M(b_k) = -a_k \prod_{j \neq k} (b_k - b_j) \neq 0.