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Soient nn et pp deux entiers naturels non nuls. On considère deux matrices rectangulaires A∈Mn,p(R)A \in \mathcal{M}_{n, p}(\mathbb{R}) et B∈Mp,n(R)B \in \mathcal{M}_{p, n}(\mathbb{R}).

On suppose que la matrice carrée AB∈Mn(R)AB \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) est diagonalisable et inversible.

Démontrer que la matrice BA∈Mp(R)BA \in \mathcal{M}_p(\mathbb{R}) est également diagonalisable.

1.

Utiliser la caractérisation de la diagonalisabilité par les polynômes annulateurs scindés à racines simples.

2.

Si PP est un polynôme, établir une relation entre P(AB)P(AB) et P(BA)P(BA). On pourra commencer par examiner le cas des monômes P(X)=XkP(X) = X^k.

3.

Montrer que si P(AB)=0P(AB) = 0, alors la matrice BABA est annulée par un polynôme lié à PP dont on étudiera les racines.

Idées clés

•

Caractérisation polynomiale : MM est diagonalisable si et seulement s'il existe un polynôme QQ scindé à racines simples tel que Q(M)=0Q(M) = 0.

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Relation fondamentale : pour tout entier k∈Nk \in \mathbb{N}, on a l'égalité B(AB)kA=(BA)k+1B(AB)^k A = (BA)^{k+1}.

•

Lien avec l'inversibilité : si ABAB est inversible, 00 n'est pas valeur propre de ABAB.

Résolution.

Considérons le polynôme minimal de la matrice ABAB, noté μAB\mu_{AB}.

Par hypothèse, ABAB est diagonalisable, donc μAB\mu_{AB} est un polynôme scindé sur R\mathbb{R} à racines simples.

De plus, ABAB est inversible, ce qui implique que 00 n'est pas une valeur propre de ABAB.

Comme les racines de μAB\mu_{AB} sont exactement les valeurs propres de ABAB, on en déduit que :

μAB(0)≠0\boxed{ \mu_{AB}(0) \neq 0 }

Notons ce polynôme μAB(X)=∑k=0mαkXk\mu_{AB}(X) = \sum_{k=0}^m \alpha_k X^k. Par définition, on a μAB(AB)=0\mu_{AB}(AB) = 0.

Utilisons maintenant la relation entre les puissances de ABAB et de BABA. Pour tout k∈Nk \in \mathbb{N}, on a :

B(AB)kA=B(AB)(AB)…(AB)⏟k foisA=(BA)(BA)…(BA)⏟k fois(BA)=(BA)k+1B(AB)^k A = B \underbrace{(AB)(AB)\dots(AB)}_{k \text{ fois}} A = \underbrace{(BA)(BA)\dots(BA)}_{k \text{ fois}} (BA) = (BA)^{k+1}

Par linéarité, multiplions l'égalité μAB(AB)=0\mu_{AB}(AB) = 0 à gauche par BB et à droite par AA :

B(∑k=0mαk(AB)k)A=0B \left( \sum_{k=0}^m \alpha_k (AB)^k \right) A = 0

En développant, il vient :

∑k=0mαkB(AB)kA=0\sum_{k=0}^m \alpha_k B(AB)^k A = 0

D'après la relation sur les puissances établie précédemment, cela se réécrit :

∑k=0mαk(BA)k+1=0\sum_{k=0}^m \alpha_k (BA)^{k+1} = 0

Posons alors le polynôme Q(X)=XμAB(X)Q(X) = X \mu_{AB}(X). L'égalité précédente montre que :

Q(BA)=0\boxed{ Q(BA) = 0 }

Le polynôme QQ est un polynôme annulateur de BABA. Analysons ses racines :

  1. Puisque μAB\mu_{AB} est scindé à racines simples sur R\mathbb{R}, ses racines sont réelles et distinctes, notons-les λ1,…,λm\lambda_1, \dots, \lambda_m.
  2. Les racines de QQ sont {0}∪{λ1,…,λm}\{0\} \cup \{\lambda_1, \dots, \lambda_m\}.
  3. Comme 00 n'est pas racine de μAB\mu_{AB} (car ABAB est inversible), la valeur 00 est une racine simple de QQ.

Ainsi, QQ est un polynôme scindé sur R\mathbb{R} dont toutes les racines sont simples.

L'existence d'un tel polynôme annulateur permet de conclure :

BA est diagonalisable\boxed{ BA \text{ est diagonalisable} }

L'erreur classique est de penser que ABAB et BABA ont le même polynôme minimal. C'est faux dès que n≠pn \neq p. En effet, si p>np > n, BABA est de taille plus grande que ABAB et son rang est au plus nn, donc BABA n'est pas inversible : 00 est nécessairement valeur propre de BABA alors qu'il ne l'est pas pour ABAB.