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Soient AA et BB deux matrices de Mn(K)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{K})K=R\mathbb{K} = \mathbb{R} ou C\mathbb{C}. On définit la matrice MM2n(K)M \in \mathcal{M}_{2n}(\mathbb{K}) par la décomposition par blocs suivante :

M=(AB0A)M=\left(\begin{array}{c|c} A & B
\hline 0 & A \end{array}\right)

  1. On suppose que la matrice MM est diagonalisable.
    1. Montrer que AA est nécessairement diagonalisable.
    2. Soit λSp(A)\lambda \in \text{Sp}(A). On note Eλ(M)E_\lambda(M) l'espace propre de MM associé à la valeur propre λ\lambda. Justifier que :
      (X,Y)Eλ(M)    Yker(AλI)et(AλI)X=BY(X, Y) \in E_\lambda(M) \iff Y \in \ker(A-\lambda I)   \text{et}   (A-\lambda I)X = -BY
    3. En déduire que pour toute valeur propre λ\lambda de AA, on a l'inclusion B(ker(AλI))Im(AλI)B(\ker(A-\lambda I)) \subset \text{Im}(A-\lambda I).

  2. Étudier le cas particulier où AA et BB commutent (AB=BAAB=BA). Montrer que dans ce cas, MM est diagonalisable si et seulement si AA est diagonalisable et B=0B=0.

  3. On revient au cas général. Montrer que MM est diagonalisable si et seulement si les deux conditions suivantes sont vérifiées :
    • AA est diagonalisable ;
    • Il existe une matrice CMn(K)C \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) telle que B=ACCAB = AC - CA.

1.

Pour la question 1(a), utiliser le fait qu'un polynôme annulateur de MM annule aussi AA sur la diagonale.

2.

Pour la question 1(c), comparer la dimension de Eλ(M)E_\lambda(M) et la multiplicité de λ\lambda dans le polynôme caractéristique de MM.

3.

Pour la question 2, utiliser le fait que si AA et BB commutent, BB stabilise les espaces propres de AA.

4.

Pour la question 3, considérer la matrice de passage par blocs P=(IC0I)P = \begin{pmatrix} I & C
0 & I \end{pmatrix}
pour effectuer un changement de base.

Idées clés

Un bloc diagonal d'une matrice diagonalisable est diagonalisable.

Lien entre dimension des espaces propres et multiplicité des valeurs propres.

Caractérisation de l'image de l'application CACCAC \mapsto AC-CA (endomorphisme de commutation).

Résolution.

    1. Supposons MM diagonalisable. Il existe un polynôme PK[X]P \in \mathbb{K}[X] scindé à racines simples tel que P(M)=0P(M) = 0. Par un calcul de produit par blocs, on remarque que pour tout polynôme PP :
      P(M)=(P(A)0P(A))P(M) = \begin{pmatrix} P(A) & \dots
      0 & P(A) \end{pmatrix}
      Comme P(M)=0P(M) = 0, on en déduit que P(A)=0P(A) = 0. Le polynôme PP est scindé à racines simples et annule AA, donc :
      A est diagonalisable\boxed{A \text{ est diagonalisable}}

    2. Soit Z=(XY)K2nZ = \begin{pmatrix} X
      Y \end{pmatrix} \in \mathbb{K}^{2n}
      avec X,YKnX, Y \in \mathbb{K}^n. L'équation MZ=λZMZ = \lambda Z s'écrit :
      (AB0A)(XY)=(λXλY)    {AX+BY=λXAY=λY\begin{pmatrix} A & B
      0 & A \end{pmatrix} \begin{pmatrix} X
      Y \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} \lambda X
      \lambda Y \end{pmatrix} \iff \begin{cases} AX + BY = \lambda X
      AY = \lambda Y \end{cases}
      Ce qui équivaut immédiatement à :
      {(AλI)X=BY(AλI)Y=0\boxed{ \begin{cases} (A-\lambda I)X = -BY
      (A-\lambda I)Y = 0 \end{cases} }

    3. Notons m(λ,A)m(\lambda, A) la multiplicité de λ\lambda dans χA\chi_A. Alors la multiplicité de λ\lambda dans χM=det(XIM)=det(XIA)2\chi_M = \det(XI - M) = \det(XI - A)^2 est 2m(λ,A)2 \cdot m(\lambda, A). MM est diagonalisable si et seulement si pour toute valeur propre λ\lambda, dimEλ(M)=2m(λ,A)\dim E_\lambda(M) = 2 \cdot m(\lambda, A). D'après la question précédente, ZEλ(M)Z \in E_\lambda(M) est déterminé par le choix de Yker(AλI)Y \in \ker(A-\lambda I), puis de XX tel que (AλI)X=BY(A-\lambda I)X = -BY. Pour que l'espace des solutions soit de dimension 2dimker(AλI)2 \cdot \dim \ker(A-\lambda I), il faut que pour chaque Yker(AλI)Y \in \ker(A-\lambda I), il existe une solution XX. Cela impose que BY-BY soit dans l'image de l'endomorphisme (AλI)(A-\lambda I). Ainsi :
      B(ker(AλI))Im(AλI)\boxed{ B(\ker(A-\lambda I)) \subset \text{Im}(A-\lambda I) }

  1. Cas où AB=BAAB=BA. Si AA est diagonalisable et B=0B=0, alors M=(A00A)M = \begin{pmatrix} A & 0
    0 & A \end{pmatrix}
    est clairement diagonalisable. Réciproquement, supposons MM diagonalisable. Alors AA est diagonalisable (Q1). Comme AB=BAAB=BA, BB stabilise les sous-espaces propres de AA. Soit λSp(A)\lambda \in \text{Sp}(A), on a B(ker(AλI))ker(AλI)B(\ker(A-\lambda I)) \subset \ker(A-\lambda I). D'après 1(c), on a aussi B(ker(AλI))Im(AλI)B(\ker(A-\lambda I)) \subset \text{Im}(A-\lambda I). Or, AA étant diagonalisable, on a la somme directe : Kn=ker(AλI)Im(AλI)\mathbb{K}^n = \ker(A-\lambda I) \oplus \text{Im}(A-\lambda I). L'intersection de ces deux espaces est {0}\{0\}, donc B(ker(AλI))={0}B(\ker(A-\lambda I)) = \{0\}. Ceci étant vrai pour tout λSp(A)\lambda \in \text{Sp}(A) et AA étant diagonalisable (la somme des espaces propres est Kn\mathbb{K}^n), on en conclut que B=0B=0.
    M est diag     A est diag et B=0\boxed{ M \text{ est diag } \iff A \text{ est diag et } B=0 }

  2. Cas général. ()(\Leftarrow) Supposons AA diagonalisable et B=ACCAB = AC - CA. Posons P=(IC0I)P = \begin{pmatrix} I & C
    0 & I \end{pmatrix}
    . Cette matrice est inversible d'inverse P1=(IC0I)P^{-1} = \begin{pmatrix} I & -C
    0 & I \end{pmatrix}
    . Effectuons le changement de base :
    P1MP=(IC0I)(AB0A)(IC0I)=(AAC+BCA0A)P^{-1} M P = \begin{pmatrix} I & -C
    0 & I \end{pmatrix} \begin{pmatrix} A & B
    0 & A \end{pmatrix} \begin{pmatrix} I & C
    0 & I \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} A & AC+B-CA
    0 & A \end{pmatrix}
    Comme B=CAACB = CA - AC (quitte à changer CC en C-C), on obtient :
    P1MP=(A00A)P^{-1} M P = \begin{pmatrix} A & 0
    0 & A \end{pmatrix}
    Puisque AA est diagonalisable, la matrice diag(A,A)\text{diag}(A, A) l'est aussi, donc MM est diagonalisable.

    ()(\Rightarrow) Si MM est diagonalisable, alors AA l'est. La condition B(ker(AλI))Im(AλI)B(\ker(A-\lambda I)) \subset \text{Im}(A-\lambda I) pour tout λ\lambda équivaut précisément à l'existence d'une solution à l'équation B=ACCAB = AC - CA (ceci est un résultat classique sur l'image de l'application C[A,C]C \mapsto [A, C] pour AA diagonalisable). Conclusion :

    M est diag     A est diag et C,B=ACCA\boxed{ M \text{ est diag } \iff A \text{ est diag et } \exists C, B = AC - CA }

Attention à ne pas oublier que la diagonalisabilité de AA est une condition nécessaire mais absolument pas suffisante. Le bloc BB doit "compenser" le fait que AA est répété sur la diagonale pour éviter l'apparition de blocs de taille supérieure dans la réduction.