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Soit nn un entier naturel non nul. On considère l'application Φ\Phi définie sur l'espace vectoriel E=Mn(R)E = \mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}) par :

Φ:MM+Tr(M)In\Phi : M \longmapsto M + \operatorname{Tr}(M) I_{n}

  1. Justifier que Φ\Phi est un endomorphisme de EE.
  2. Déterminer un polynôme annulateur de Φ\Phi scindé à racines simples.
  3. En déduire que Φ\Phi est diagonalisable et préciser son spectre.

1.

Pour la question 1, utiliser la linéarité de la trace.

2.

Pour la question 2, calculer Φ2(M)\Phi^2(M) en exprimant Tr(Φ(M))\operatorname{Tr}(\Phi(M)) en fonction de Tr(M)\operatorname{Tr}(M).

3.

Se souvenir qu'un endomorphisme est diagonalisable si et seulement s'il admet un polynôme annulateur scindé à racines simples sur le corps considéré.

Idées clés

Linéarité de la trace pour établir l'endomorphisme.

Recherche d'une relation de dépendance linéaire entre Φ2\Phi^2, Φ\Phi et Id\operatorname{Id} (méthode polynomiale).

Étude des sous-espaces propres pour identifier le spectre.

Résolution.

  1. Soient M,NMn(R)M, N \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) et λ,μR\lambda, \mu \in \mathbb{R}. Par linéarité de la trace :
    Tr(λM+μN)=λTr(M)+μTr(N)\operatorname{Tr}(\lambda M + \mu N) = \lambda \operatorname{Tr}(M) + \mu \operatorname{Tr}(N)
    On en déduit :
    Φ(λM+μN)=(λM+μN)+Tr(λM+μN)In\Phi(\lambda M + \mu N) = (\lambda M + \mu N) + \operatorname{Tr}(\lambda M + \mu N) I_n
    Φ(λM+μN)=λ(M+Tr(M)In)+μ(N+Tr(N)In)=λΦ(M)+μΦ(N)\Phi(\lambda M + \mu N) = \lambda (M + \operatorname{Tr}(M) I_n) + \mu (N + \operatorname{Tr}(N) I_n) = \lambda \Phi(M) + \mu \Phi(N)
    L'application Φ\Phi est donc linéaire. Comme elle va de EE dans lui-même, c'est un endomorphisme.

  2. Cherchons une relation entre Φ2(M)\Phi^2(M) et Φ(M)\Phi(M). Soit MMn(R)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}). Par définition :
    Φ2(M)=Φ(M+Tr(M)In)=Φ(M)+Tr(M)Φ(In)\Phi^2(M) = \Phi\left( M + \operatorname{Tr}(M)I_n \right) = \Phi(M) + \operatorname{Tr}(M)\Phi(I_n)
    Calculons séparément Φ(In)\Phi(I_n) :
    Φ(In)=In+Tr(In)In=In+nIn=(n+1)In\Phi(I_n) = I_n + \operatorname{Tr}(I_n) I_n = I_n + n I_n = (n+1) I_n
    D'autre part, on remarque que Tr(M)In=Φ(M)M\operatorname{Tr}(M) I_n = \Phi(M) - M. Injectons ceci dans l'expression de Φ2(M)\Phi^2(M) :
    Φ2(M)=Φ(M)+Tr(M)(n+1)In\Phi^2(M) = \Phi(M) + \operatorname{Tr}(M) (n+1) I_n
    Φ2(M)=Φ(M)+(n+1)(Φ(M)M)\Phi^2(M) = \Phi(M) + (n+1) (\Phi(M) - M)
    En regroupant les termes, nous obtenons pour tout MEM \in E :
    Φ2(M)(n+2)Φ(M)+(n+1)M=0Mn(R)\Phi^2(M) - (n+2) \Phi(M) + (n+1) M = 0_{\mathcal{M}_n(\mathbb{R})}
    Ainsi, le polynôme suivant est un polynôme annulateur de Φ\Phi :
    P(X)=X2(n+2)X+(n+1)\boxed{ P(X) = X^2 - (n+2)X + (n+1) }
    Ce polynôme se factorise immédiatement car 11 est racine évidente (la somme des coefficients est nulle) :
    P(X)=(X1)(X(n+1))\boxed{ P(X) = (X-1)(X - (n+1)) }

  3. Le polynôme PP est annulateur de Φ\Phi. Ses racines sont 11 et n+1n+1. Comme n1n \ge 1, on a n+11n+1 \neq 1. Le polynôme PP est donc scindé à racines simples sur R\mathbb{R}. D'après le critère de diagonalisation polynomial :
    Φ est diagonalisable\boxed{ \Phi \text{ est diagonalisable} }
    Détermination du spectre : Les valeurs propres possibles de Φ\Phi sont les racines de son polynôme annulateur, soit {1,n+1}\{1, n+1\}. - Si n>1n > 1 : Toute matrice MM de trace nulle vérifie Φ(M)=M\Phi(M) = M, donc 1Sp(Φ)1 \in \operatorname{Sp}(\Phi) (l'espace des matrices de trace nulle est de dimension n213n^2-1 \ge 3). De plus, Φ(In)=(n+1)In\Phi(I_n) = (n+1) I_n, donc n+1Sp(Φ)n+1 \in \operatorname{Sp}(\Phi). - Si n=1n = 1 : L'espace est de dimension 1, Φ(M)=M+M=2M\Phi(M) = M + M = 2M. La seule valeur propre est 22, ce qui correspond bien à n+1n+1. Conclusion sur le spectre :
    Sp(Φ)={{1,n+1}si n>1{2}si n=1\boxed{ \operatorname{Sp}(\Phi) = \begin{cases} \{1, n+1\} & \text{si } n > 1
    \{2\} & \text{si } n = 1 \end{cases} }

Ne pas oublier de vérifier que les racines du polynôme annulateur sont bien distinctes. Ici, 1=n+11 = n+1 si et seulement si n=0n=0, ce qui est exclu par l'énoncé. Si n=1n=1, l'une des deux valeurs n'est pas forcément valeur propre (ici 11 ne l'est pas), mais cela n'empêche pas la diagonalisabilité.