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On considère l'espace vectoriel E=Rn[X]E = \mathbb{R}_n[X] muni de sa base canonique B=(1,X,…,Xn)\mathcal{B} = (1, X, \dots, X^n).

  1. On définit la matrice M∈Mn+1(R)M \in \mathrm{M}_{n+1}(\mathbb{R}) par ses coefficients mi,j=(ji)m_{i,j} = \binom{j}{i} pour 0⩽i,j⩽n0 \leqslant i, j \leqslant n (avec la convention (ji)=0\binom{j}{i} = 0 si i>ji > j). Justifier que MM est inversible et déterminer l'expression des coefficients de son inverse M−1M^{-1}.

  2. Soient (ap)p∈N(a_p)_{p \in \mathbb{N}} et (bp)p∈N(b_p)_{p \in \mathbb{N}} deux suites réelles. On suppose que pour tout entier n∈Nn \in \mathbb{N}, on a la relation :
    bn=∑j=0n(nj)ajb_n = \sum_{j=0}^n \binom{n}{j} a_j
    En utilisant un argument matriciel, démontrer que pour tout n∈Nn \in \mathbb{N} :
    an=∑j=0n(−1)n−j(nj)bja_n = \sum_{j=0}^n (-1)^{n-j} \binom{n}{j} b_j

  3. Soit n,k∈N∗n, k \in \mathbb{N}^*. On note Sn,kS_{n,k} le nombre de surjections d'un ensemble à nn éléments vers un ensemble à kk éléments. Par des considérations de dénombrement, établir une relation entre knk^n et les valeurs Sn,jS_{n,j} pour 1⩽j⩽k1 \leqslant j \leqslant k. En déduire une expression explicite de Sn,kS_{n,k} sous forme de somme.

1.

Pour la question 1, interpréter MM comme la matrice d'un endomorphisme de translation P(X)↦P(X+1)P(X) \mapsto P(X+1). L'inverse correspondra alors à une translation inverse.

2.

Pour la question 2, remarquer que la relation définit un système triangulaire. Identifier la matrice du système à partir de la question précédente (ou sa transposée).

3.

Pour la question 3, dénombrer l'ensemble de toutes les applications de ⟦1,n⟧\llbracket 1, n \rrbracket dans ⟦1,k⟧\llbracket 1, k \rrbracket en les classant selon le cardinal de leur image. Utiliser ensuite la formule d'inversion établie à la question 2.

Idées clés

•

Interprétation d'une matrice comme représentation d'un opérateur polynomial.

•

Lien entre inversion de matrices et formules d'inversion de suites.

•

Partition de l'ensemble des applications par la taille de l'image.

Résolution.

  1. Considérons l'endomorphisme ff de E=Rn[X]E = \mathbb{R}_n[X] défini par :
    ∀P∈E,f(P)=P(X+1)\forall P \in E,   f(P) = P(X+1)
    Calculons l'image de la base canonique par ff. Pour tout j∈{0,…,n}j \in \{0, \dots, n\}, on a par la formule du binôme de Newton :
    f(Xj)=(X+1)j=∑i=0j(ji)Xif(X^j) = (X+1)^j = \sum_{i=0}^j \binom{j}{i} X^i
    La matrice de ff dans la base B=(1,X,…,Xn)\mathcal{B} = (1, X, \dots, X^n) est donc exactement la matrice MM donnée par l'énoncé, puisque le coefficient à la ligne ii et la colonne jj est le coefficient de XiX^i dans f(Xj)f(X^j). L'application ff est clairement un automorphisme car elle admet pour application réciproque g:P(X)↦P(X−1)g : P(X) \mapsto P(X-1). En effet :
    f∘g(P)=g(P)(X+1)=P((X+1)−1)=P(X)f \circ g (P) = g(P)(X+1) = P((X+1)-1) = P(X)
    La matrice MM est donc inversible et M−1M^{-1} est la matrice de gg dans la base B\mathcal{B}. Calculons g(Xj)g(X^j) :
    g(Xj)=(X−1)j=∑i=0j(ji)(−1)j−iXig(X^j) = (X-1)^j = \sum_{i=0}^j \binom{j}{i} (-1)^{j-i} X^i
    Par identification, les coefficients mi,j′m'_{i,j} de M−1M^{-1} sont :
    mi,j′=(−1)j−i(ji)\boxed{ m'_{i,j} = (-1)^{j-i} \binom{j}{i} }

  2. Soit n∈Nn \in \mathbb{N} fixé. Considérons les vecteurs colonnes A=(a0,…,an)TA = (a_0, \dots, a_n)^T and B=(b0,…,bn)TB = (b_0, \dots, b_n)^T. La relation bi=∑j=0i(ij)ajb_i = \sum_{j=0}^i \binom{i}{j} a_j s'écrit matriciellement B=LAB = L A où LL est la matrice triangulaire inférieure définie par Li,j=(ij)L_{i,j} = \binom{i}{j}. On remarque que LL est la transposée de la matrice MM étudiée à la question précédente (L=MTL = M^T). L'inversibilité de MM entraîne celle de LL, et on a A=L−1B=(MT)−1B=(M−1)TBA = L^{-1} B = (M^T)^{-1} B = (M^{-1})^T B. Le coefficient de la ligne nn de AA est donc :
    an=∑j=0n(L−1)n,jbj=∑j=0n(M−1)j,nbja_n = \sum_{j=0}^n (L^{-1})_{n,j} b_j = \sum_{j=0}^n (M^{-1})_{j,n} b_j
    En utilisant l'expression trouvée en 1 :
    an=∑j=0n(−1)n−j(nj)bj\boxed{ a_n = \sum_{j=0}^n (-1)^{n-j} \binom{n}{j} b_j }

  3. Soit EE un ensemble à nn éléments et FF un ensemble à kk éléments. Le nombre total d'applications de EE vers FF est knk^n. Toute application f:E→Ff : E \to F possède une image f(E)⊆Ff(E) \subseteq F de cardinal j∈{1,…,k}j \in \{1, \dots, k\}. On peut donc partitionner l'ensemble des applications selon le cardinal de leur image :
    • On choisit une partie J⊆FJ \subseteq F de cardinal jj : il y a (kj)\binom{k}{j} choix.
    • On compte le nombre de surjections de EE vers JJ : il y a Sn,jS_{n,j} telles surjections.
    On en déduit la relation :
    kn=∑j=1k(kj)Sn,jk^n = \sum_{j=1}^k \binom{k}{j} S_{n,j}
    Cette formule est identique à celle de la question 2 (en posant bk=knb_k = k^n, aj=Sn,ja_j = S_{n,j} et en remarquant que Sn,0=0S_{n,0}=0 pour n⩾1n \geqslant 1). Par application immédiate de la formule d'inversion :
    Sn,k=∑j=1k(−1)k−j(kj)jn\boxed{ S_{n,k} = \sum_{j=1}^k (-1)^{k-j} \binom{k}{j} j^n }

Attention à l'ordre des indices dans la matrice. La matrice MM de l'opérateur de translation est classiquement triangulaire supérieure, alors que la relation sur les suites fait apparaître une matrice triangulaire inférieure. Le passage par la transposée est essentiel.