WikiPrépaLivrets

Soient n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et k∈N∗k \in \mathbb{N}^*. On considère une matrice A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}).

  1. On suppose dans cette question que AA est inversible. Montrer que AA est diagonalisable si et seulement si sa puissance AkA^k est diagonalisable.

  2. On ne suppose plus AA inversible. Le résultat précédent (l'équivalence) demeure-t-il vrai ? On pourra traiter séparément les deux sens de l'implication.

1.

Pour le sens direct, utiliser la définition avec la base de vecteurs propres ou la forme A=PDP−1A = PDP^{-1}.

2.

Pour le sens réciproque, si AkA^k est diagonalisable, il existe un polynôme annulateur de AkA^k à racines simples. En déduire un polynôme annulateur de AA.

3.

Pour la question 2, étudier le cas des matrices nilpotentes non nulles pour trouver un contre-exemple.

Idées clés

•

Caractérisation par les polynômes annulateurs à racines simples.

•

Stabilité de la diagonalisabilité par passage à la puissance.

•

Analyse de la multiplicité des racines de Xk−λX^k - \lambda selon la valeur de λ\lambda.

Résolution.

  1. Supposons A∈GLn(C)A \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{C}).

    Sens direct (  ⟹  \implies) : Si AA est diagonalisable, il existe P∈GLn(C)P \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{C}) et D=diag(λ1,…,λn)D = \text{diag}(\lambda_1, \dots, \lambda_n) tels que :

    A=PDP−1A = PDP^{-1}

    En élevant à la puissance kk, on obtient par récurrence immédiate :

    Ak=(PDP−1)k=PDkP−1A^k = (PDP^{-1})^k = PD^kP^{-1}

    Comme Dk=diag(λ1k,…,λnk)D^k = \text{diag}(\lambda_1^k, \dots, \lambda_n^k) est une matrice diagonale, AkA^k est semblable à une matrice diagonale.

    A est diagonalisable  ⟹  Ak est diagonalisable\boxed{A \text{ est diagonalisable} \implies A^k \text{ est diagonalisable}}

    Sens réciproque (  ⟸  \impliedby) : Supposons AkA^k diagonalisable. Soient μ1,…,μr\mu_1, \dots, \mu_r les valeurs propres distinctes de AkA^k. Puisque AA est inversible, AkA^k l'est aussi, donc 00 n'est pas valeur propre de AkA^k. Ainsi, pour tout j∈{1,…,r}j \in \{1, \dots, r\}, μj≠0\mu_j \neq 0.

    Le polynôme minimal de AkA^k, noté πAk\pi_{A^k}, est scindé à racines simples sur C\mathbb{C} et s'écrit :

    πAk(X)=∏j=1r(X−μj)\pi_{A^k}(X) = \prod_{j=1}^r (X - \mu_j)

    On a πAk(Ak)=0\pi_{A^k}(A^k) = 0, donc la matrice AA est annulée par le polynôme QQ défini par :

    Q(X)=πAk(Xk)=∏j=1r(Xk−μj)Q(X) = \pi_{A^k}(X^k) = \prod_{j=1}^r (X^k - \mu_j)

    Étudions les racines de QQ. Pour chaque jj, l'équation zk=μjz^k = \mu_j possède kk solutions distinctes dans C\mathbb{C} car μj≠0\mu_j \neq 0. Ces racines sont de la forme zj,m=ρjei(θj+2mπ)/kz_{j,m} = \rho_j e^{i(\theta_j + 2m\pi)/k} pour m∈{0,…,k−1}m \in \{0, \dots, k-1\}.

    Si deux racines zj,mz_{j,m} et zj′,m′z_{j',m'} sont égales, alors leurs puissances kk-ièmes sont égales, donc μj=μj′\mu_j = \mu_{j'}. Comme les μj\mu_j sont distincts, on a j=j′j = j', puis m=m′m = m' par unicité des racines kk-ièmes.

    Ainsi, QQ est un polynôme scindé à racines simples sur C\mathbb{C} qui annule AA. D'après le critère de diagonalisabilité polynomial :

    Ak diagonalisable et A inversible  ⟹  A diagonalisable\boxed{A^k \text{ diagonalisable et } A \text{ inversible} \implies A \text{ diagonalisable}}

  2. Analyse du cas non inversible.

    Le sens direct (  ⟹  \implies) reste toujours vrai : si AA est diagonalisable, AkA^k l'est, que AA soit inversible ou non. En revanche, le sens réciproque (  ⟸  \impliedby) est faux. Considérons la matrice A=(0100)A = \begin{pmatrix} 0 & 1
    0 & 0 \end{pmatrix}
    . On remarque que :

    A≠0etA2=(0000)A \neq 0   \text{et}   A^2 = \begin{pmatrix} 0 & 0
    0 & 0 \end{pmatrix}

    Pour k=2k=2, la matrice A2A^2 est la matrice nulle, qui est trivialement diagonalisable. Cependant, AA est une matrice nilpotente non nulle. Son unique valeur propre est 00. Si AA était diagonalisable, elle serait semblable à la matrice nulle, donc elle serait nulle, ce qui est absurde.

    La reˊciproque est fausse si A n’est pas inversible.\boxed{\text{La réciproque est fausse si } A \text{ n'est pas inversible.}}

L'erreur classique est d'oublier de justifier que les racines du polynôme Q(X)=∏(Xk−μj)Q(X) = \prod (X^k - \mu_j) sont simples. Cela repose crucialement sur le fait que les μj\mu_j sont non nuls. Si l'un des μj\mu_j est nul (cas de la matrice non inversible), XkX^k possède une racine multiple (00) d'ordre k>1k > 1.