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Soit EE un espace vectoriel de dimension n≥2n \geq 2 sur un corps K\mathbb{K} (R\mathbb{R} ou C\mathbb{C}). On considère un endomorphisme u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E) de rang 1.

  1. Justifier, sans calcul lourd, que le polynôme caractéristique de uu est donné par :
    χu(X)=Xn−1(X−Tr⁡(u))\chi_u(X) = X^{n-1}(X - \operatorname{Tr}(u))
  2. Montrer que les propriétés suivantes sont équivalentes :
    1. uu est diagonalisable.
    2. Tr⁡(u)≠0\operatorname{Tr}(u) \neq 0.
    3. E=Im⁡(u)⊕Ker⁡(u)E = \operatorname{Im}(u) \oplus \operatorname{Ker}(u).
    4. Im⁡(u)⊄Ker⁡(u)\operatorname{Im}(u) \not\subset \operatorname{Ker}(u).

  3. Déterminer le polynôme minimal μu\mu_u de uu en distinguant deux cas selon la valeur de la trace.

  4. On suppose dans cette question que uu n'est pas diagonalisable. Montrer qu'il existe une base de EE dans laquelle la matrice de uu est E1,nE_{1,n} (la matrice dont le seul coefficient non nul est à la ligne 1, colonne nn et vaut 1).

  5. Donner une condition nécessaire et suffisante sur Tr⁡(u)\operatorname{Tr}(u) pour que l'endomorphisme v=u+Id⁡Ev = u + \operatorname{Id}_E soit inversible.

1.

Pour χu\chi_u, utiliser la dimension du noyau et le lien entre la trace et les racines du polynôme caractéristique.

2.

Pour les équivalences, exploiter le fait que pour un endomorphisme de rang 1, le spectre est réduit à {0,Tr⁡(u)}\{0, \operatorname{Tr}(u)\}.

3.

Le polynôme minimal divise tout polynôme annulateur. Chercher une relation entre u2u^2 et uu.

4.

Si uu n'est pas diagonalisable, alors u2=0u^2 = 0. Partir d'un vecteur ene_n tel que u(en)≠0u(e_n) \neq 0 et construire une base à partir de son image.

5.

Un endomorphisme ff est inversible si et seulement si 0 n'est pas valeur propre de ff.

Idées clés

•

Lien entre rang et multiplicité géométrique de la valeur propre 0.

•

Utilisation de la relation u2=Tr⁡(u)uu^2 = \operatorname{Tr}(u)u pour les endomorphismes de rang 1.

•

Construction de bases adaptées à la décomposition du noyau.

Résolution.

  1. Calcul du polynôme caractéristique. Par hypothèse, rg⁡(u)=1\operatorname{rg}(u) = 1. D'après le théorème du rang :
    dim⁡(Ker⁡(u))=n−rg⁡(u)=n−1\dim(\operatorname{Ker}(u)) = n - \operatorname{rg}(u) = n - 1
    Ainsi, 0 est valeur propre de uu et la dimension du sous-espace propre associé est n−1n-1. La multiplicité de 0 comme racine de χu\chi_u est donc au moins n−1n-1. On en déduit que Xn−1X^{n-1} divise χu\chi_u. Comme deg⁡(χu)=n\deg(\chi_u) = n, on a :
    χu(X)=Xn−1(X−λ)\chi_u(X) = X^{n-1}(X - \lambda)
    La somme des racines de χu\chi_u (comptées avec multiplicité) est égale à la trace de l'endomorphisme. On a donc 0+0+⋯+0+λ=Tr⁡(u)0 + 0 + \dots + 0 + \lambda = \operatorname{Tr}(u), d'où λ=Tr⁡(u)\lambda = \operatorname{Tr}(u).
    χu(X)=Xn−1(X−Tr⁡(u))\boxed{\chi_u(X) = X^{n-1}(X - \operatorname{Tr}(u))}

  2. Équivalences sur la diagonalisabilité. ∙\bullet (i)   ⟺  \iff (ii) : L'endomorphisme uu est diagonalisable si et seulement si la somme des dimensions de ses sous-espaces propres est égale à nn. Si Tr⁡(u)≠0\operatorname{Tr}(u) \neq 0, le spectre de uu est {0,Tr⁡(u)}\{0, \operatorname{Tr}(u)\}. dim⁡(E0)=n−1\dim(E_0) = n-1 et dim⁡(ETr⁡(u))≥1\dim(E_{\operatorname{Tr}(u)}) \geq 1. La somme fait nn, donc uu est diagonalisable. Si Tr⁡(u)=0\operatorname{Tr}(u) = 0, la seule valeur propre est 0. Si uu était diagonalisable, on aurait u=0u=0, ce qui contredit rg⁡(u)=1\operatorname{rg}(u)=1. ∙\bullet (ii)   ⟺  \iff (iii) : Par le théorème du rang, on a toujours dim⁡(Ker⁡(u))+dim⁡(Im⁡(u))=n\dim(\operatorname{Ker}(u)) + \dim(\operatorname{Im}(u)) = n. La somme est directe si et seulement si Ker⁡(u)∩Im⁡(u)={0}\operatorname{Ker}(u) \cap \operatorname{Im}(u) = \{0\}. Or Im⁡(u)\operatorname{Im}(u) est une droite vectorielle. Soit y∈Im⁡(u)∖{0}y \in \operatorname{Im}(u) \setminus \{0\}. La condition Im⁡(u)∩Ker⁡(u)={0}\operatorname{Im}(u) \cap \operatorname{Ker}(u) = \{0\} équivaut à u(y)≠0u(y) \neq 0. Comme u2=Tr⁡(u)uu^2 = \operatorname{Tr}(u)u (propriété classique du rang 1), on a u(y)=Tr⁡(u)yu(y) = \operatorname{Tr}(u)y. Ainsi, u(y)≠0  ⟺  Tr⁡(u)≠0u(y) \neq 0 \iff \operatorname{Tr}(u) \neq 0. ∙\bullet (iii)   ⟺  \iff (iv) : Im⁡(u)\operatorname{Im}(u) étant de dimension 1, soit elle est incluse dans le noyau, soit son intersection avec le noyau est réduite à {0}\{0\}. L'assertion Im⁡(u)⊄Ker⁡(u)\operatorname{Im}(u) \not\subset \operatorname{Ker}(u) équivaut donc à Im⁡(u)∩Ker⁡(u)={0}\operatorname{Im}(u) \cap \operatorname{Ker}(u) = \{0\}, ce qui équivaut à E=Im⁡(u)⊕Ker⁡(u)E = \operatorname{Im}(u) \oplus \operatorname{Ker}(u).

  3. Polynôme minimal. Comme vu précédemment, u2=Tr⁡(u)uu^2 = \operatorname{Tr}(u)u, donc P(X)=X2−Tr⁡(u)X=X(X−Tr⁡(u))P(X) = X^2 - \operatorname{Tr}(u)X = X(X - \operatorname{Tr}(u)) est un polynôme annulateur de uu. Le polynôme minimal μu\mu_u divise PP. Comme u≠0u \neq 0, μu≠X\mu_u \neq X. Cas 1 : Tr⁡(u)≠0\operatorname{Tr}(u) \neq 0. Les racines de PP sont distinctes. Puisque uu n'est pas une homothétie (n≥2n \geq 2 et rang 1), μu\mu_u ne peut pas être de degré 1.
    μu(X)=X(X−Tr⁡(u))\boxed{\mu_u(X) = X(X - \operatorname{Tr}(u))}
    Cas 2 : Tr⁡(u)=0\operatorname{Tr}(u) = 0. On a u2=0u^2 = 0 et u≠0u \neq 0.
    μu(X)=X2\boxed{\mu_u(X) = X^2}

  4. Forme réduite dans le cas non diagonalisable. Supposons uu non diagonalisable, donc Tr⁡(u)=0\operatorname{Tr}(u) = 0 et u2=0u^2 = 0. On a alors Im⁡(u)⊂Ker⁡(u)\operatorname{Im}(u) \subset \operatorname{Ker}(u). Soit en∈Ee_n \in E tel que en∉Ker⁡(u)e_n \notin \operatorname{Ker}(u) (existe car u≠0u \neq 0). Posons e1=u(en)e_1 = u(e_n). Comme u2=0u^2=0, u(e1)=0u(e_1) = 0, donc e1∈Ker⁡(u)e_1 \in \operatorname{Ker}(u). De plus e1≠0e_1 \neq 0. Complétons e1e_1 en une base (e1,e2,…,en−1)(e_1, e_2, \dots, e_{n-1}) de Ker⁡(u)\operatorname{Ker}(u). La famille B=(e1,…,en)\mathcal{B} = (e_1, \dots, e_n) est une base de EE. En effet, si :
    ∑i=1nλiei=0\sum_{i=1}^n \lambda_i e_i = 0
    En appliquant uu, on obtient λnu(en)=0\lambda_n u(e_n) = 0 (car e1,…,en−1∈Ker⁡(u)e_1, \dots, e_{n-1} \in \operatorname{Ker}(u)). D'où λne1=0\lambda_n e_1 = 0, donc λn=0\lambda_n = 0. La liberté de la base du noyau donne les autres coefficients nuls. Dans cette base, u(e1)=⋯=u(en−1)=0u(e_1) = \dots = u(e_{n-1}) = 0 et u(en)=e1u(e_n) = e_1. La matrice est bien E1,nE_{1,n}.

  5. Inversibilité de u+Id⁡u + \operatorname{Id.} L'endomorphisme v=u+Id⁡v = u + \operatorname{Id} est inversible si et seulement si −1-1 n'est pas valeur propre de uu. D'après le spectre trouvé à la question 1, les valeurs propres de uu sont 00 et Tr⁡(u)\operatorname{Tr}(u). Comme 0≠−10 \neq -1, la condition est simplement Tr⁡(u)≠−1\operatorname{Tr}(u) \neq -1.
    u+Id⁡∈GL(E)  ⟺  Tr⁡(u)≠−1\boxed{u + \operatorname{Id} \in GL(E) \iff \operatorname{Tr}(u) \neq -1}

Ne pas oublier que uu n'est jamais nul puisque son rang est 1. Cela évite de considérer le cas où 0 est le seul élément du spectre de manière triviale.