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Soit n≥3n \geq 3. On considère la matrice A=(ai,j)∈Mn(R)A = (a_{i,j}) \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) définie par :

ai,j={isi j=n et 1≤i<njsi i=n et 1≤j<nnsi i=j=n0sinona_{i,j} = \begin{cases} i & \text{si } j=n \text{ et } 1 \leq i < n
j & \text{si } i=n \text{ et } 1 \leq j < n
n & \text{si } i=j=n
0 & \text{sinon} \end{cases}
Cette matrice présente la structure suivante :
A=(0⋯01⋮⋱⋮⋮0⋯0n−11⋯n−1n)A = \begin{pmatrix} 0 & \cdots & 0 & 1
\vdots & \ddots & \vdots & \vdots
0 & \cdots & 0 & n-1
1 & \cdots & n-1 & n \end{pmatrix}

  1. Déterminer le rang de AA et donner une base de son image Im⁡(A)\operatorname{Im}(A).
  2. Justifier que 00 est valeur propre de AA. Préciser la dimension et une base du sous-espace propre associé E0(A)E_0(A).
  3. Montrer que le sous-espace F=Im⁡(A)F = \operatorname{Im}(A) est stable par l'endomorphisme canoniquement associé à AA.
  4. En étudiant la restriction de cet endomorphisme à FF, déterminer les valeurs propres non nulles de AA. On montrera qu'elles sont racines d'une équation de degré 2 que l'on précisera.

1.

Pour le rang, observer les relations de colinéarité entre les n−1n-1 premières colonnes.

2.

Le théorème du rang permet d'obtenir immédiatement la dimension du noyau.

3.

Un vecteur propre associé à une valeur propre non nulle appartient nécessairement à l'image de la matrice.

4.

Calculer la trace et le déterminant de la restriction à l'image (ou son polynôme caractéristique) en utilisant une base de FF.

Idées clés

•

Utilisation de la structure de rang 2 pour réduire l'étude à un plan stable.

•

Lien entre Im⁡(A)\operatorname{Im}(A) et les vecteurs propres pour λ≠0\lambda \neq 0.

•

Somme des carrés : ∑k=1n−1k2=(n−1)n(2n−1)6\sum_{k=1}^{n-1} k^2 = \frac{(n-1)n(2n-1)}{6}.

Résolution.

  1. Notons (C1,…,Cn)(C_1, \dots, C_n) les colonnes de AA. On remarque que pour tout j∈{1,…,n−1}j \in \{1, \dots, n-1\}, Cj=jEnC_j = j E_n, où EnE_n est le nn-ième vecteur de la base canonique. Toutes ces colonnes sont donc colinéaires à EnE_n. En revanche, la colonne Cn=(1,2,…,n−1,n)TC_n = (1, 2, \dots, n-1, n)^T n'est pas colinéaire à EnE_n car n≥2n \geq 2. L'image de AA est engendrée par les colonnes, donc :
    Im⁡(A)=Vect⁡(C1,…,Cn)=Vect⁡(En,Cn)\operatorname{Im}(A) = \operatorname{Vect}(C_1, \dots, C_n) = \operatorname{Vect}(E_n, C_n)
    Comme (En,Cn)(E_n, C_n) est une famille libre (non proportionnelle), on en déduit :
    rg⁡(A)=2etBF=(f1,f2) est une base de Im⁡(A)\boxed{\operatorname{rg}(A) = 2   \text{et}   \mathcal{B}_F = (f_1, f_2) \text{ est une base de } \operatorname{Im}(A)}
    avec f1=En=(0,…,0,1)Tf_1 = E_n = (0, \dots, 0, 1)^T et f2=∑i=1n−1iEi=(1,2,…,n−1,0)Tf_2 = \sum_{i=1}^{n-1} i E_i = (1, 2, \dots, n-1, 0)^T.

  2. D'après le théorème du rang, dim⁡ker⁡(A)=n−rg⁡(A)=n−2\dim \operatorname{ker}(A) = n - \operatorname{rg}(A) = n-2. Puisque n≥3n \geq 3, dim⁡ker⁡(A)≥1\dim \operatorname{ker}(A) \geq 1, donc 00 est valeur propre. Les n−1n-1 premières colonnes vérifiant Cj=jEnC_j = j E_n, on a Cj−j1C1=0C_j - \frac{j}{1} C_1 = 0 pour j∈{2,…,n−1}j \in \{2, \dots, n-1\}. Ainsi, les vecteurs uj=jE1−1Eju_j = j E_1 - 1 E_j pour j∈{2,…,n−1}j \in \{2, \dots, n-1\} sont dans le noyau.
    B0=(2e1−e2,3e1−e3,…,(n−1)e1−en−1) forme une base de E0(A)\boxed{\mathcal{B}_0 = \left( 2e_1 - e_2, 3e_1 - e_3, \dots, (n-1)e_1 - e_{n-1} \right) \text{ forme une base de } E_0(A)}

  3. Soit x∈Im⁡(A)x \in \operatorname{Im}(A). Alors il existe yy tel que x=Ayx = Ay. On a alors Ax=A(Ay)∈Im⁡(A)Ax = A(Ay) \in \operatorname{Im}(A) par définition de l'image. L'image de tout endomorphisme est toujours stable par celui-ci.

  4. Soit λ≠0\lambda \neq 0 une valeur propre et xx un vecteur propre associé. Alors Ax=λx  ⟹  x=A(1λx)∈Im⁡(A)Ax = \lambda x \implies x = A(\frac{1}{\lambda} x) \in \operatorname{Im}(A). On étudie donc la restriction de l'endomorphisme à F=Im⁡(A)F = \operatorname{Im}(A). Utilisons la base BF=(f1,f2)\mathcal{B}_F = (f_1, f_2) définie en question 1. Calculons les images :
    Af1=Cn=f2+nf1A f_1 = C_n = f_2 + n f_1
    Af2=A(∑j=1n−1jEj)=∑j=1n−1j(AEj)=∑j=1n−1j(jEn)=(∑j=1n−1j2)f1A f_2 = A \left( \sum_{j=1}^{n-1} j E_j \right) = \sum_{j=1}^{n-1} j (A E_j) = \sum_{j=1}^{n-1} j (j E_n) = \left( \sum_{j=1}^{n-1} j^2 \right) f_1
    La matrice de la restriction dans la base (f1,f2)(f_1, f_2) est :
    MF=(nσ10)ouˋσ=∑j=1n−1j2=(n−1)n(2n−1)6M_F = \begin{pmatrix} n & \sigma
    1 & 0 \end{pmatrix}   \text{où}   \sigma = \sum_{j=1}^{n-1} j^2 = \frac{(n-1)n(2n-1)}{6}
    Les valeurs propres non nulles sont les racines du polynôme caractéristique de MFM_F :
    χMF(λ)=det⁡(λI2−MF)=λ(λ−n)−σ=λ2−nλ−σ\chi_{M_F}(\lambda) = \det(\lambda I_2 - M_F) = \lambda(\lambda - n) - \sigma = \lambda^2 - n\lambda - \sigma
    En remplaçant σ\sigma et en multipliant par 66, on obtient l'équation :
    6λ2−6nλ−n(n−1)(2n−1)=0\boxed{6\lambda^2 - 6n\lambda - n(n-1)(2n-1) = 0}

Ne pas oublier que l'image est stable, mais que les vecteurs propres ne sont pas forcément dans l'image si la valeur propre est nulle. Pour λ≠0\lambda \neq 0, l'inclusion Eλ⊂Im⁡(A)E_\lambda \subset \operatorname{Im}(A) est en revanche automatique.