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Soit n≥3n \geq 3 un entier naturel et (a1,…,an)∈Cn(a_1, \ldots, a_n) \in \mathbb{C}^n. On considère la matrice M∈Mn(C)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) définie par :

M=(0⋯0a1⋮(0)⋮⋮0⋯0an−1a1⋯an−1an)M = \begin{pmatrix} 0 & \cdots & 0 & a_1
\vdots & (0) & \vdots & \vdots
0 & \cdots & 0 & a_{n-1}
a_1 & \cdots & a_{n-1} & a_n \end{pmatrix}

  1. Déterminer le rang de la matrice MM. En déduire la dimension du sous-espace propre associé à la valeur propre 00.
  2. On suppose qu'il existe i∈{1,…,n−1}i \in \{1, \ldots, n-1\} tel que ai≠0a_i \neq 0.
    1. Montrer que l'image de MM est un sous-espace vectoriel stable par l'endomorphisme canoniquement associé à MM.
    2. En calculant la matrice de la restriction de cet endomorphisme à son image, déterminer les valeurs propres non nulles de MM.
  3. On pose S=∑i=1n−1ai2S = \sum_{i=1}^{n-1} a_i^2. Donner une condition nécessaire et suffisante sur les paramètres (ai)1≤i≤n(a_i)_{1 \leq i \leq n} pour que la matrice MM soit diagonalisable dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}).
  4. Applications :
    1. On prend ai=1a_i = 1 pour tout i∈{1,…,n}i \in \{1, \ldots, n\}. La matrice est-elle diagonalisable ?
    2. On prend ai=ia_i = i pour tout i∈{1,…,n−1}i \in \{1, \ldots, n-1\} et an=na_n = n. Déterminer le polynôme caractéristique de MM.
    3. Que se passe-t-il si l'on remplace le coefficient ana_n par 2an2a_n dans la définition de MM ?

1.

Pour le rang, observer les colonnes de la matrice. Le noyau se déduit par le théorème du rang.

2.

Pour la stabilité de l'image, calculer MXM X pour un vecteur de la base de Im(M)\text{Im}(M).

3.

La restriction de MM à Im(M)\text{Im}(M) est un endomorphisme en dimension 2. Son polynôme caractéristique donne les valeurs propres restantes.

4.

Une matrice est diagonalisable si et seulement si la somme des dimensions de ses sous-espaces propres est égale à nn.

Idées clés

•

Étude de la restriction à un sous-espace stable (l'image).

•

Lien entre multiplicité des racines du polynôme caractéristique et dimension des sous-espaces propres.

•

Utilisation du rang pour minorer la dimension du noyau.

Résolution.

  1. Les n−1n-1 premières colonnes de MM sont colinéaires au vecteur ene_n de la base canonique. La dernière colonne est ∑i=1n−1aiei+anen\sum_{i=1}^{n-1} a_i e_i + a_n e_n. L'image de MM est donc engendrée par ces deux vecteurs :
    Im(M)=Vect(en,∑i=1n−1aiei)\text{Im}(M) = \text{Vect}\left( e_n, \sum_{i=1}^{n-1} a_i e_i \right)
    Si tous les aia_i sont nuls pour i<ni < n, le rang est 1 (si an≠0a_n \neq 0) ou 0 (si an=0a_n = 0). Sinon, les deux vecteurs générateurs sont libres et le rang est 2. Par le théorème du rang, la dimension du noyau (sous-espace propre associé à 0) est :
    dim⁡E0(M)=n−rg(M)\boxed{\dim E_0(M) = n - \text{rg}(M)}

    1. Soit ff l'endomorphisme associé à MM. L'image Im(f)\text{Im}(f) est toujours stable par ff. En effet, pour tout y∈Im(f)y \in \text{Im}(f), il existe x∈Ex \in E tel que y=f(x)y = f(x), donc f(y)=f(f(x))∈Im(f)f(y) = f(f(x)) \in \text{Im}(f).
    2. Notons v=∑i=1n−1aieiv = \sum_{i=1}^{n-1} a_i e_i. On a f(en)=v+anenf(e_n) = v + a_n e_n et f(ei)=aienf(e_i) = a_i e_n pour i<ni < n. Ainsi, f(v)=∑i=1n−1aif(ei)=∑i=1n−1ai2en=Senf(v) = \sum_{i=1}^{n-1} a_i f(e_i) = \sum_{i=1}^{n-1} a_i^2 e_n = S e_n. Dans la base (en,v)(e_n, v) de Im(f)\text{Im}(f), la matrice de la restriction est :
      M′=(anS10)M' = \begin{pmatrix} a_n & S
      1 & 0 \end{pmatrix}
      Le polynôme caractéristique de cette restriction est P(X)=X2−anX−SP(X) = X^2 - a_n X - S. Les valeurs propres de MM sont les racines de ce polynôme (valeurs propres dans l'image) et 00.

  2. Soit Δ=an2+4S\Delta = a_n^2 + 4S le discriminant de X2−anX−SX^2 - a_n X - S. Cas 1 : S≠0S \neq 0. Le rang est 2, dim⁡E0=n−2\dim E_0 = n-2. MM est diagonalisable ssi la restriction à l'image est diagonalisable, car les valeurs propres de la restriction sont alors non nulles (produit des racines −S≠0-S \neq 0). C'est le cas si et seulement si Δ≠0\Delta \neq 0. Cas 2 : S=0S = 0. Les racines sont 00 et ana_n. Si an≠0a_n \neq 0, 0 est de multiplicité n−1n-1. MM est diag ssi dim⁡E0=n−1  ⟺  rg(M)=1  ⟺  ∀i<n,ai=0\dim E_0 = n-1 \iff \text{rg}(M) = 1 \iff \forall i < n, a_i = 0. Si an=0a_n = 0, 0 est seule valeur propre. MM est diag ssi M=0M=0. Conclusion :
    M est diag. ssi (an2+4S≠0 et S≠0) ou (a1=⋯=an−1=0)\boxed{M \text{ est diag. ssi } (a_n^2 + 4S \neq 0 \text{ et } S \neq 0) \text{ ou } (a_1 = \dots = a_{n-1} = 0)}

    1. Ici S=n−1S = n-1 et an=1a_n = 1. Δ=1+4(n−1)=4n−3\Delta = 1 + 4(n-1) = 4n-3. Comme n≥3n \geq 3, S≠0S \neq 0 et Δ>0\Delta > 0, donc MM est diagonalisable.
    2. Pour ai=ia_i = i, on a S=∑k=1n−1k2=(n−1)n(2n−1)6S = \sum_{k=1}^{n-1} k^2 = \frac{(n-1)n(2n-1)}{6}. Le polynôme caractéristique est :
      χM(X)=Xn−2(X2−nX−n(n−1)(2n−1)6)\boxed{\chi_M(X) = X^{n-2} \left( X^2 - nX - \frac{n(n-1)(2n-1)}{6} \right)}
    3. Remplacer ana_n par 2an2a_n revient simplement à substituer ana_n dans les formules précédentes. L'équation devient X2−2anX−S=0X^2 - 2a_n X - S = 0.

Attention au cas S=0S = 0 sur C\mathbb{C}. Si S=0S=0, une valeur propre est nulle, ce qui "augmente" la multiplicité de 0. Il faut alors comparer la multiplicité algébrique avec n−rg(M)n-\text{rg}(M).