WikiPrépaLivrets

Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. On considère la matrice M∈Mn+1(R)M \in \mathcal{M}_{n+1}(\mathbb{R}) définie par M=(δi+j,n+2)1≤i,j≤n+1M = (\delta_{i+j, n+2})_{1 \le i, j \le n+1}. On lui associe l'application ff sur Rn[X]\mathbb{R}_n[X] qui à un polynôme PP associe f(P)=XnP(1X)f(P) = X^n P\left(\frac{1}{X}\right).

    1. Justifier que MM est la matrice de ff dans la base canonique (1,X,…,Xn)(1, X, \dots, X^n).
    2. Calculer le déterminant de MM.

  1. Montrer que ff est une symétrie de Rn[X]\mathbb{R}_n[X]. En déduire que MM est diagonalizable.
  2. Déterminer le spectre de ff ainsi que les sous-espaces propres associés. On pourra les décrire à l'aide de relations sur les coefficients des polynômes ou d'une base explicite.

  3. On suppose dans cette question que n=2m−1n = 2m-1 est impair. Montrer que MM est semblable à une matrice diagonale par blocs de la forme :
    diag⁡(S,S,…,S)=(S(0)⋱(0)S)∈M2m(R)ouˋS=(0110)\operatorname{diag}(S, S, \dots, S) = \begin{pmatrix} S & & (0)
    & \ddots &
    (0) & & S \end{pmatrix} \in \mathcal{M}_{2m}(\mathbb{R})   \text{où}   S = \begin{pmatrix} 0 & 1
    1 & 0 \end{pmatrix}

1.

Pour le déterminant, utiliser des permutations de colonnes ou une relation de récurrence.

2.

Pour la symétrie, calculer f(f(P))f(f(P)) en revenant à la définition.

3.

Pour les sous-espaces propres, un polynôme PP vérifie f(P)=Pf(P) = P si et seulement si ses coefficients sont symétriques (polynômes palindromes).

4.

Pour la structure par blocs, considérer la base (1,Xn,X,Xn−1,… )(1, X^n, X, X^{n-1}, \dots).

Idées clés

•

Caractérisation des symétries : f2=IdEf^2 = \text{Id}_E.

•

Lien entre coefficients et image par ff.

•

Utilisation d'une base adaptée pour la réduction par blocs.

Résolution.

    1. Soit P=∑k=0nakXkP = \sum_{k=0}^n a_k X^k. On a f(P)=Xn∑k=0nakX−k=∑k=0nakXn−kf(P) = X^n \sum_{k=0}^n a_k X^{-k} = \sum_{k=0}^n a_k X^{n-k}. En posant j=n−kj = n-k, on obtient f(P)=∑j=0nan−jXjf(P) = \sum_{j=0}^n a_{n-j} X^j. L'image de XkX^k par ff est donc Xn−kX^{n-k}. La matrice MM possède des 1 uniquement sur la diagonale secondaire, ce qui correspond bien à Mi,j=1M_{i,j} = 1 si i=(n+1)−j+1i = (n+1) - j + 1, soit i+j=n+2i+j = n+2.
    2. Le déterminant de MM est celui d'une matrice de permutation. On effectue ⌊n+12⌋\lfloor \frac{n+1}{2} \rfloor échanges de colonnes pour obtenir l'identité.
      det⁡(M)=(−1)n(n+1)2\boxed{\det(M) = (-1)^{\frac{n(n+1)}{2}}}

  1. Soit P∈Rn[X]P \in \mathbb{R}_n[X]. On a f(P)(X)=XnP(1/X)f(P)(X) = X^n P(1/X). Alors f(f(P))(X)=Xn(f(P))(1/X)=Xn((1/X)nP(X))=P(X)f(f(P))(X) = X^n (f(P))(1/X) = X^n \left( (1/X)^n P(X) \right) = P(X). Ainsi, f2=Idf^2 = \text{Id}. L'endomorphisme ff est une symétrie.
    M2=In+1\boxed{M^2 = I_{n+1}}
    Le polynôme X2−1=(X−1)(X+1)X^2 - 1 = (X-1)(X+1) est un polynôme annulateur de MM, scindé à racines simples sur R\mathbb{R}. Donc MM est diagonalizable.

  2. Puisque f2=Idf^2 = \text{Id}, le spectre de ff est inclus dans {−1,1}\{-1, 1\}. Comme f(1+Xn)=1+Xnf(1+X^n) = 1+X^n et f(1−Xn)=−(1−Xn)f(1-X^n) = -(1-X^n), les deux valeurs sont atteintes.
    Sp(f)={1,−1}\boxed{\text{Sp}(f) = \{1, -1\}}
    Les sous-espaces propres sont E1=ker⁡(f−Id)E_1 = \ker(f - \text{Id}) et E−1=ker⁡(f+Id)E_{-1} = \ker(f + \text{Id}). Un polynôme P=∑akXkP = \sum a_k X^k est dans E1E_1 ssi ak=an−ka_k = a_{n-k} pour tout kk. Une base est :
    B1=(Xk+Xn−k)0≤k<n/2∪{Xn/2 si n est pair}\boxed{\mathcal{B}_1 = (X^k + X^{n-k})_{0 \le k < n/2} \cup \{X^{n/2} \text{ si } n \text{ est pair}\}}
    Un polynôme PP est dans E−1E_{-1} ssi ak=−an−ka_k = -a_{n-k}. Une base est :
    B−1=(Xk−Xn−k)0≤k<n/2\boxed{\mathcal{B}_{-1} = (X^k - X^{n-k})_{0 \le k < n/2}}

  3. Si n=2m−1n = 2m-1, l'espace est de dimension 2m2m. On considère la base ordonnée suivante :
    B=(1,Xn,X,Xn−1,…,Xm−1,Xm)\mathcal{B} = (1, X^n, X, X^{n-1}, \dots, X^{m-1}, X^m)
    Puisque f(1)=Xnf(1) = X^n et f(Xn)=1f(X^n) = 1, la matrice de ff restreinte au plan Vect(1,Xn)\text{Vect}(1, X^n) est S=(0110)S = \begin{pmatrix} 0 & 1
    1 & 0 \end{pmatrix}
    . En répétant ce raisonnement sur chaque paire (Xk,Xn−k)(X^k, X^{n-k}), la matrice de ff dans B\mathcal{B} est :
    MatB(f)=diag⁡(S,…,S)\boxed{\text{Mat}_{\mathcal{B}}(f) = \operatorname{diag}(S, \dots, S)}

Attention à l'indice de la dimension : pour un polynôme de degré nn, l'espace est de dimension n+1n+1. Cela influe sur le calcul du déterminant et la parité.