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Soit EE un espace vectoriel réel de dimension finie n≥1n \ge 1. On considère un projecteur p∈L(E)p \in \mathcal{L}(E) de rang r∈{0,…,n}r \in \{0, \dots, n\}. On définit l'application Φ\Phi sur l'espace des endomorphismes L(E)\mathcal{L}(E) par :

Φ(u)=12(p∘u+u∘p)\Phi(u) = \frac{1}{2}(p \circ u + u \circ p)

  1. Démontrer que Φ\Phi est un endomorphisme de L(E)\mathcal{L}(E).
  2. Justifier que Φ\Phi est diagonalisable.
  3. Déterminer les valeurs propres possibles de Φ\Phi.
  4. Pour chaque valeur propre λ\lambda, calculer la dimension du sous-espace propre Eλ(Φ)E_\lambda(\Phi) associé. On discutera selon la valeur de rr.

1.

Pour la linéarité, utiliser les propriétés de la composition des applications linéaires.

2.

Pour la diagonalisabilité, introduire les endomorphismes de L(E)\mathcal{L}(E) définis par la multiplication à gauche et à droite par pp. Montrer qu'ils commutent et sont diagonalisables.

3.

Pour les dimensions, utiliser une base adaptée à la décomposition E=Im⁡(p)⊕Ker⁡(p)E = \operatorname{Im}(p) \oplus \operatorname{Ker}(p) et traduire l'équation Φ(u)=λu\Phi(u) = \lambda u par une écriture matricielle par blocs.

Idées clés

•

Utilisation de la structure d'algèbre de L(E)\mathcal{L}(E).

•

Diagonalisabilité simultanée d'endomorphismes qui commutent.

•

Représentation matricielle par blocs pour le calcul de dimensions dans L(E)\mathcal{L}(E).

Résolution.

  1. Soient (u,v)∈L(E)2(u, v) \in \mathcal{L}(E)^2 et λ∈R\lambda \in \mathbb{R}. Par distributivité et linéarité de la composition :
    Φ(λu+v)=12(p∘(λu+v)+(λu+v)∘p)\Phi(\lambda u + v) = \frac{1}{2} \left( p \circ (\lambda u + v) + (\lambda u + v) \circ p \right)
    Φ(λu+v)=12(λ(p∘u)+p∘v+λ(u∘p)+v∘p)\Phi(\lambda u + v) = \frac{1}{2} \left( \lambda (p \circ u) + p \circ v + \lambda (u \circ p) + v \circ p \right)
    Φ(λu+v)=λΦ(u)+Φ(v)\Phi(\lambda u + v) = \lambda \Phi(u) + \Phi(v)
    L'application Φ\Phi est donc linéaire de L(E)\mathcal{L}(E) dans lui-même.
  2. Introduisons les applications Lp:u↦p∘uL_p : u \mapsto p \circ u et Rp:u↦u∘pR_p : u \mapsto u \circ p. On remarque que Φ=12(Lp+Rp)\Phi = \frac{1}{2}(L_p + R_p). Puisque p2=pp^2 = p, nous avons Lp2(u)=p∘(p∘u)=p2∘u=p∘u=Lp(u)L_p^2(u) = p \circ (p \circ u) = p^2 \circ u = p \circ u = L_p(u). Ainsi, LpL_p est un projecteur de L(E)\mathcal{L}(E), donc il est diagonalisable. De même, Rp2(u)=(u∘p)∘p=u∘p2=u∘p=Rp(u)R_p^2(u) = (u \circ p) \circ p = u \circ p^2 = u \circ p = R_p(u). RpR_p est également un projecteur, donc diagonalisable. Vérifions si ces deux endomorphismes commutent :
    (Lp∘Rp)(u)=p∘(u∘p)=(p∘u)∘p=(Rp∘Lp)(u)(L_p \circ R_p)(u) = p \circ (u \circ p) = (p \circ u) \circ p = (R_p \circ L_p)(u)
    Comme LpL_p et RpR_p sont diagonalisables et commutent, ils sont simultanément diagonalisables. Leur somme Φ=12Lp+12Rp\Phi = \frac{1}{2}L_p + \frac{1}{2}R_p est donc diagonalisable.
  3. Les valeurs propres d'un projecteur appartiennent à {0,1}\{0, 1\}. Soit uu un vecteur propre commun à LpL_p et RpR_p associé aux valeurs propres α∈{0,1}\alpha \in \{0, 1\} et β∈{0,1}\beta \in \{0, 1\}. Alors Φ(u)=12(α+β)u\Phi(u) = \frac{1}{2}(\alpha + \beta) u. Les valeurs propres possibles de Φ\Phi sont donc les éléments de :
    {12(0+0),12(0+1),12(1+0),12(1+1)}={0,12,1}\left\{ \frac{1}{2}(0+0), \frac{1}{2}(0+1), \frac{1}{2}(1+0), \frac{1}{2}(1+1) \right\} = \left\{ 0, \frac{1}{2}, 1 \right\}
  4. Soit B=(e1,…,er,er+1,…,en)\mathcal{B} = (e_1, \dots, e_r, e_{r+1}, \dots, e_n) une base de EE adaptée à la décomposition E=Im⁡p⊕Ker⁡pE = \operatorname{Im} p \oplus \operatorname{Ker} p. Dans cette base, la matrice de pp est P=(Ir000)P = \begin{pmatrix} I_r & 0
    0 & 0 \end{pmatrix}
    . Soit u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E) de matrice M=(ABCD)M = \begin{pmatrix} A & B
    C & D \end{pmatrix}
    dans cette même base, avec A∈Mr(R)A \in \mathcal{M}_r(\mathbb{R}) et D∈Mn−r(R)D \in \mathcal{M}_{n-r}(\mathbb{R}). Le calcul par blocs donne :
    PM=(Ir000)(ABCD)=(AB00)P M = \begin{pmatrix} I_r & 0
    0 & 0 \end{pmatrix} \begin{pmatrix} A & B
    C & D \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} A & B
    0 & 0 \end{pmatrix}
    MP=(ABCD)(Ir000)=(A0C0)M P = \begin{pmatrix} A & B
    C & D \end{pmatrix} \begin{pmatrix} I_r & 0
    0 & 0 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} A & 0
    C & 0 \end{pmatrix}
    On en déduit la matrice de Φ(u)\Phi(u) :
    Mat⁡B(Φ(u))=12(2ABC0)=(AB/2C/20)\operatorname{Mat}_{\mathcal{B}}(\Phi(u)) = \frac{1}{2} \begin{pmatrix} 2A & B
    C & 0 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} A & B/2
    C/2 & 0 \end{pmatrix}
    L'équation aux valeurs propres Φ(u)=λu\Phi(u) = \lambda u équivaut au système :
    {A=λA12B=λB12C=λC0=λD\begin{cases} A = \lambda A
    \frac{1}{2}B = \lambda B
    \frac{1}{2}C = \lambda C
    0 = \lambda D \end{cases}
    Cas λ=1\lambda = 1 : Le système impose B=0,C=0,D=0B=0, C=0, D=0 et AA libre. Les solutions sont les matrices de la forme (A000)\begin{pmatrix} A & 0
    0 & 0 \end{pmatrix}
    .
    dim⁡E1(Φ)=r2\boxed{\dim E_1(\Phi) = r^2}
    Cas λ=0\lambda = 0 : Le système impose A=0,B=0,C=0A=0, B=0, C=0 et DD libre. Les solutions sont les matrices de la forme (000D)\begin{pmatrix} 0 & 0
    0 & D \end{pmatrix}
    .
    dim⁡E0(Φ)=(n−r)2\boxed{\dim E_0(\Phi) = (n-r)^2}
    Cas λ=1/2\lambda = 1/2 : Le système impose A=0,D=0A=0, D=0, tandis que BB et CC sont libres. Les solutions sont les matrices de la forme (0BC0)\begin{pmatrix} 0 & B
    C & 0 \end{pmatrix}
    . La dimension est la somme des dimensions des blocs BB et CC.
    dim⁡E1/2(Φ)=2r(n−r)\boxed{\dim E_{1/2}(\Phi) = 2r(n-r)}

Attention à ne pas oublier que si r=0r=0 (projecteur nul) ou r=nr=n (identité), certaines valeurs propres peuvent disparaître et leurs sous-espaces associés être réduits à {0}\{0\}. Par exemple, si r=nr=n, alors Φ(u)=u\Phi(u) = u, donc seule la valeur propre 1 subsiste.