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Soit n∈Nn \in \mathbb{N} et E=Kn[X]E = \mathbb{K}_n[X] l'espace vectoriel des polynômes de degré inférieur ou égal à nn sur un corps K\mathbb{K}. On considère l'application uu définie par :

u:P⟼XnP(1X)u : P \longmapsto X^n P\left(\frac{1}{X}\right)

  1. Montrer que uu est un endomorphisme de EE et calculer u∘uu \circ u.
  2. On suppose dans cette question que la caractéristique du corps K\mathbb{K} est différente de 2.
    1. Justifier que uu est diagonalisable.
    2. Déterminer les valeurs propres possibles de uu.
    3. Pour chaque valeur propre, donner la dimension du sous-espace propre associé et en fournir une base.

  3. On suppose désormais que car(K)=2\text{car}(\mathbb{K}) = 2. L'endomorphisme uu est-il diagonalisable ?

1.

Pour u2u^2, calculer explicitement u(u(P))u(u(P)) en utilisant la définition.

2.

Un endomorphisme uu tel que u2=Idu^2 = \text{Id} est une symétrie (ou involution). Utiliser le cours sur les polynômes annulateurs.

3.

Pour les vecteurs propres, examiner la relation sur les coefficients aka_k du polynôme P=∑k=0nakXkP = \sum_{k=0}^n a_k X^k.

4.

En caractéristique 2, 1=−11 = -1. Étudier si uu peut être l'identité.

Idées clés

•

Nature de l'application : symétrie vectorielle.

•

Critère polynomial de diagonalisation (racines simples).

•

Étude des coefficients pour les polynômes réciproques.

Résolution.

  1. Soit P=∑k=0nakXk∈EP = \sum_{k=0}^n a_k X^k \in E. Alors :
    u(P)=Xn∑k=0nak(1X)k=∑k=0nakXn−ku(P) = X^n \sum_{k=0}^n a_k \left(\frac{1}{X}\right)^k = \sum_{k=0}^n a_k X^{n-k}
    L'expression obtenue est une combinaison linéaire de 1,X,…,Xn1, X, \dots, X^n, donc u(P)∈Eu(P) \in E. La linéarité découle immédiatement de la définition. Calculons u2(P)u^2(P) pour tout P∈EP \in E :
    u(u(P))=Xn[(1X)nP(11/X)]u(u(P)) = X^n \left[ \left( \frac{1}{X} \right)^n P\left( \frac{1}{1/X} \right) \right]
    En simplifiant les puissances de XX, on obtient :
    u2(P)=Xn⋅1Xn⋅P(X)=P(X)u^2(P) = X^n \cdot \frac{1}{X^n} \cdot P(X) = P(X)
    On en déduit :
    u∘u=IdE\boxed{ u \circ u = \text{Id}_E }

  2. On suppose car(K)≠2\text{car}(\mathbb{K}) \neq 2.
    1. D'après la question précédente, le polynôme Q(X)=X2−1Q(X) = X^2 - 1 est un polynôme annulateur de uu. Puisque car(K)≠2\text{car}(\mathbb{K}) \neq 2, les racines de QQ dans K\mathbb{K} (qui sont 11 et −1-1) sont distinctes.
      u est diagonalisable car il posseˋde un polynoˆme annulateur scindeˊ aˋ racines simples.\boxed{ \text{uu est diagonalisable car il possède un polynôme annulateur scindé à racines simples.} }

    2. Les valeurs propres de uu sont incluses dans l'ensemble des racines du polynôme annulateur QQ. Ainsi, Sp(u)⊂{1,−1}\text{Sp}(u) \subset \{1, -1\}. Notons que u(1)=Xnu(1) = X^n et u(Xn)=1u(X^n) = 1. Le polynôme P(X)=1+XnP(X) = 1 + X^n vérifie u(P)=Xn+1=Pu(P) = X^n + 1 = P, donc 11 est valeur propre (sauf si 1+Xn=01+X^n=0, impossible pour n≥1n \ge 1). De même, u(1−Xn)=Xn−1=−(1−Xn)u(1-X^n) = X^n-1 = -(1-X^n), donc −1-1 est valeur propre (pour n≥1n \ge 1).

    3. Soit P=∑k=0nakXkP = \sum_{k=0}^n a_k X^k. L'équation u(P)=λPu(P) = \lambda P équivaut à :
      ∀k∈{0,…,n},an−k=λak\forall k \in \{0, \dots, n\},   a_{n-k} = \lambda a_k
      Cas λ=1\lambda = 1 : On doit avoir ak=an−ka_k = a_{n-k}. Le sous-espace propre E1E_1 est constitué des polynômes dits "réciproques". Une base est donnée par :
      B1={Xk+Xn−k∣0≤k<nk}∪{Xn/2 si n est pair}\mathcal{B}_1 = \{ X^k + X^{n-k} \mid 0 \le k < \frac{n}{k} \} \cup \{ X^{n/2} \text{ si } n \text{ est pair} \}
      La dimension de E1E_1 est dim⁡E1=⌊n2⌋+1\boxed{ \dim E_1 = \lfloor \frac{n}{2} \rfloor + 1 }. Cas λ=−1\lambda = -1 : On doit avoir an−k=−aka_{n-k} = -a_k. Le sous-espace propre E−1E_{-1} est constitué des polynômes "anti-réciproques". Une base est donnée par :
      B−1={Xk−Xn−k∣0≤k<n2}\mathcal{B}_{-1} = \{ X^k - X^{n-k} \mid 0 \le k < \frac{n}{2} \}
      La dimension de E−1E_{-1} est dim⁡E−1=⌈n2⌉\boxed{ \dim E_{-1} = \lceil \frac{n}{2} \rceil }. On vérifie bien que dim⁡E1+dim⁡E−1=(n+1)=dim⁡E\dim E_1 + \dim E_{-1} = (n+1) = \dim E.

  3. Si car(K)=2\text{car}(\mathbb{K}) = 2, alors −1=1-1 = 1. Le polynôme annulateur devient (X−1)2(X-1)^2. La seule valeur propre possible est 11. Si uu était diagonalisable, son polynôme minimal diviserait X−1X-1, ce qui impliquerait u=IdEu = \text{Id}_E. Or, u(1)=Xnu(1) = X^n. Pour n≥1n \ge 1, Xn≠1X^n \neq 1.
    Pour n≥1, si car(K)=2, alors u n’est pas diagonalisable.\boxed{ \text{Pour } n \ge 1, \text{ si } \text{car}(\mathbb{K}) = 2, \text{ alors } u \text{ n'est pas diagonalisable.} }

En caractéristique 2, l'argument du polynôme annulateur à racines simples échoue car 11 est racine double de X2−1X^2-1. Il ne faut pas oublier de traiter le cas n=0n=0 où uu est toujours l'identité (et donc diagonalisable).