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Sous-espace engendré par les matrices de carré nul

Soit nNn \in \mathbb{N}^* et K\mathbb{K} un corps de caractéristique nulle (par exemple R\mathbb{R} ou C\mathbb{C}). On s'intéresse à l'ensemble N2\mathcal{N}_2 des matrices de Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}) dont le carré est nul :

N2={MMn(K)M2=0}\mathcal{N}_2 = \left\{ M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) \mid M^2 = 0 \right\}

Déterminer le sous-espace vectoriel de Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}) engendré par N2\mathcal{N}_2.

1.

Commencer par traiter le cas n=1n=1.

2.

Pour n2n \geq 2, observer le lien entre la nilpotence et la trace d'une matrice.

3.

Utiliser la base canonique (Ei,j)1i,jn(E_{i,j})_{1 \leq i,j \leq n} de Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}) pour construire des éléments de Vect(N2)\text{Vect}(\mathcal{N}_2).

4.

Montrer que toute matrice de trace nulle appartient à l'espace engendré.

Idées clés

Inclusion directe via la linéarité de la trace et les propriétés des matrices nilpotentes.

Inclusion réciproque par construction d'une base de l'hyperplan des matrices de trace nulle.

Résolution.

  1. Cas n=1n=1 : Une matrice M=(x)M1(K)M = (x) \in \mathcal{M}_1(\mathbb{K}) vérifie M2=0M^2 = 0 si et seulement si x2=0x^2 = 0, soit x=0x=0. Ainsi, N2={0}\mathcal{N}_2 = \{0\} et le sous-espace engendré est réduit au singleton nul.
    Vect(N2)={0}\boxed{ \text{Vect}(\mathcal{N}_2) = \{0\} }

  2. Cas n2n \geq 2 : Soit MN2M \in \mathcal{N}_2. Comme M2=0M^2 = 0, MM est nilpotente. Ses valeurs propres (dans une clôture algébrique de K\mathbb{K}) sont toutes nulles. Par conséquent, sa trace est nulle : Tr(M)=0\text{Tr}(M) = 0. Comme l'application trace est une forme linéaire sur Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}), le sous-espace vectoriel engendré par N2\mathcal{N}_2 est inclus dans le noyau de la trace :
    Vect(N2)ker(Tr)\text{Vect}(\mathcal{N}_2) \subseteq \text{ker}(\text{Tr})

    Montrons l'inclusion réciproque. On sait que ker(Tr)\text{ker}(\text{Tr}) est un hyperplan de Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}), de dimension n21n^2 - 1. Une base classique de cet hyperplan est constituée des matrices :

    • Ei,jE_{i,j} pour iji \neq j (au nombre de n2nn^2 - n).
    • Hi=Ei,iEi+1,i+1H_i = E_{i,i} - E_{i+1,i+1} pour 1in11 \leq i \leq n-1 (au nombre de n1n-1).

    Analyse des matrices Ei,jE_{i,j (iji \neq j) :} Pour tout iji \neq j, on a (Ei,j)2=δj,iEi,j=0(E_{i,j})^2 = \delta_{j,i} E_{i,j} = 0. Donc Ei,jN2E_{i,j} \in \mathcal{N}_2, d'où Ei,jVect(N2)E_{i,j} \in \text{Vect}(\mathcal{N}_2). Analyse des matrices HiH_i : Soit i{1,,n1}i \in \{1, \dots, n-1\}. Considérons les matrices suivantes :

    Ai=Ei,i+Ei,i+1Ei+1,iEi+1,i+1A_i = E_{i,i} + E_{i,i+1} - E_{i+1,i} - E_{i+1,i+1}
    Bi=Ei,iEi,i+1+Ei+1,iEi+1,i+1B_i = E_{i,i} - E_{i,i+1} + E_{i+1,i} - E_{i+1,i+1}
    Calculons Ai2A_i^2 en utilisant les relations Ea,bEc,d=δb,cEa,dE_{a,b}E_{c,d} = \delta_{b,c}E_{a,d} :
    Ai2=(Ei,i+Ei,i+1)(Ei,i+Ei,i+1)(Ei+1,i+Ei+1,i+1)+(Ei+1,i+Ei+1,i+1)=0A_i^2 = (E_{i,i} + E_{i,i+1}) - (E_{i,i} + E_{i,i+1}) - (E_{i+1,i} + E_{i+1,i+1}) + (E_{i+1,i} + E_{i+1,i+1}) = 0
    De même, on vérifie que Bi2=0B_i^2 = 0. Ainsi, AiA_i et BiB_i appartiennent à N2\mathcal{N}_2. Or, on remarque que :
    Ai+Bi=2(Ei,iEi+1,i+1)=2HiA_i + B_i = 2(E_{i,i} - E_{i+1,i+1}) = 2 H_i
    Comme la caractéristique du corps est différente de 2, on en déduit :
    Hi=12(Ai+Bi)Vect(N2)H_i = \frac{1}{2}(A_i + B_i) \in \text{Vect}(\mathcal{N}_2)
    Conclusion : Tous les éléments d'une base de ker(Tr)\text{ker}(\text{Tr}) appartiennent à Vect(N2)\text{Vect}(\mathcal{N}_2). Par conséquent, ker(Tr)Vect(N2)\text{ker}(\text{Tr}) \subseteq \text{Vect}(\mathcal{N}_2). Finalement, pour n2n \geq 2 :
    Vect(N2)=ker(Tr)\boxed{ \text{Vect}(\mathcal{N}_2) = \text{ker}(\text{Tr}) }

Ne pas oublier le cas n=1n=1. Même si le résultat final ker(Tr)\text{ker}(\text{Tr}) reste formellement vrai car la trace est l'identité en dimension 1, la structure du raisonnement sur la base de l'hyperplan nécessite n2n \geq 2.