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Soit EE un espace vectoriel de dimension finie sur un corps K\mathbb{K} et soit f∈L(E)f \in \mathcal{L}(E) un endomorphisme. On s'intéresse à la suite des noyaux itérés de ff, c'est-à-dire à la suite de sous-espaces (ker⁡(fn))n∈N(\ker(f^n))_{n \in \mathbb{N}}.

On pose, pour tout entier naturel nn, kn=dim⁡(ker⁡(fn))k_n = \dim(\ker(f^n)).

Démontrer que la suite (kn+1−kn)n∈N(k_{n+1} - k_n)_{n \in \mathbb{N}} est une suite décroissante d'entiers naturels.

1.

Pour n∈Nn \in \mathbb{N}, on peut considérer la restriction de l'application ff à l'espace ker⁡(fn+2)\ker(f^{n+2}).

2.

On pourra introduire un supplémentaire de ker⁡(fn+1)\ker(f^{n+1}) dans ker⁡(fn+2)\ker(f^{n+2}) et étudier son image par ff.

3.

L'objectif est de construire une injection d'un espace de dimension kn+2−kn+1k_{n+2} - k_{n+1} vers un espace de dimension kn+1−knk_{n+1} - k_n.

Idées clés

•

Propriété d'inclusion des noyaux itérés : ker⁡(fn)⊂ker⁡(fn+1)\ker(f^n) \subset \ker(f^{n+1}).

•

Utilisation d'un supplémentaire pour isoler l'accroissement de dimension.

•

Application du théorème du rang ou d'un argument d'injectivité sur une restriction bien choisie.

Résolution.

Considérons, pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}, le sous-espace ker⁡(fn+2)\ker(f^{n+2}).

On sait que ker⁡(fn+1)⊂ker⁡(fn+2)\ker(f^{n+1}) \subset \ker(f^{n+2}). Soit Wn+1W_{n+1} un supplémentaire de ker⁡(fn+1)\ker(f^{n+1}) dans ker⁡(fn+2)\ker(f^{n+2}). On a alors :

ker⁡(fn+2)=ker⁡(fn+1)⊕Wn+1\ker(f^{n+2}) = \ker(f^{n+1}) \oplus W_{n+1}

Par définition de la dimension d'une somme directe, on obtient l'égalité sur les dimensions :

dim⁡(Wn+1)=dim⁡(ker⁡(fn+2))−dim⁡(ker⁡(fn+1))=kn+2−kn+1\dim(W_{n+1}) = \dim(\ker(f^{n+2})) - \dim(\ker(f^{n+1})) = k_{n+2} - k_{n+1}

Étudions l'image de ce sous-espace Wn+1W_{n+1} par l'endomorphisme ff. Soit x∈Wn+1x \in W_{n+1}.

  1. Puisque x∈ker⁡(fn+2)x \in \ker(f^{n+2}), on a fn+2(x)=0f^{n+2}(x) = 0, ce qui se réécrit fn+1(f(x))=0f^{n+1}(f(x)) = 0. Ainsi, f(x)∈ker⁡(fn+1)f(x) \in \ker(f^{n+1}).
  2. Supposons que f(x)∈ker⁡(fn)f(x) \in \ker(f^n). Alors fn(f(x))=0f^n(f(x)) = 0, donc fn+1(x)=0f^{n+1}(x) = 0. Ceci implique que x∈ker⁡(fn+1)x \in \ker(f^{n+1}). Or, comme x∈Wn+1x \in W_{n+1} et que Wn+1∩ker⁡(fn+1)={0}W_{n+1} \cap \ker(f^{n+1}) = \{0\}, on en déduit que x=0x = 0.

Considérons maintenant l'application linéaire ψ\psi définie par la restriction de ff à Wn+1W_{n+1} à valeurs dans ker⁡(fn+1)\ker(f^{n+1}) :

ψ:{Wn+1→ker⁡(fn+1)x↦f(x)\psi : \begin{cases} W_{n+1} \to \ker(f^{n+1})
x \mapsto f(x) \end{cases}

D'après le point (1), l'application est bien définie. Le point (2) montre que ker⁡(ψ)={0}\ker(\psi) = \{0\}. L'application ψ\psi est donc injective.

Par conséquent, l'image de Wn+1W_{n+1} par ff, notée f(Wn+1)f(W_{n+1}), est un sous-espace vectoriel de ker⁡(fn+1)\ker(f^{n+1}) de même dimension que Wn+1W_{n+1}. De plus, le point (2) montre également que :

f(Wn+1)∩ker⁡(fn)={0}f(W_{n+1}) \cap \ker(f^n) = \{0\}

En effet, si y∈f(Wn+1)∩ker⁡(fn)y \in f(W_{n+1}) \cap \ker(f^n), il existe x∈Wn+1x \in W_{n+1} tel que y=f(x)y = f(x). Comme y∈ker⁡(fn)y \in \ker(f^n), le raisonnement précédent impose x=0x=0, donc y=0y=0.

On en déduit que la somme f(Wn+1)+ker⁡(fn)f(W_{n+1}) + \ker(f^n) est une somme directe. Comme cette somme est incluse dans ker⁡(fn+1)\ker(f^{n+1}), on a l'inégalité suivante sur les dimensions :

dim⁡(f(Wn+1))+dim⁡(ker⁡(fn))⩽dim⁡(ker⁡(fn+1))\dim(f(W_{n+1})) + \dim(\ker(f^n)) \leqslant \dim(\ker(f^{n+1}))

En remplaçant dim⁡(f(Wn+1))\dim(f(W_{n+1})) par dim⁡(Wn+1)=kn+2−kn+1\dim(W_{n+1}) = k_{n+2} - k_{n+1}, on obtient :

(kn+2−kn+1)+kn⩽kn+1(k_{n+2} - k_{n+1}) + k_n \leqslant k_{n+1}

Ce qui se réécrit immédiatement :

kn+2−kn+1⩽kn+1−kn\boxed{k_{n+2} - k_{n+1} \leqslant k_{n+1} - k_n}

La suite des accroissements (kn+1−kn)n∈N(k_{n+1} - k_n)_{n \in \mathbb{N}} est donc bien décroissante. Comme il s'agit d'une suite d'entiers, elle est également positive puisque ker⁡(fn)⊂ker⁡(fn+1)\ker(f^n) \subset \ker(f^{n+1}).

Attention à ne pas confondre la croissance de la suite (ker⁡(fn))(\ker(f^n)) (pour l'inclusion) avec la nature de la suite des différences de dimensions. Si la suite des dimensions est croissante, cela ne garantit pas a priori que ses accroissements sont décroissants (ce qu'on appelle la concavité de la suite).