WikiPrépaLivrets

On considère deux matrices AA et BB appartenant à Mn(C)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}) satisfaisant la relation suivante :

AB5−B3AB2=BA B^{5} - B^{3} A B^{2} = B
Démontrer que BB est nécessairement la matrice nulle.

1.

Commencer par étudier l'intersection du noyau et de l'image de l'endomorphisme bb canoniquement associé à BB.

2.

Montrer que Cn=Ker(b)⊕Im(b)\mathbb{C}^n = \text{Ker}(b) \oplus \text{Im}(b).

3.

Étudier la stabilité de Im(b)\text{Im}(b) par les endomorphismes aa et bb.

4.

Utiliser les propriétés de la trace d'un commutateur sur l'espace Im(b)\text{Im}(b).

Idées clés

•

Étude de la somme directe Ker(b)⊕Im(b)\text{Ker}(b) \oplus \text{Im}(b) pour réduire l'étude à un sous-espace où bb est inversible.

•

Utilisation de la trace : Tr(uv−vu)=0\text{Tr}(uv - vu) = 0.

•

Passage aux endomorphismes pour manipuler les restrictions.

Résolution.

Soient aa et bb les endomorphismes de Cn\mathbb{C}^n dont les matrices dans la base canonique sont respectivement AA et BB. La relation s'écrit :

a∘b5−b3∘a∘b2=ba \circ b^{5} - b^{3} \circ a \circ b^{2} = b

Étape 1 : Séparation du noyau et de l'image.

Soit x∈Im(b)∩Ker(b)x \in \text{Im}(b) \cap \text{Ker}(b). Il existe y∈Cny \in \mathbb{C}^n tel que x=b(y)x = b(y), et l'on a b(x)=0b(x) = 0. Par conséquent, pour tout entier k≥2k \geq 2, on a bk(y)=0b^k(y) = 0.

Appliquons la relation de l'énoncé au vecteur yy :

b(y)=a(b5(y))−b3(a(b2(y)))b(y) = a(b^5(y)) - b^3(a(b^2(y)))

Comme b5(y)=0b^5(y) = 0 et b2(y)=0b^2(y) = 0, on obtient immédiatement b(y)=0−0=0b(y) = 0 - 0 = 0. Ainsi x=b(y)=0x = b(y) = 0. L'intersection est donc réduite au vecteur nul :

Im(b)∩Ker(b)={0}\boxed{\text{Im}(b) \cap \text{Ker}(b) = \{0\}}

D'après le théorème du rang, on en déduit la décomposition en somme directe :

Cn=Im(b)⊕Ker(b)\boxed{\mathbb{C}^n = \text{Im}(b) \oplus \text{Ker}(b)}

Étape 2 : Stabilité de l'image.

L'espace V=Im(b)V = \text{Im}(b) est trivialement stable par bb. Comme bb induit un endomorphisme injectif sur VV (car V∩Ker(b)={0}V \cap \text{Ker}(b) = \{0\}) et que VV est de dimension finie, la restriction v=b∣Vv = b_{|V} est un automorphisme de VV. En particulier, V=Im(b)=Im(b2)=⋯=Im(b5)V = \text{Im}(b) = \text{Im}(b^2) = \dots = \text{Im}(b^5).

Soit y∈Vy \in V. Il existe z∈Cnz \in \mathbb{C}^n tel que y=b5(z)y = b^5(z). Alors :

a(y)=a(b5(z))=b(z)+b3(a(b2(z)))a(y) = a(b^5(z)) = b(z) + b^3(a(b^2(z)))

Puisque b(z)∈Im(b)b(z) \in \text{Im}(b) et b3(… )∈Im(b3)⊂Im(b)b^3(\dots) \in \text{Im}(b^3) \subset \text{Im}(b), on en déduit que a(y)∈Va(y) \in V. Ainsi, l'espace VV est stable par aa. Notons u=a∣Vu = a_{|V} l'endomorphisme induit.

Étape 3 : Utilisation de la trace.

Sur le sous-espace VV, la relation devient :

u∘v5−v3∘u∘v2=vu \circ v^5 - v^3 \circ u \circ v^2 = v

Comme vv est inversible sur VV, on peut composer par v−1v^{-1} à droite :

u∘v4−v3∘u∘v=idVu \circ v^4 - v^3 \circ u \circ v = \text{id}_V

Calculons la trace de l'élément de gauche. Par linéarité de la trace :

Tr(u∘v4−v3∘u∘v)=Tr(u∘v4)−Tr(v3∘u∘v)\text{Tr}(u \circ v^4 - v^3 \circ u \circ v) = \text{Tr}(u \circ v^4) - \text{Tr}(v^3 \circ u \circ v)

Par commutativité de la trace (Tr(XY)=Tr(YX)\text{Tr}(XY) = \text{Tr}(YX)), on a :

Tr(v3∘(u∘v))=Tr((u∘v)∘v3)=Tr(u∘v4)\text{Tr}(v^3 \circ (u \circ v)) = \text{Tr}((u \circ v) \circ v^3) = \text{Tr}(u \circ v^4)

On en déduit :

Tr(idV)=Tr(u∘v4)−Tr(u∘v4)=0\boxed{\text{Tr}(\text{id}_V) = \text{Tr}(u \circ v^4) - \text{Tr}(u \circ v^4) = 0}

Or, la trace de l'identité sur VV est égale à la dimension de VV. On a donc dim⁡V=0\dim V = 0. Cela implique que Im(b)={0}\text{Im}(b) = \{0\}, et par conséquent :

b=0soitB=0\boxed{b = 0   \text{soit}   B = 0}

L'erreur classique serait de composer par B−1B^{-1} dès le début sans justifier que BB est inversible. En général, BB n'est pas inversible sur Cn\mathbb{C}^n, d'où la nécessité de restreindre l'étude à l'image de BB.