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Soit EE un espace vectoriel de dimension finie n≥1n \geq 1 sur le corps C\mathbb{C}. Pour tout endomorphisme f∈L(E)f \in \mathcal{L}(E), on définit son commutant par :

C(f)={g∈L(E)∣g∘f=f∘g}C(f) = \{ g \in \mathcal{L}(E) \mid g \circ f = f \circ g \}
On définit ensuite son bicommutant C2(f)C^2(f) comme l'ensemble des endomorphismes qui commutent avec tous les éléments de C(f)C(f) :
C2(f)={h∈L(E)∣∀g∈C(f),h∘g=g∘h}C^2(f) = \{ h \in \mathcal{L}(E) \mid \forall g \in C(f), h \circ g = g \circ h \}
Démontrer que le bicommutant de ff est exactement l'algèbre des polynômes en ff :
C2(f)=C[f]\boxed{C^2(f) = \mathbb{C}[f]}

1.

L'inclusion C[f]⊆C2(f)\mathbb{C}[f] \subseteq C^2(f) est immédiate par la définition du commutant.

2.

Pour l'inclusion réciproque, on pourra utiliser l'existence d'un vecteur x0∈Ex_0 \in E tel que son polynôme minimal local soit égal au polynôme minimal de ff, noté μf\mu_f.

3.

Montrer que pour tout y∈Ey \in E, il existe un endomorphisme g∈C(f)g \in C(f) tel que g(x0)=yg(x_0) = y. On pourra admettre que si E0=Vect{fk(x0),k∈N}E_0 = \text{Vect}\{f^k(x_0), k \in \mathbb{N}\}, alors il existe un supplémentaire de E0E_0 stable par ff.

Idées clés

•

Double inclusion : l'une est triviale, l'autre repose sur la structure de EE comme C[f]\mathbb{C}[f]-module.

•

Utilisation d'un vecteur "maximal" x0x_0 dont l'orbite engendre un espace de dimension égale au degré du polynôme minimal μf\mu_f.

•

Construction d'un commutant gg envoyant x0x_0 sur n'importe quel yy.

Résolution.

  1. Preuve de l'inclusion C[f]⊆C2(f)\mathbb{C[f] \subseteq C^2(f) :} Soit h∈C[f]h \in \mathbb{C}[f]. Il existe un polynôme P∈C[X]P \in \mathbb{C}[X] tel que h=P(f)h = P(f). Soit g∈C(f)g \in C(f). Par définition, gg commute avec ff, donc gg commute avec toutes les puissances de ff, et par linéarité, gg commute avec P(f)P(f). Ainsi, h∘g=g∘hh \circ g = g \circ h pour tout g∈C(f)g \in C(f), ce qui montre :
    C[f]⊆C2(f)\boxed{\mathbb{C}[f] \subseteq C^2(f)}

  2. Preuve de l'inclusion C2(f)⊆C[f]C^2(f) \subseteq \mathbb{C[f] :} Soit h∈C2(f)h \in C^2(f). D'après un résultat classique de réduction (souvent lié au théorème de décomposition cyclique), il existe un vecteur x0∈Ex_0 \in E tel que le polynôme minimal local μf,x0\mu_{f,x_0} soit égal au polynôme minimal global μf\mu_f. Soit E0=Vect{fk(x0)∣k∈N}E_0 = \text{Vect}\{f^k(x_0) \mid k \in \mathbb{N}\}. On sait qu'il existe un supplémentaire WW de E0E_0 qui est stable par ff :
    E=E0⊕WE = E_0 \oplus W
    Comme h∈C2(f)h \in C^2(f) et que le projecteur sur E0E_0 parallèlement à WW (noté pE0p_{E_0}) appartient à C(f)C(f) (car E0E_0 et WW sont stables par ff), alors hh commute avec pE0p_{E_0}. Ceci implique que h(E0)⊆E0h(E_0) \subseteq E_0. En particulier, h(x0)∈E0h(x_0) \in E_0. Par définition de E0E_0, il existe donc un polynôme P∈C[X]P \in \mathbb{C}[X] tel que :
    h(x0)=P(f)(x0)\boxed{h(x_0) = P(f)(x_0)}
    Montrons maintenant que h=P(f)h = P(f). Soit yy un vecteur quelconque de EE. Considérons l'application g0:E0→Eg_0 : E_0 \to E définie par g0(Q(f)x0)=Q(f)yg_0(Q(f)x_0) = Q(f)y. Cette application est bien définie car si Q(f)x0=0Q(f)x_0 = 0, alors μf,x0=μf\mu_{f,x_0} = \mu_f divise QQ, donc Q(f)=0L(E)Q(f) = 0_{\mathcal{L}(E)} et par suite Q(f)y=0Q(f)y = 0. De plus, g0g_0 commute avec ff sur E0E_0. On peut étendre g0g_0 en un endomorphisme g∈L(E)g \in \mathcal{L}(E) en posant g∣W=0g_{|W} = 0. Comme WW est stable par ff, on vérifie aisément que g∈C(f)g \in C(f). Par construction, nous avons g(x0)=yg(x_0) = y. Puisque h∈C2(f)h \in C^2(f), hh commute avec gg :
    h(y)=h(g(x0))=g(h(x0))h(y) = h(g(x_0)) = g(h(x_0))
    En utilisant la relation h(x0)=P(f)x0h(x_0) = P(f)x_0, il vient :
    h(y)=g(P(f)x0)=P(f)g(x0)=P(f)yh(y) = g(P(f)x_0) = P(f)g(x_0) = P(f)y
    Cette égalité étant vraie pour tout y∈Ey \in E, on en conclut que h=P(f)h = P(f), d'où :
    h∈C[f]\boxed{h \in \mathbb{C}[f]}

Une erreur classique consiste à penser que C(f)=C[f]C(f) = \mathbb{C}[f] pour tout ff. C'est faux : cette égalité n'est vraie que si ff est un endomorphisme cyclique (son polynôme minimal est égal à son polynôme caractéristique). Le théorème du bicommutant, lui, est vrai pour tout ff.