WikiPrépaLivrets

Soient a,b∈Ra, b \in \mathbb{R}. On considère la matrice B=(mi,j)1≤i,j≤n∈Mn(R)B = (m_{i,j})_{1 \le i,j \le n} \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) définie par :

mi,j={asi i+j=n+1bsinonm_{i,j} = \begin{cases} a & \text{si } i+j = n+1
b & \text{sinon} \end{cases}
On note KK la matrice de permutation ayant des 1 sur la diagonale secondaire (i+j=n+1i+j=n+1) et des 0 ailleurs, et JJ la matrice dont tous les coefficients valent 1.

  1. Exprimer BB en fonction de In,JI_n, J et KK.
  2. Étudier les propriétés des matrices JJ et KK (carré, produits, commutativité).
  3. En déduire une base de vecteurs propres commune à JJ et KK.
  4. Déterminer le spectre de BB et sa nature (est-elle diagonalisable ?).

1.

Vérifier que B=bJ+(a−b)KB = bJ + (a-b)K.

2.

Calculer K2K^2 et remarquer que JK=KJ=JJK = KJ = J.

3.

Utiliser le fait que KK est une symétrie qui commute avec JJ. Les sous-espaces propres de KK (vecteurs symétriques et antisymétriques) sont stables par JJ.

Idées clés

•

Codiagonalisation de deux matrices qui commutent.

•

Utilisation des symétries (matrices de permutation de la diagonale secondaire).

•

Décomposition de l'espace selon les vecteurs fixes et transformés par KK.

Résolution.

  1. La matrice KK possède des 1 uniquement là où mi,j=am_{i,j} = a. La matrice JJ possède des 1 partout. On remarque alors que :
    B=bJ+(a−b)K\boxed{B = bJ + (a-b)K}

  2. On vérifie par le calcul que K2=InK^2 = I_n (c'est une matrice de permutation associée à un produit de transpositions). De plus, multiplier une matrice par KK à gauche revient à renverser l'ordre des lignes, et à droite l'ordre des colonnes. Comme toutes les lignes de JJ sont identiques, renverser leur ordre ne change pas JJ.
    KJ=JK=J\boxed{KJ = JK = J}
    Ainsi, JJ et KK commutent.

  3. Puisque JJ et KK commutent et sont diagonalisables (car symétriques réelles), elles sont codiagonalisables. Cherchons des vecteurs propres communs :
    • Soit U=(1,…,1)TU = (1, \dots, 1)^T. On a JU=nUJU = nU et KU=UKU = U.
    • Soit H=Ker(J)={X∣∑xi=0}H = \text{Ker}(J) = \{ X \mid \sum x_i = 0 \}. Comme KJ=JKJ = J, KK stabilise HH.
    • Sur HH, KK agit comme une symétrie (K2=IK^2 = I). On décompose H=H+⊕H−H = H_+ \oplus H_- où :
      H+={X∈H∣KX=X}etH−={X∈H∣KX=−X}H_+ = \{ X \in H \mid KX = X \}   \text{et}   H_- = \{ X \in H \mid KX = -X \}
    Pour tout X∈H+X \in H_+, JX=0JX = 0 et KX=XKX = X. Pour tout X∈H−X \in H_-, JX=0JX = 0 et KX=−XKX = -X.

  4. D'après la décomposition précédente, les valeurs propres de BB sont :
    • Pour UU : λ=bn+(a−b)=a+(n−1)b\lambda = bn + (a-b) = \boxed{a + (n-1)b}.
    • Pour X∈H+X \in H_+ : λ=b⋅0+(a−b)⋅1=a−b\lambda = b \cdot 0 + (a-b) \cdot 1 = \boxed{a-b}.
    • Pour X∈H−X \in H_- : λ=b⋅0+(a−b)⋅(−1)=b−a\lambda = b \cdot 0 + (a-b) \cdot (-1) = \boxed{b-a}.
    Déterminons les dimensions. L'espace des vecteurs vérifiant KX=XKX=X est de dimension ⌈n/2⌉\lceil n/2 \rceil. Comme UU appartient à cet espace, dim(H+)=⌈n/2⌉−1\text{dim}(H_+) = \lceil n/2 \rceil - 1. L'espace des vecteurs vérifiant KX=−XKX=-X est de dimension ⌊n/2⌋\lfloor n/2 \rfloor. Comme ces vecteurs ont une somme de coefficients nulle par symétrie, ils sont tous dans HH, donc dim(H−)=⌊n/2⌋\text{dim}(H_-) = \lfloor n/2 \rfloor. Vérification : 1+(⌈n/2⌉−1)+⌊n/2⌋=n1 + (\lceil n/2 \rceil - 1) + \lfloor n/2 \rfloor = n. La matrice BB possède une base de vecteurs propres, elle est donc diagonalisable.

Le piège ici est de penser que BB se comporte exactement comme M(a,b)M(a,b). La présence de KK (symétrie) au lieu de InI_n change la structure du spectre en introduisant la valeur propre b−ab-a.