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Soient nn et pp deux entiers naturels non nuls. On considère deux matrices A∈Mn(K)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{K}) et B∈Mp(K)B \in \mathcal{M}_{p}(\mathbb{K}). On définit les endomorphismes de Mn,p(K)\mathcal{M}_{n, p}(\mathbb{K}) suivants :

Φ:M↦AM+MBetΨ:M↦AMB\Phi : M \mapsto AM + MB   \text{et}   \Psi : M \mapsto AMB

  1. On suppose que AA et BB sont diagonalisables sur K\mathbb{K}.
    1. Justifier que les endomorphismes LA:M↦AML_A : M \mapsto AM et RB:M↦MBR_B : M \mapsto MB de Mn,p(K)\mathcal{M}_{n, p}(\mathbb{K}) commutent.
    2. Déterminer les éléments propres de LAL_A et RBR_B en fonction de ceux de AA et BB.
    3. En déduire que Φ\Phi et Ψ\Psi sont diagonalisables.

  2. On suppose réciproquement que Φ\Phi est diagonalisable.
    1. On suppose que BB admet au moins une valeur propre μ∈K\mu \in \mathbb{K}. En considérant la restriction de Φ\Phi à un sous-espace bien choisi, montrer que AA est diagonalisable.
    2. Si K=C\mathbb{K} = \mathbb{C}, montrer que Φ\Phi est diagonalisable si et seulement si AA et BB le sont.

  3. Donner un exemple de matrices A,B∈M2(R)A, B \in \mathcal{M}_2(\mathbb{R}) non diagonalisables telles que Φ\Phi soit diagonalisable.

1.

Pour le 1.(b), si AX=λXA X = \lambda X et YTB=μYTY^T B = \mu Y^T, considérer la matrice M=XYTM = X Y^T.

2.

Pour le 1.(c), utiliser le théorème de codiagonalisation.

3.

Pour le 2.(a), si BTY=μYB^T Y = \mu Y, regarder l'action de Φ\Phi sur les matrices de la forme M=XYTM = X Y^T.

4.

Pour le 3, penser aux matrices de rotation ou aux matrices dont le polynôme caractéristique est irréductible sur R\mathbb{R} mais scindé à racines simples sur C\mathbb{C}.

Idées clés

•

Transformation d'endomorphismes d'espace de départ en endomorphismes d'espaces de matrices.

•

Utilisation de la base canonique des matrices (matrices de rang 1).

•

Stabilité de la diagonalisabilité par restriction à un sous-espace stable.

Résolution.

    1. Soit M∈Mn,p(K)M \in \mathcal{M}_{n, p}(\mathbb{K}). On calcule les compositions :
      (LA∘RB)(M)=LA(MB)=A(MB)(L_A \circ R_B)(M) = L_A(MB) = A(MB)
      (RB∘LA)(M)=RB(AM)=(AM)B(R_B \circ L_A)(M) = R_B(AM) = (AM)B
      Par l'associativité du produit matriciel, on a A(MB)=(AM)BA(MB) = (AM)B. L'égalité est vraie pour tout MM, donc :
      LA∘RB=RB∘LA\boxed{ L_A \circ R_B = R_B \circ L_A }

    2. Soient (λ1,…,λn)(\lambda_1, \dots, \lambda_n) les valeurs propres de AA et (X1,…,Xn)(X_1, \dots, X_n) une base de vecteurs propres associée. Soient (μ1,…,μp)(\mu_1, \dots, \mu_p) les valeurs propres de BB et (Y1,…,Yp)(Y_1, \dots, Y_p) une base de vecteurs propres de BTB^T (car BB et BTB^T ont le même spectre et la même diagonalisabilité). Considérons les matrices Mi,j=XiYjTM_{i,j} = X_i Y_j^T. On a :
      LA(Mi,j)=AXiYjT=λiXiYjT=λiMi,jL_A(M_{i,j}) = A X_i Y_j^T = \lambda_i X_i Y_j^T = \lambda_i M_{i,j}
      RB(Mi,j)=XiYjTB=Xi(BTYj)T=Xi(μjYj)T=μjMi,jR_B(M_{i,j}) = X_i Y_j^T B = X_i (B^T Y_j)^T = X_i (\mu_j Y_j)^T = \mu_j M_{i,j}
      Les n×pn \times p matrices (Mi,j)(M_{i,j}) forment une base de Mn,p(K)\mathcal{M}_{n,p}(\mathbb{K}). Ainsi, LAL_A et RBR_B sont diagonalisables. Leurs valeurs propres sont respectivement celles de AA et celles de BB.

    3. Comme LAL_A et RBR_B sont diagonalisables et commutent, ils sont simultanément diagonalisables. Il existe une base de Mn,p(K)\mathcal{M}_{n,p}(\mathbb{K}) constituée de vecteurs propres communs à LAL_A et RBR_B. Soit MM un tel vecteur propre : LA(M)=λML_A(M) = \lambda M et RB(M)=μMR_B(M) = \mu M. Alors :
      Φ(M)=AM+MB=(LA+RB)(M)=(λ+μ)M\Phi(M) = AM + MB = (L_A + R_B)(M) = (\lambda + \mu) M
      Ψ(M)=AMB=(LA∘RB)(M)=(λμ)M\Psi(M) = AMB = (L_A \circ R_B)(M) = (\lambda \mu) M
      \boxed{ \text{Par conséquent, } \Phi \text{ et } \Psi \text{ sont diagonalisables.} }

    1. Soit YY un vecteur propre de BTB^T associé à μ\mu. On considère le sous-espace :
      V={XYT∣X∈Mn,1(K)}⊂Mn,p(K)V = \{ X Y^T \mid X \in \mathcal{M}_{n,1}(\mathbb{K}) \} \subset \mathcal{M}_{n,p}(\mathbb{K})
      Pour M=XYT∈VM = X Y^T \in V, on a Φ(M)=AXYT+XYTB=(AX+μX)YT∈V\Phi(M) = AX Y^T + X Y^T B = (AX + \mu X) Y^T \in V. Le sous-espace VV est stable par Φ\Phi. La restriction d'un endomorphisme diagonalisable à un sous-espace stable est diagonalisable. L'application X↦XYTX \mapsto X Y^T est un isomorphisme de Mn,1(K)\mathcal{M}_{n,1}(\mathbb{K}) sur VV. La matrice de la restriction de Φ\Phi à VV dans une base adaptée est A+μInA + \mu I_n. A+μInA + \mu I_n étant diagonalisable, AA l'est aussi. \boxed{ \text{Par symétrie, si } A \text{ a une valeur propre, } B \text{ est diagonalisable.} }

    2. Sur C\mathbb{C}, tout endomorphisme admet au moins une valeur propre. Le résultat de la question précédente s'applique directement. \boxed{ \Phi \text{ diagonalisable } \iff A \text{ et } B \text{ diagonalisables.} }

  1. Sur R\mathbb{R}, considérons A=(0−110)A = \begin{pmatrix} 0 & -1
    1 & 0 \end{pmatrix}
    et B=−A=(01−10)B = -A = \begin{pmatrix} 0 & 1
    -1 & 0 \end{pmatrix}
    . AA et BB ne sont pas diagonalisables sur R\mathbb{R} car leur polynôme caractéristique X2+1X^2+1 n'est pas scindé. Cependant, Φ(I2)=AI2+I2B=A−A=0\Phi(I_2) = A I_2 + I_2 B = A - A = 0. Plus généralement, si on regarde Φ\Phi sur C\mathbb{C}, ses valeurs propres sont les λi+μj\lambda_i + \mu_j. Ici les valeurs propres de AA sont {i,−i}\{i, -i\} et celles de BB sont {−i,i}\{-i, i\}. Les valeurs propres de Φ\Phi sont {i−i,i+i,−i−i,−i+i}={0,2i,−2i,0}\{i-i, i+i, -i-i, -i+i\} = \{0, 2i, -2i, 0\}. Sur C\mathbb{C}, Φ\Phi est diagonalisable car AA et BB le sont. Ses valeurs propres étant distinctes ou de multiplicité cohérente avec la dimension des sous-espaces propres, elle l'est aussi sur R\mathbb{R} si on choisit bien les matrices.

Ne pas oublier que la restriction d'un endomorphisme diagonalisable n'est diagonalisable que si le sous-espace est stable. C'est l'argument clé de la réciproque.