WikiPrépaLivrets

Soit (G,+)(G, +) un groupe abélien fini de cardinal nn. On s'intéresse à l'espace vectoriel E=F(G,C)E = \mathcal{F}(G, \mathbb{C}) des fonctions de GG dans C\mathbb{C}. Pour tout élément g∈Gg \in G, on définit l'application Tg:E→ET_g : E \to E par :

∀f∈E,∀x∈G,Tg(f)(x)=f(x+g)\forall f \in E, \forall x \in G,   T_g(f)(x) = f(x + g)
On appelle caractère de GG tout morphisme de groupes de (G,+)(G, +) dans (C∗,×)(\mathbb{C}^*, \times). On note G^\widehat{G} l'ensemble de ces caractères.

  1. Justifier que pour tout g∈Gg \in G, il existe k∈N∗k \in \mathbb{N}^* tel que k⋅g=0Gk \cdot g = 0_G (où 0G0_G est le neutre de GG).
  2. Montrer que pour tout g∈Gg \in G, TgT_g est un endomorphisme de EE.
  3. Établir que la famille d'endomorphismes (Tg)g∈G(T_g)_{g \in G} est une famille d'endomorphismes qui commutent deux à deux et qui sont tous diagonalisables.
  4. En déduire qu'il existe une base de EE constituée de vecteurs propres communs à tous les TgT_g.
  5. Soit ff un vecteur propre commun aux (Tg)g∈G(T_g)_{g \in G} non nul.
    1. Montrer qu'il existe un caractère χ∈G^\chi \in \widehat{G} tel que ff soit proportionnel à χ\chi.
    2. En déduire que les éléments de G^\widehat{G} forment une base de EE.
  6. Déterminer le cardinal de G^\widehat{G}.

1.

Pour la question 1, utiliser le fait que GG est fini (ou le théorème de Lagrange).

2.

Pour la diagonalisabilité, trouver un polynôme annulateur scindé à racines simples en utilisant la relation Tk⋅gT_{k \cdot g}.

3.

Pour la question 5, si Tg(f)=λgfT_g(f) = \lambda_g f, évaluer cette relation en 0G0_G pour exprimer f(g)f(g).

4.

Pour l'indépendance linéaire des caractères, on peut utiliser le fait que ce sont des vecteurs propres associés à des valeurs propres distinctes (ou un argument classique sur les caractères).

Idées clés

•

Diagonalisation par polynôme annulateur (Xk−1X^k - 1).

•

Codiagonalisation de familles commutantes.

•

Identification des sous-espaces propres communs avec les structures de caractères.

Résolution.

  1. Puisque le groupe GG est fini, pour tout élément g∈Gg \in G, l'ensemble {m⋅g∣m∈N∗}\{m \cdot g \mid m \in \mathbb{N}^*\} est fini. Par principe des tiroirs, il existe m1<m2m_1 < m_2 tels que m1⋅g=m2⋅gm_1 \cdot g = m_2 \cdot g, d'où (m2−m1)⋅g=0G(m_2 - m_1) \cdot g = 0_G. En posant k=m2−m1∈N∗k = m_2 - m_1 \in \mathbb{N}^*, on a bien :
    k⋅g=0G\boxed{k \cdot g = 0_G}

  2. La linéarité de TgT_g découle de la structure d'espace vectoriel de F(G,C)\mathcal{F}(G, \mathbb{C}). Pour tous f1,f2∈Ef_1, f_2 \in E et λ∈C\lambda \in \mathbb{C}, on a pour tout x∈Gx \in G :
    Tg(λf1+f2)(x)=(λf1+f2)(x+g)=λf1(x+g)+f2(x+g)T_g(\lambda f_1 + f_2)(x) = (\lambda f_1 + f_2)(x+g) = \lambda f_1(x+g) + f_2(x+g)
    Ce qui correspond exactement à λTg(f1)(x)+Tg(f2)(x)\lambda T_g(f_1)(x) + T_g(f_2)(x).

  3. Soient g,h∈Gg, h \in G. On calcule la composée pour f∈Ef \in E et x∈Gx \in G :
    Tg(Th(f))(x)=Th(f)(x+g)=f(x+g+h)T_g(T_h(f))(x) = T_h(f)(x+g) = f(x+g+h)
    Comme GG est abélien, x+g+h=x+h+gx+g+h = x+h+g. On obtient donc :
    Tg∘Th=Th∘Tg\boxed{T_g \circ T_h = T_h \circ T_g}
    De plus, d'après la question 1, il existe k∈N∗k \in \mathbb{N}^* tel que k⋅g=0Gk \cdot g = 0_G. On remarque que Tgk=Tk⋅g=T0G=IdET_g^k = T_{k \cdot g} = T_{0_G} = \text{Id}_E. L'endomorphisme TgT_g est donc annulé par le polynôme P(X)=Xk−1P(X) = X^k - 1. Ce polynôme est scindé à racines simples sur C\mathbb{C} (les racines kk-ièmes de l'unité). Par critère polynomial, on en déduit :
    ∀g∈G,Tg est diagonalisable\boxed{\forall g \in G, T_g \text{ est diagonalisable}}

  4. La famille (Tg)g∈G(T_g)_{g \in G} est une famille d'endomorphismes d'un espace de dimension finie qui commutent deux à deux et sont tous diagonalisables. D'après le cours sur la coréduction, il existe une base de EE formée de vecteurs propres communs à tous les TgT_g.

    1. Soit f≠0f \neq 0 un vecteur propre commun. Pour tout g∈Gg \in G, il existe λg∈C\lambda_g \in \mathbb{C} tel que Tg(f)=λgfT_g(f) = \lambda_g f. Cela signifie que pour tout x∈Gx \in G, f(x+g)=λgf(x)f(x+g) = \lambda_g f(x). En fixant x=0Gx = 0_G, on obtient f(g)=λgf(0G)f(g) = \lambda_g f(0_G). Si f(0G)=0f(0_G) = 0, alors f(g)=0f(g) = 0 pour tout gg, ce qui contredit f≠0f \neq 0. Posons χ(g)=λg\chi(g) = \lambda_g. Comme f=f(0G)χf = f(0_G) \chi, on a ff proportionnel à χ\chi. Vérifions que χ∈G^\chi \in \widehat{G}. On a f(x+g)=χ(g)f(x)f(x+g) = \chi(g)f(x). En remplaçant ff par f(0G)χf(0_G)\chi, on a :
      χ(x+g)=χ(x)χ(g)\chi(x+g) = \chi(x)\chi(g)
      De plus, χ(0G)=1\chi(0_G) = 1 car f(0G)=χ(0G)f(0G)f(0_G) = \chi(0_G)f(0_G) et f(0G)≠0f(0_G) \neq 0. Comme χ(g)χ(−g)=χ(0G)=1\chi(g)\chi(-g) = \chi(0_G) = 1, χ(g)\chi(g) ne s'annule jamais. Ainsi χ\chi est un morphisme de GG dans C∗\mathbb{C}^*.
    2. D'après la question 4, il existe une base B=(f1,…,fn)\mathcal{B} = (f_1, \dots, f_n) de vecteurs propres communs. Chaque fif_i est proportionnel à un caractère χi∈G^\chi_i \in \widehat{G} d'après (a). La famille (χ1,…,χn)(\chi_1, \dots, \chi_n) est donc une famille génératrice de EE constituée de caractères. Par ailleurs, des caractères distincts sont linéairement indépendants (théorème d'Artin ou propriété des vecteurs propres associés à des valeurs propres distinctes). Ainsi, la famille des caractères forme une base de EE.

  5. Puisque G^\widehat{G} forme une base de EE, son cardinal est égal à la dimension de EE. On sait que dim⁡E=dim⁡F(G,C)=card(G)=n\dim E = \dim \mathcal{F}(G, \mathbb{C}) = \text{card}(G) = n. On conclut donc :
    card(G^)=card(G)\boxed{\text{card}(\widehat{G}) = \text{card}(G)}

Attention à ne pas oublier de justifier que f(0G)≠0f(0_G) \neq 0. Si ff est un vecteur propre, il est non nul, mais il pourrait a priori s'annuler en 0G0_G. Le calcul f(g)=λgf(0G)f(g) = \lambda_g f(0_G) montre que si f(0G)=0f(0_G)=0, alors ff est la fonction nulle.