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On considère des sous-groupes finis du groupe linéaire GLn(C)\mathrm{GL}_n(\mathbb{C}).

  1. Soit GG un sous-groupe abélien fini de GLn(C)\mathrm{GL}_n(\mathbb{C}).
    1. Démontrer qu'il existe une base de Cn\mathbb{C}^n dans laquelle toutes les matrices de GG sont diagonales.
    2. En déduire l'existence de nn applications λ1,,λn\lambda_1, \dots, \lambda_n de GG dans C\mathbb{C}^* telles que pour tout gGg \in G :
      g=Pdiag(λ1(g),,λn(g))P1g = P \mathrm{diag}(\lambda_1(g), \dots, \lambda_n(g)) P^{-1}

  2. Déterminer le plus grand entier kk tel que GLn(C)\mathrm{GL}_n(\mathbb{C}) contienne un sous-groupe isomorphe au groupe de Klein (Z/2Z)k(\mathbb{Z}/2\mathbb{Z})^k.

  3. Soient d1,d2,,dpd_1, d_2, \dots, d_p des entiers supérieurs ou égaux à 2 tels que d1d2dpd_1 | d_2 | \dots | d_p. Quel est le plus petit entier nn tel que GLn(C)\mathrm{GL}_n(\mathbb{C}) contienne un sous-groupe isomorphe à i=1pZ/diZ\prod_{i=1}^p \mathbb{Z}/d_i\mathbb{Z} ?

  4. Soit GG un sous-groupe abélien fini de GLn(C)\mathrm{GL}_n(\mathbb{C}). On fait agir GG sur le corps des fonctions rationnelles C(X1,,Xn)\mathbb{C}(X_1, \dots, X_n) par gF=Fgg \cdot F = F \circ g. On définit l'ensemble des fonctions invariantes C(X1,,Xn)G={FC(X)gG,gF=F}\mathbb{C}(X_1, \dots, X_n)^G = \{ F \in \mathbb{C}(X) \mid \forall g \in G, g \cdot F = F \}. En utilisant les fonctions λi\lambda_i, montrer qu'il existe nn fonctions rationnelles T1,,TnT_1, \dots, T_n algébriquement indépendantes telles que C(X1,,Xn)G=C(T1,,Tn)\mathbb{C}(X_1, \dots, X_n)^G = \mathbb{C}(T_1, \dots, T_n).

1.

Pour la codiagonalisation, utiliser le fait que chaque gGg \in G est d'ordre fini, donc diagonalisable sur C\mathbb{C}.

2.

Un sous-groupe de matrices diagonales est isomorphe à un sous-groupe de (C)n(\mathbb{C}^*)^n.

3.

Pour la question 3, utiliser la structure des groupes abéliens finis et le rang du groupe (nombre minimal de générateurs).

4.

Pour la question 4, se ramener par changement de base au cas où GG est formé de matrices diagonales. Les fonctions invariantes sont alors liées à un sous-groupe de Zn\mathbb{Z}^n.

Idées clés

Diagonalisabilité des éléments d'ordre fini sur C\mathbb{C}.

Morphisme vers (C)n(\mathbb{C}^*)^n via la codiagonalisation.

Lien entre actions de groupes et invariants algébriques.

Résolution.

    1. Soit gGg \in G. Comme GG est fini, il existe NNN \in \mathbb{N}^* tel que gN=Ing^N = I_n. Le polynôme XN1X^N-1, scindé à racines simples sur C\mathbb{C}, annule gg. Chaque gg est donc diagonalisable. Comme GG est abélien, tous ses éléments commutent. Par un résultat classique de cours, une famille d'endomorphismes diagonalisables qui commutent est simultanément diagonalisable.
      PGLn(C),gG,P1gP est diagonale\boxed{\exists P \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{C}), \forall g \in G, P^{-1}gP \text{ est diagonale}}

    2. En notant D(g)=P1gPD(g) = P^{-1}gP, les coefficients diagonaux de D(g)D(g) définissent nn applications λi:GC\lambda_i : G \to \mathbb{C}^*. Ces applications sont des caractères de GG car D(gh)=D(g)D(h)D(gh) = D(g)D(h) implique λi(gh)=λi(g)λi(h)\lambda_i(gh) = \lambda_i(g)\lambda_i(h).

  1. D'après ce qui précède, tout sous-groupe fini abélien de GLn(C)\mathrm{GL}_n(\mathbb{C}) est isomorphe à un sous-groupe de (C)n(\mathbb{C}^*)^n (le groupe des matrices diagonales inversibles). (Z/2Z)k(\mathbb{Z}/2\mathbb{Z})^k s'injecte dans (C)n(\mathbb{C}^*)^n si et seulement si knk \leq n. En effet, le groupe des éléments d'ordre 2 de (C)n(\mathbb{C}^*)^n est ({1,1})n(\{-1, 1\})^n, qui est isomorphe à (Z/2Z)n(\mathbb{Z}/2\mathbb{Z})^n.
    kmax=n\boxed{k_{\max} = n}

  2. Le groupe H=i=1pZ/diZH = \prod_{i=1}^p \mathbb{Z}/d_i\mathbb{Z} possède une famille génératrice minimale de pp éléments (son rang est pp). Comme HH s'injecte dans (C)n(\mathbb{C}^*)^n, et que tout sous-groupe fini de (C)n(\mathbb{C}^*)^n est de rang au plus nn, on doit avoir pnp \leq n. Réciproquement, si n=pn=p, on peut envoyer chaque générateur de Z/diZ\mathbb{Z}/d_i\mathbb{Z} sur la matrice diag(1,,e2iπ/di,,1)\mathrm{diag}(1, \dots, e^{2i\pi/d_i}, \dots, 1).
    nmin=p\boxed{n_{\min} = p}

  3. Quitte à effectuer un changement de variables (changement de base de EE), on suppose que les éléments de GG sont des matrices diagonales g=diag(λ1(g),,λn(g))g = \mathrm{diag}(\lambda_1(g), \dots, \lambda_n(g)). Un monôme Xα=X1α1XnαnX^\alpha = X_1^{\alpha_1} \dots X_n^{\alpha_n} est invariant par gg si λi(g)αi=1\prod \lambda_i(g)^{\alpha_i} = 1. Soit Γ={αZngG,λi(g)αi=1}\Gamma = \{ \alpha \in \mathbb{Z}^n \mid \forall g \in G, \prod \lambda_i(g)^{\alpha_i} = 1 \}. C'est un sous-groupe de Zn\mathbb{Z}^n d'indice fini G|G|. D'après la théorie des réseaux (ou des groupes abéliens de type fini), Γ\Gamma est libre de rang nn. Soit (β(1),,β(n))(\beta^{(1)}, \dots, \beta^{(n)}) une base de Γ\Gamma. On pose Tj=Xβ(j)T_j = X^{\beta^{(j)}}. Ces fonctions sont invariantes et on montre qu'elles engendrent le corps des invariants.
    C(X)G=C(T1,,Tn)\boxed{\mathbb{C}(X)^G = \mathbb{C}(T_1, \dots, T_n)}

Dans la question 3, ne pas confondre le cardinal du groupe et son rang. Un groupe cyclique très grand (cardinal 1010010^{100}) peut tenir dans GL1(C)\mathrm{GL}_1(\mathbb{C}), alors qu'un petit groupe comme (Z/2Z)3(\mathbb{Z}/2\mathbb{Z})^3 nécessite n3n \geq 3.