WikiPrépaLivrets

Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. On considère GG un sous-groupe fini du groupe linéaire GLn(C)\mathrm{GL}_{n}(\mathbb{C}). On suppose que le groupe GG est commutatif, c'est-à-dire que pour tout (M,N)∈G2(M, N) \in G^2, on a MN=NMMN = NM.

Montrer qu'il existe une matrice de passage P∈GLn(C)P \in \mathrm{GL}_{n}(\mathbb{C}) telle que, pour tout élément MM de GG, la matrice P−1MPP^{-1} M P soit diagonale.

1.

Commencer par justifier que chaque matrice M∈GM \in G est individuellement diagonalizable en utilisant le fait que GG est de cardinal fini.

2.

Utiliser le théorème de Lagrange ou la structure de groupe pour exhiber un polynôme annulateur simple.

3.

Procéder par récurrence sur la dimension nn de l'espace, en exploitant la stabilité des sous-espaces propres par des endomorphismes qui commutent.

Idées clés

•

Lien entre l'ordre d'un élément dans un groupe fini et son caractère diagonalizable.

•

Propriété de stabilité des sous-espaces propres par un endomorphisme qui commute.

•

Raisonnement par récurrence sur la dimension de l'espace.

Résolution.

Étape 1 : Diagonalisabilité individuelle des éléments de GG.

Soit M∈GM \in G. Puisque GG est un groupe fini, notons N=card(G)N = \text{card}(G) son ordre. D'après le théorème de Lagrange (ou simplement par structure de groupe fini), l'ordre de chaque élément divise NN.

On en déduit que :

MN=InM^N = I_n

Le polynôme P(X)=XN−1P(X) = X^N - 1 est donc un polynôme annulateur de la matrice MM. Or, dans C[X]\mathbb{C}[X], les racines de XN−1X^N - 1 sont les racines NN-ièmes de l'unité.

Ces racines sont au nombre de NN et sont toutes distinctes. Le polynôme PP est donc scindé à racines simples sur C\mathbb{C}.

Comme MM admet un polynôme annulateur scindé à racines simples, on conclut :

∀M∈G, M est diagonalizable dans Mn(C)\boxed{\forall M \in G, \text{ MM est diagonalizable dans } \mathcal{M}_n(\mathbb{C})}

Étape 2 : Codiagonalisation par récurrence sur la dimension.

Notons E=CnE = \mathbb{C}^n. On veut montrer qu'il existe une base de EE commune dans laquelle tous les endomorphismes associés aux matrices de GG sont diagonaux. Procédons par récurrence sur n≥1n \geq 1.

Initialisation : Pour n=1n=1, le résultat est trivial car toute matrice est diagonale.

Hérédité : Supposons le résultat vrai pour tout espace de dimension strictement inférieure à nn. Considérons deux cas possibles pour les éléments de GG :

Premier cas : Tous les éléments de GG sont des homothéties. Dans ce cas, n'importe quelle base de EE convient, car toute matrice de GG est déjà diagonale (et même scalaire).

Second cas : Il existe au moins une matrice M0∈GM_0 \in G qui n'est pas une homothétie. Puisque M0M_0 est diagonalizable, l'espace EE est la somme directe de ses sous-espaces propres :

E=⨁λ∈sp(M0)Eλ(M0)E = \bigoplus_{\lambda \in \text{sp}(M_0)} E_\lambda(M_0)

Comme M0M_0 n'est pas une homothétie, aucun sous-espace propre n'est égal à EE tout entier. On a donc :

∀λ∈sp(M0),1≤dim⁡(Eλ(M0))<n\forall \lambda \in \text{sp}(M_0),   1 \leq \dim(E_\lambda(M_0)) < n

Soit NN une matrice quelconque de GG. Comme GG est commutatif, NN et M0M_0 commutent. Un résultat classique du cours stipule que tout endomorphisme qui commute avec un autre stabilise ses sous-espaces propres. Ainsi, chaque Eλ(M0)E_\lambda(M_0) est stable par tous les éléments de GG.

Pour chaque λ∈sp(M0)\lambda \in \text{sp}(M_0), on peut considérer la famille de restrictions :

Gλ={N∣Eλ(M0)∣N∈G}G_\lambda = \{ N_{|E_\lambda(M_0)} \mid N \in G \}

GλG_\lambda est un sous-groupe commutatif fini de GL(Eλ(M0))\mathrm{GL}(E_\lambda(M_0)). Comme dim⁡(Eλ(M0))<n\dim(E_\lambda(M_0)) < n, on peut appliquer l'hypothèse de récurrence.

Il existe donc, pour chaque λ\lambda, une base Bλ\mathcal{B}_\lambda de Eλ(M0)E_\lambda(M_0) telle que toutes les restrictions soient diagonales. En concaténant ces bases, on obtient une base B=⋃Bλ\mathcal{B} = \bigcup \mathcal{B}_\lambda de EE.

Dans cette base, tout élément N∈GN \in G est représenté par une matrice diagonale par blocs (chaque bloc étant lui-même diagonal). La matrice NN est donc diagonale dans cette base commune.

Conclusion :

∃P∈GLn(C),∀M∈G,P−1MP est diagonale\boxed{\exists P \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{C}), \forall M \in G, P^{-1}MP \text{ est diagonale}}

Il ne suffit pas de dire que chaque matrice est diagonalizable. La commutativité est la clé pour assurer l'existence d'une base commune. Sans commutativité, on pourrait diagonaliser chaque matrice séparément, mais avec des matrices de passage PP différentes.