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Soit EE un espace vectoriel de dimension finie n≥1n \geq 1 sur un corps K\mathbb{K}. On rappelle qu'un endomorphisme est dit trigonalisable si son polynôme caractéristique est scindé sur K\mathbb{K}.

  1. Soient uu et vv deux endomorphismes de EE qui commutent (u∘v=v∘uu \circ v = v \circ u). On suppose que uu et vv sont trigonalisables.
    1. Montrer que uu et vv possèdent au moins un vecteur propre en commun.
    2. En déduire qu'il existe une base de EE dans laquelle les matrices de uu et vv sont toutes deux triangulaires supérieures.

  2. Soit F=(ui)i∈I\mathcal{F} = (u_i)_{i \in I} une famille (quelconque) d'endomorphismes de EE qui commutent deux à deux. On suppose que pour tout i∈Ii \in I, uiu_i est trigonalisable.
    1. Établir que les éléments de la famille F\mathcal{F} possèdent un vecteur propre commun.
    2. Démontrer qu'il existe une base de EE dans laquelle tous les endomorphismes de la famille F\mathcal{F} sont représentés par des matrices triangulaires supérieures.

1.

Pour la question 1.(a), utiliser la stabilité des sous-espaces propres de uu par vv et considérer la restriction de vv.

2.

Pour la trigonalisation simultanée, procéder par récurrence sur la dimension nn de l'espace EE.

3.

Pour une famille quelconque, on pourra utiliser une récurrence sur la dimension de l'espace en montrant qu'un sous-espace stable commun de dimension plus petite existe dès lors que l'un des endomorphismes n'est pas une homothétie.

Idées clés

•

Stabilité des sous-espaces propres par un endomorphisme qui commute.

•

Restriction d'un endomorphisme trigonalisable à un sous-espace stable.

•

Raisonnement par récurrence sur la dimension de l'espace.

Résolution.

    1. Puisque uu est trigonalisable, il admet au moins une valeur propre λ∈K\lambda \in \mathbb{K}. Soit Eλ(u)=ker⁡(u−λIdE)E_\lambda(u) = \ker(u - \lambda \text{Id}_E) le sous-espace propre associé. Montrons que Eλ(u)E_\lambda(u) est stable par vv. Soit x∈Eλ(u)x \in E_\lambda(u) :
      u(v(x))=(u∘v)(x)=(v∘u)(x)=v(u(x))=v(λx)=λv(x)u(v(x)) = (u \circ v)(x) = (v \circ u)(x) = v(u(x)) = v(\lambda x) = \lambda v(x)
      Ainsi, v(x)∈Eλ(u)v(x) \in E_\lambda(u), donc Eλ(u)E_\lambda(u) est stable par vv. Considérons l'endomorphisme induit v~:Eλ(u)→Eλ(u)\tilde{v} : E_\lambda(u) \to E_\lambda(u) défini par v~(x)=v(x)\tilde{v}(x) = v(x). Son polynôme caractéristique χv~\chi_{\tilde{v}} divise χv\chi_v dans K[X]\mathbb{K}[X]. Comme χv\chi_v est scindé, χv~\chi_{\tilde{v}} l'est aussi. Par conséquent, v~\tilde{v} admet au moins une valeur propre μ∈K\mu \in \mathbb{K} et un vecteur propre associé e∈Eλ(u)∖{0}e \in E_\lambda(u) \setminus \{0\}. On a alors :
      u(e)=λeetv(e)=μe\boxed{u(e) = \lambda e   \text{et}   v(e) = \mu e}
      Le vecteur ee est donc un vecteur propre commun à uu et vv.

    2. Procédons par récurrence sur n=dim⁡En = \dim E. Initialisation : Pour n=1n=1, tout endomorphisme est représenté par une matrice (a)(a), qui est triangulaire. Hérédité : Supposons la propriété vraie pour tout espace de dimension n−1n-1. D'après (a), il existe un vecteur propre commun e1e_1 à uu et vv. On complète e1e_1 en une base B=(e1,ϵ2,…,ϵn)\mathcal{B} = (e_1, \epsilon_2, \dots, \epsilon_n) de EE. Les matrices de uu et vv dans cette base sont de la forme :
      MB(u)=(λLu0A),MB(v)=(μLv0B)M_{\mathcal{B}}(u) = \begin{pmatrix} \lambda & L_u
      0 & A \end{pmatrix},   M_{\mathcal{B}}(v) = \begin{pmatrix} \mu & L_v
      0 & B \end{pmatrix}
      où A,B∈Mn−1(K)A, B \in \mathcal{M}_{n-1}(\mathbb{K}). La relation u∘v=v∘uu \circ v = v \circ u se traduit matriciellement par M(u)M(v)=M(v)M(u)M(u)M(v) = M(v)M(u). Le calcul du produit par blocs donne pour le bloc inférieur droit :
      AB=BA\boxed{AB = BA}
      De plus, χu(X)=(X−λ)χA(X)\chi_u(X) = (X-\lambda)\chi_A(X) et χv(X)=(X−μ)χB(X)\chi_v(X) = (X-\mu)\chi_B(X). Ainsi, χA\chi_A et χB\chi_B sont scindés, donc AA et BB sont trigonalisables. Par hypothèse de récurrence, il existe P∈GLn−1(K)P \in GL_{n-1}(\mathbb{K}) telle que P−1APP^{-1}AP et P−1BPP^{-1}BP soient triangulaires supérieures. En posant Q=(100P)∈GLn(K)Q = \begin{pmatrix} 1 & 0
      0 & P \end{pmatrix} \in GL_n(\mathbb{K})
      , les matrices Q−1M(u)QQ^{-1}M(u)Q et Q−1M(v)QQ^{-1}M(v)Q sont triangulaires supérieures.

    1. On raisonne par récurrence sur n=dim⁡En = \dim E. Si n=1n=1, le résultat est immédiat. Supposons le résultat vrai pour tout espace de dimension strictement inférieure à nn. Si tous les uiu_i sont des homothéties (ui=λiIdEu_i = \lambda_i \text{Id}_E), alors tout vecteur non nul est un vecteur propre commun. Sinon, il existe ui0∈Fu_{i_0} \in \mathcal{F} qui n'est pas une homothétie. Comme ui0u_{i_0} est trigonalisable, il possède au moins une valeur propre λ\lambda. Le sous-espace propre V=ker⁡(ui0−λIdE)V = \ker(u_{i_0} - \lambda \text{Id}_E) vérifie 1≤dim⁡V<n1 \le \dim V < n. Comme tous les uju_j commutent avec ui0u_{i_0}, ils stabilisent tous VV. On peut alors considérer la famille des restrictions F∣V=(uj∣V)j∈I\mathcal{F}_{|V} = (u_{j|V})_{j \in I}. Chaque uj∣Vu_{j|V} est encore trigonalisable (son polynôme caractéristique divise celui de uju_j). Par hypothèse de récurrence appliquée à l'espace VV, il existe un vecteur propre commun à tous les uj∣Vu_{j|V}, qui est donc un vecteur propre commun à tous les éléments de F\mathcal{F}.
    2. On procède à nouveau par récurrence sur n=dim⁡En = \dim E. L'existence d'un vecteur propre commun e1e_1 (question précédente) permet d'écrire, dans une base commençant par e1e_1, des matrices de la forme :
      ∀i∈I,M(ui)=(λiLi0Ai)\forall i \in I,   M(u_i) = \begin{pmatrix} \lambda_i & L_i
      0 & A_i \end{pmatrix}
      La commutation de la famille (ui)(u_i) entraîne la commutation de la famille de matrices (Ai)i∈I(A_i)_{i \in I} de taille (n−1)(n-1). De plus, chaque AiA_i est trigonalisable. L'hypothèse de récurrence assure l'existence d'une base de Kn−1\mathbb{K}^{n-1} trigonalisant simultanément tous les AiA_i. On conclut par un changement de base par blocs comme en 1.(b).

Attention à ne pas oublier de justifier que les restrictions d'endomorphismes trigonalisables à un sous-espace stable restent trigonalisables (argument de divisibilité du polynôme caractéristique).