WikiPrépaLivrets

On considère l'espace vectoriel A\mathcal{A} constitué des matrices de M2(R)\mathcal{M}_{2}(\mathbb{R}) dont la trace est nulle. On définit les trois matrices suivantes de A\mathcal{A} :

e1=(100−1),e2=(0010),e3=(0100)e_{1}=\begin{pmatrix} 1 & 0
0 & -1 \end{pmatrix},   e_{2}=\begin{pmatrix} 0 & 0
1 & 0 \end{pmatrix},   e_{3}=\begin{pmatrix} 0 & 1
0 & 0 \end{pmatrix}
Pour toutes matrices A,B∈M2(R)A, B \in \mathcal{M}_{2}(\mathbb{R}), on note [A,B]=AB−BA[A, B] = AB - BA le crochet de Lie de AA et BB.

  1. Déterminer les valeurs des crochets [ei,ej][e_{i}, e_{j}] pour tout couple (i,j)∈{1,2,3}2(i, j) \in \{1, 2, 3\}^2.
  2. Justifier que (e1,e2,e3)(e_1, e_2, e_3) forme une base de A\mathcal{A} et en déduire la dimension de cet espace.
  3. Soit ss un élément non nul de A\mathcal{A}. On s'intéresse au système d'équations (S)(S) d'inconnues (p,q)∈A2(p, q) \in \mathcal{A}^2 suivant :
    (S):{[s,p]=−2p[s,q]=2q[p,q]=−s(S) : \begin{cases} [s, p] = -2p
    [s, q] = 2q
    [p, q] = -s \end{cases}
    On suppose qu'il existe un couple de solutions (p0,q0)(p_0, q_0) à ce système. Déterminer l'ensemble de toutes les solutions de (S)(S) en fonction de p0p_0 et q0q_0.

1.

Pour la question 1, procéder par calcul direct. Remarquer les propriétés d'antisymétrie du crochet.

2.

Pour la question 2, vérifier la liberté de la famille et montrer qu'elle engendre les matrices de trace nulle.

3.

Pour la question 3, utiliser l'application linéaire ads:X↦[s,X]\text{ad}_s : X \mapsto [s, X]. Si le système possède une solution, alors −2-2 et 22 sont valeurs propres de ads\text{ad}_s. Étudier la dimension des sous-espaces propres associés. Remarquer que si ss est semblable à e1e_1, l'étude se ramène au cas traité en question 1.

Idées clés

•

Utilisation du crochet de Lie comme opérateur linéaire (endomorphisme adjoint).

•

Lien entre les valeurs propres de ss et les valeurs propres de l'application X↦[s,X]X \mapsto [s, X].

•

Structure de l'algèbre de Lie sl2(R)\mathfrak{sl}_2(\mathbb{R}).

Résolution.

  1. Par calcul direct, nous obtenons : ∙\bullet [e1,e1]=[e2,e2]=[e3,e3]=0[e_1, e_1] = [e_2, e_2] = [e_3, e_3] = 0 par définition du crochet. ∙\bullet [e1,e2]=(100−1)(0010)−(0010)(100−1)=(00−10)−(0010)=(00−20)=−2e2[e_1, e_2] = \begin{pmatrix} 1 & 0
    0 & -1 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 0 & 0
    1 & 0 \end{pmatrix} - \begin{pmatrix} 0 & 0
    1 & 0 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 1 & 0
    0 & -1 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 0 & 0
    -1 & 0 \end{pmatrix} - \begin{pmatrix} 0 & 0
    1 & 0 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 0 & 0
    -2 & 0 \end{pmatrix} = -2e_2
    . ∙\bullet [e1,e3]=(100−1)(0100)−(0100)(100−1)=(0100)−(0−100)=(0200)=2e3[e_1, e_3] = \begin{pmatrix} 1 & 0
    0 & -1 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 0 & 1
    0 & 0 \end{pmatrix} - \begin{pmatrix} 0 & 1
    0 & 0 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 1 & 0
    0 & -1 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 0 & 1
    0 & 0 \end{pmatrix} - \begin{pmatrix} 0 & -1
    0 & 0 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 0 & 2
    0 & 0 \end{pmatrix} = 2e_3
    . ∙\bullet [e2,e3]=(0010)(0100)−(0100)(0010)=(0001)−(1000)=−e1[e_2, e_3] = \begin{pmatrix} 0 & 0
    1 & 0 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 0 & 1
    0 & 0 \end{pmatrix} - \begin{pmatrix} 0 & 1
    0 & 0 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 0 & 0
    1 & 0 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 0 & 0
    0 & 1 \end{pmatrix} - \begin{pmatrix} 1 & 0
    0 & 0 \end{pmatrix} = -e_1
    . Par antisymétrie [A,B]=−[B,A][A, B] = -[B, A], on en déduit les autres crochets :
    [e1,e2]=−2e2,[e1,e3]=2e3,[e2,e3]=−e1\boxed{[e_1, e_2] = -2e_2,   [e_1, e_3] = 2e_3,   [e_2, e_3] = -e_1}

  2. Une matrice M=(abcd)M = \begin{pmatrix} a & b
    c & d \end{pmatrix}
    appartient à A\mathcal{A} si et seulement si a+d=0a+d=0, soit d=−ad = -a. Ainsi, M=(abc−a)=a(100−1)+c(0010)+b(0100)=ae1+ce2+be3M = \begin{pmatrix} a & b
    c & -a \end{pmatrix} = a \begin{pmatrix} 1 & 0
    0 & -1 \end{pmatrix} + c \begin{pmatrix} 0 & 0
    1 & 0 \end{pmatrix} + b \begin{pmatrix} 0 & 1
    0 & 0 \end{pmatrix} = a e_1 + c e_2 + b e_3
    . La famille (e1,e2,e3)(e_1, e_2, e_3) est donc génératrice de A\mathcal{A}. De plus, elle est clairement libre car les positions des coefficients non nuls sont distinctes.
    dim⁡(A)=3\boxed{\dim(\mathcal{A}) = 3}

  3. Soit ϕs:A→A\phi_s : \mathcal{A} \to \mathcal{A} l'endomorphisme défini par ϕs(X)=[s,X]\phi_s(X) = [s, X]. Les deux premières équations du système signifient que pp est un vecteur propre de ϕs\phi_s pour la valeur propre −2-2, et qq est un vecteur propre pour la valeur propre 22. Analyse des dimensions : Supposons qu'il existe une solution (p0,q0)(p_0, q_0) avec s≠0s \neq 0. Puisque [s,p0]=−2p0[s, p_0] = -2p_0 et [s,q0]=2q0[s, q_0] = 2q_0, l'endomorphisme ϕs\phi_s admet au moins deux valeurs propres non nulles et distinctes. Dans la base (e1,e2,e3)(e_1, e_2, e_3), si s=e1s = e_1, la matrice de ϕe1\phi_{e_1} est diag(0,−2,2)\text{diag}(0, -2, 2) d'après la question 1. Les sous-espaces propres associés à −2-2 et 22 sont de dimension 1. Plus généralement, toute matrice s∈A∖{0}s \in \mathcal{A} \setminus \{0\} possédant des valeurs propres non nulles est semblable à une matrice de la forme diag(λ,−λ)\text{diag}(\lambda, -\lambda). On montre alors que les valeurs propres de ϕs\phi_s sont {0,2λ,−2λ}\{0, 2\lambda, -2\lambda\}. Pour que −2-2 et 22 soient valeurs propres, il est nécessaire que λ=±1\lambda = \pm 1, donc que ss soit semblable à e1e_1. Dans ce cas, les sous-espaces propres E−2(ϕs)E_{-2}(\phi_s) et E2(ϕs)E_{2}(\phi_s) sont de dimension 1. Résolution : Puisque dim⁡E−2(ϕs)=1\dim E_{-2}(\phi_s) = 1 et dim⁡E2(ϕs)=1\dim E_{2}(\phi_s) = 1, tout couple (p,q)(p, q) vérifiant les deux premières équations est de la forme :
    p=αp0etq=βq0avec (α,β)∈R2p = \alpha p_0   \text{et}   q = \beta q_0   \text{avec } (\alpha, \beta) \in \mathbb{R}^2
    Injectons ces expressions dans la troisième équation [p,q]=−s[p, q] = -s :
    [αp0,βq0]=−s  ⟺  αβ[p0,q0]=−s[\alpha p_0, \beta q_0] = -s \iff \alpha \beta [p_0, q_0] = -s
    Comme (p0,q0)(p_0, q_0) est une solution particulière, on a déjà [p0,q0]=−s[p_0, q_0] = -s. L'équation devient :
    αβ(−s)=−s\alpha \beta (-s) = -s
    Puisque s≠0s \neq 0, cette égalité équivaut à αβ=1\alpha \beta = 1, soit β=1α\beta = \frac{1}{\alpha} (avec α≠0\alpha \neq 0).
    S={(αp0,1αq0),α∈R∗}\boxed{\mathcal{S} = \left\{ \left( \alpha p_0, \frac{1}{\alpha} q_0 \right), \alpha \in \mathbb{R}^* \right\}}

Attention à ne pas oublier que ss est fixé dans le système. On ne cherche pas à faire varier ss, mais bien à trouver tous les couples (p,q)(p, q) possibles pour un ss donné. Il est aussi crucial de justifier que les sous-espaces propres sont de dimension 1 pour affirmer que pp et qq sont proportionnels à p0p_0 et q0q_0.