WikiPrépaLivrets

Soient A,B∈Mn(C)A, B \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}). On note [A,B]=AB−BA[A, B] = AB - BA le crochet de Lie de AA et BB.

  1. On suppose qu'il existe α∈C∗\alpha \in \mathbb{C}^{*} tel que [A,B]=αA[A, B] = \alpha A.
    1. Calculer Tr⁡(Ak)\operatorname{Tr}(A^{k}) pour tout k∈N∗k \in \mathbb{N}^{*}.
    2. En déduire que AA est une matrice nilpotente.

  2. On suppose que AA commute avec [A,B][A, B].
    1. Montrer par récurrence que pour tout k∈Nk \in \mathbb{N}, [Ak,B]=kAk−1[A,B][A^k, B] = k A^{k-1} [A, B].
    2. Montrer que pour tout k∈N∗k \in \mathbb{N}^{*}, Tr⁡([A,B]k)=0\operatorname{Tr}([A, B]^k) = 0.
    3. En déduire que [A,B][A, B] est nilpotente.

  3. Soient λ,μ∈C\lambda, \mu \in \mathbb{C}. On suppose que [A,B]=λA+μB[A, B] = \lambda A + \mu B. Montrer que AA et BB admettent un vecteur propre commun.

1.

Pour la question 1, utiliser la linéarité de la trace et la propriété Tr⁡(XY)=Tr⁡(YX)\operatorname{Tr}(XY) = \operatorname{Tr}(YX).

2.

Pour la question 2(b), utiliser la question 2(a) et calculer Tr⁡([Ak,B])\operatorname{Tr}([A^k, B]) de deux façons différentes.

3.

Pour la question 3, considérer le sous-espace V=Vect⁡(A,B)V = \operatorname{Vect}(A, B). Si λ=μ=0\lambda = \mu = 0, utiliser le résultat classique sur les endomorphismes qui commutent. Sinon, se ramener au cas où un élément est nilpotent.

Idées clés

•

Propriété fondamentale : Tr⁡(AB−BA)=0\operatorname{Tr}(AB-BA) = 0.

•

Lemme de Jacobson : si AA commute avec [A,B][A,B], alors [A,B][A,B] est nilpotent.

•

Utilisation de la structure d'algèbre de Lie de dimension finie.

Résolution.

  1. Cas [A,B]=αA[A, B] = \alpha A :
    1. Soit k≥1k \geq 1. On multiplie par Ak−1A^{k-1} à gauche : AkB−Ak−1BA=αAkA^k B - A^{k-1} B A = \alpha A^k. En prenant la trace :
      Tr⁡(AkB)−Tr⁡(Ak−1BA)=αTr⁡(Ak)\operatorname{Tr}(A^k B) - \operatorname{Tr}(A^{k-1} B A) = \alpha \operatorname{Tr}(A^k)
      Par circularité de la trace, Tr⁡(Ak−1BA)=Tr⁡(A⋅Ak−1B)=Tr⁡(AkB)\operatorname{Tr}(A^{k-1} B A) = \operatorname{Tr}(A \cdot A^{k-1} B) = \operatorname{Tr}(A^k B). On obtient donc 0=αTr⁡(Ak)\boxed{0 = \alpha \operatorname{Tr}(A^k)}. Comme α≠0\alpha \neq 0, on a Tr⁡(Ak)=0\operatorname{Tr}(A^k) = 0 pour tout k≥1k \geq 1.
    2. D'après l'exercice précédent, Tr⁡(Ak)=0\operatorname{Tr}(A^k) = 0 pour k∈⟦1,n⟧k \in \llbracket 1, n \rrbracket implique que A est nilpotente\boxed{A \text{ est nilpotente}}.

  2. Cas où AA commute avec C=[A,B]C = [A, B] :
    1. L'initialisation est triviale. Supposons la propriété au rang kk :
      [Ak+1,B]=Ak+1B−BAk+1=A(AkB−BAk)+(AB−BA)Ak[A^{k+1}, B] = A^{k+1} B - B A^{k+1} = A(A^k B - B A^k) + (AB - BA) A^k
      [Ak+1,B]=A[Ak,B]+[A,B]Ak[A^{k+1}, B] = A [A^k, B] + [A, B] A^k
      Par hypothèse de récurrence et comme AA et [A,B][A, B] commutent :
      [Ak+1,B]=A(kAk−1[A,B])+[A,B]Ak=(k+1)Ak[A,B][A^{k+1}, B] = A(k A^{k-1} [A, B]) + [A, B] A^k = (k+1) A^k [A, B]
      La relation est vérifiée.
    2. Soit k≥1k \geq 1. On sait que Tr⁡([Ak,B])=0\operatorname{Tr}([A^k, B]) = 0. Or, d'après (a), [Ak,B]=kAk−1C[A^k, B] = k A^{k-1} C. Donc Tr⁡(Ak−1C)=0\operatorname{Tr}(A^{k-1} C) = 0 pour tout k≥1k \geq 1. En particulier, pour tout polynôme PP, Tr⁡(P(A)C)=0\operatorname{Tr}(P(A)C) = 0. Comme CC commute avec AA, on peut trigonaliser AA et CC simultanément (ou utiliser que CkC^k est de la forme P(A)CP(A)C par récurrence car CC est un commutateur lié à AA). En fait, on montre par récurrence que Tr⁡(Ck)=0\operatorname{Tr}(C^k) = 0 en utilisant la dérivation D(X)=[X,B]D(X) = [X, B]. Plus simplement, si on note δ(X)=[X,B]\delta(X) = [X, B], alors C=δ(A)C = \delta(A). Comme AA et CC commutent, Tr⁡(Ck)=Tr⁡(Ck−1[A,B])\operatorname{Tr}(C^k) = \operatorname{Tr}(C^{k-1} [A, B]). Comme CC commute avec AA, Ck−1[A,B]=[A,Ck−1B]C^{k-1} [A, B] = [A, C^{k-1} B]. D'où Tr⁡(Ck)=Tr⁡([A,Ck−1B])=0\operatorname{Tr}(C^k) = \operatorname{Tr}([A, C^{k-1} B]) = 0.
    3. Comme Tr⁡(Ck)=0\operatorname{Tr}(C^k) = 0 pour tout kk, C est nilpotente\boxed{C \text{ est nilpotente}}.

  3. Cas [A,B]=λA+μB[A, B] = \lambda A + \mu B : Si λ=μ=0\lambda = \mu = 0, AA et BB commutent. Sur C\mathbb{C}, ils ont un vecteur propre commun. Sinon, supposons λ≠0\lambda \neq 0. Posons C=λA+μBC = \lambda A + \mu B. Alors [C,B]=[λA+μB,B]=λ[A,B]=λC[C, B] = [\lambda A + \mu B, B] = \lambda [A, B] = \lambda C. D'après la question 1, CC est nilpotente. Soit W=Ker⁡CW = \operatorname{Ker} C. Comme C≠0C \neq 0 (si C=0C=0 c'est fini), WW est un sous-espace non trivial. De [C,B]=λC[C, B] = \lambda C, on tire que WW est stable par BB. En effet, si x∈Wx \in W :
    C(Bx)=(BC−λC)x=B(Cx)−λCx=0C(Bx) = (BC - \lambda C)x = B(Cx) - \lambda Cx = 0
    L'endomorphisme induit par BB sur WW admet au moins un vecteur propre vv. Alors Bv=βvBv = \beta v et Cv=0Cv = 0. Comme C=λA+μBC = \lambda A + \mu B, on a λAv+μβv=0\lambda Av + \mu \beta v = 0, donc vv est aussi vecteur propre de AA.

Dans la question 2, il est crucial de ne pas oublier que la trace d'un commutateur est nulle, ce qui est le levier principal pour prouver la nilpotence.