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Soient A,BA, B et CC trois matrices appartenant à Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}). On suppose que ces matrices vérifient la relation AB=BCAB = BC.

On définit la matrice M∈M2n(C)M \in \mathcal{M}_{2n}(\mathbb{C}) par la structure de blocs suivante :

M=(AB0C)M = \begin{pmatrix} A & B
0 & C \end{pmatrix}

Déterminer une condition nécessaire et suffisante sur A,BA, B et CC pour que la matrice MM soit diagonalizable.

1.

Commencer par établir, pour tout polynôme P∈C[X]P \in \mathbb{C}[X], une expression de la matrice P(M)P(M) en fonction de P(A)P(A), P(C)P(C), P′(C)P'(C) et BB. On utilisera la relation AB=BCAB=BC pour simplifier les puissances de MM.

2.

Utiliser le critère de diagonalisabilité portant sur l'existence d'un polynôme annulateur scindé à racines simples.

3.

Pour la condition nécessaire, si PP annule MM et a des racines simples, montrer que P′(C)P'(C) est nécessairement une matrice inversible.

Idées clés

•

Calcul des puissances d'une matrice par blocs par récurrence.

•

Lien entre P(M)P(M) et la dérivée P′P' pour ce type de structure.

•

Caractérisation polynomiale de la diagonalisabilité (polynôme scindé à racines simples).

1. Calcul des puissances de MM.

Montrons par récurrence sur k∈Nk \in \mathbb{N} que :

Mk=(AkkBCk−10Ck)M^k = \begin{pmatrix} A^k & k B C^{k-1}
0 & C^k \end{pmatrix}

Initialisation : Pour k=0k=0, M0=I2nM^0 = I_{2n} et le bloc en haut à droite est 0⋅BC−1=00 \cdot B C^{-1} = 0, ce qui est cohérent. Pour k=1k=1, on retrouve bien MM.

Hérédité : Supposons la propriété vraie au rang kk. Alors :

Mk+1=M⋅Mk=(AB0C)(AkkBCk−10Ck)=(Ak+1kABCk−1+BCk0Ck+1)M^{k+1} = M \cdot M^k = \begin{pmatrix} A & B
0 & C \end{pmatrix} \begin{pmatrix} A^k & k B C^{k-1}
0 & C^k \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} A^{k+1} & k A B C^{k-1} + B C^k
0 & C^{k+1} \end{pmatrix}

Or, la relation AB=BCAB=BC implique par une récurrence immédiate que AjB=BCjA^j B = B C^j pour tout j∈Nj \in \mathbb{N}. En particulier, pour j=1j=1, on a AB=BCAB = BC, d'où :

kABCk−1=k(BC)Ck−1=kBCkk A B C^{k-1} = k (BC) C^{k-1} = k B C^k

Le bloc supérieur droit devient donc :

kBCk+BCk=(k+1)BCkk B C^k + B C^k = (k+1) B C^k
La formule est donc démontrée par récurrence pour tout k∈Nk \in \mathbb{N}.

2. Action d'un polynôme sur MM.

Soit P=∑k=0dakXkP = \sum_{k=0}^d a_k X^k un polynôme de C[X]\mathbb{C}[X]. Par linéarité du passage au polynôme de matrice :

P(M)=∑k=0dakMk=∑k=0dak(AkkBCk−10Ck)P(M) = \sum_{k=0}^d a_k M^k = \sum_{k=0}^d a_k \begin{pmatrix} A^k & k B C^{k-1}
0 & C^k \end{pmatrix}

En distribuant la somme dans les blocs, on obtient :

P(M)=(∑akAkB(∑kakCk−1)0∑akCk)P(M) = \begin{pmatrix} \sum a_k A^k & B \left( \sum k a_k C^{k-1} \right)
0 & \sum a_k C^k \end{pmatrix}

On reconnaît les expressions de P(A)P(A), P(C)P(C) et de la dérivée P′(C)P'(C) :

P(M)=(P(A)BP′(C)0P(C))\boxed{ P(M) = \begin{pmatrix} P(A) & B P'(C)
0 & P(C) \end{pmatrix} }

3. Condition Nécessaire (Analyse).

Supposons MM diagonalizable. Il existe alors un polynôme P∈C[X]P \in \mathbb{C}[X] scindé à racines simples tel que P(M)=0P(M) = 0. D'après la relation précédente, ceci impose :

P(A)=0,P(C)=0,etBP′(C)=0P(A) = 0,   P(C) = 0,   \text{et}   B P'(C) = 0

  • P(A)=0P(A)=0 avec PP à racines simples implique que AA est diagonalizable.
  • P(C)=0P(C)=0 avec PP à racines simples implique que CC est diagonalizable.
  • Soit λ∈Sp(C)\lambda \in \text{Sp}(C). Comme P(C)=0P(C)=0, λ\lambda est racine de PP. Puisque les racines de PP sont simples, on a nécessairement P′(λ)≠0P'(\lambda) \neq 0.

Les valeurs propres de la matrice P′(C)P'(C) sont les {P′(λ)∣λ∈Sp(C)}\{P'(\lambda) \mid \lambda \in \text{Sp}(C)\}. Comme elles sont toutes non nulles, P′(C)P'(C) est une matrice inversible. Dès lors :

BP′(C)=0  ⟹  B=0⋅(P′(C))−1  ⟹  B=0B P'(C) = 0 \implies B = 0 \cdot (P'(C))^{-1} \implies \boxed{ B = 0 }

4. Condition Suffisante (Synthèse).

Supposons que B=0B=0 et que AA et CC soient diagonalisables. Alors la matrice MM est diagonale par blocs :

M=(A00C)M = \begin{pmatrix} A & 0
0 & C \end{pmatrix}

Une matrice diagonale par blocs est diagonalizable si et seulement si chaque bloc diagonal l'est. Comme AA et CC sont diagonalisables par hypothèse, MM l'est aussi.

Conclusion :

M est diagonalizable   ⟺  B=0 et (A,C) sont diagonalisables\boxed{ M \text{ est diagonalizable } \iff B = 0 \text{ et } (A, C) \text{ sont diagonalisables} }

Il est tentant de penser que la condition AB=BCAB=BC permet à BB d'être non nulle (par exemple si AA et CC n'ont pas de valeurs propres communes). Cependant, la structure triangulaire par blocs impose une contrainte très forte : si MM est diagonalizable, le couplage induit par BB doit disparaître totalement dès que la relation de commutation "type dérivation" P(M)P(M) apparaît.