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Soit ff un endomorphisme d'un R\mathbb{R}-espace vectoriel EE de dimension nn. On suppose qu'il existe un polynôme P=X2+αX+βR[X]P = X^2 + \alpha X + \beta \in \mathbb{R}[X] sans racine réelle tel que P(f)=0P(f) = 0.

  1. Justifier que nn est pair.
  2. Pour tout xE{0}x \in E \setminus \{0\}, on pose y=f(x)+αxy = f(x) + \alpha x. Montrer que (x,y)(x, y) est une base d'un plan HxH_x stable par ff.
  3. Déterminer la matrice de la restriction de ff à HxH_x dans la base (y,x)(y, x).
  4. Montrer qu'il existe une base de EE dans laquelle la matrice de ff est diagonale par blocs avec des blocs identiques égaux à (01βα)\begin{pmatrix} 0 & 1
    -\beta & -\alpha \end{pmatrix}
    .

1.

La parité de nn découle de l'absence de racines réelles pour le polynôme caractéristique.

2.

Calculer f(y)f(y) en utilisant la relation f2+αf+βid=0f^2 + \alpha f + \beta \operatorname{id} = 0.

3.

Pour la question 4, utiliser un raisonnement par récurrence sur la dimension de l'espace en extrayant successivement des plans stables.

Idées clés

Utilisation de la relation polynomiale pour exprimer f(y)f(y).

Argument de dimension pour la somme directe (lemme de Zorn ou récurrence simple).

Résolution.

  1. Parité de la dimension. Les valeurs propres complexes de ff sont racines de PP. Puisque PP n'a pas de racines réelles, ff n'a pas de valeurs propres réelles. Le polynôme caractéristique χf\chi_f est de degré nn. S'il était impair, il posséderait une racine réelle d'après le théorème des valeurs intermédiaires. Ainsi, nn est pair.
    n2N\boxed{n \in 2\mathbb{N}}

  2. Base du plan stable. Soit x0x \neq 0. Si (x,y)(x, y) était liée, on aurait y=λxy = \lambda x, soit f(x)+αx=λxf(x) + \alpha x = \lambda x, d'où f(x)=(λα)xf(x) = (\lambda - \alpha) x. Cela signifierait que xx est un vecteur propre de ff, ce qui est impossible. La famille (x,y)(x, y) est donc libre. Calculons f(y)f(y) : \begin{align*} f(y) &= f(f(x) + \alpha x)
    &= f^2(x) + \alpha f(x) \end{align*} Comme P(f)=0P(f) = 0, on a f2(x)+αf(x)+βx=0f^2(x) + \alpha f(x) + \beta x = 0, donc :
    f(y)=βxf(y) = -\beta x
    Puisque f(y)Vect(x,y)f(y) \in \operatorname{Vect}(x, y) et f(x)=yαxVect(x,y)f(x) = y - \alpha x \in \operatorname{Vect}(x, y), le plan Hx=Vect(x,y)H_x = \operatorname{Vect}(x, y) est stable par ff.
    f(Hx)Hx\boxed{f(H_x) \subset H_x}

  3. Matrice de la restriction. On utilise la base (y,x)(y, x). D'après les calculs précédents :
    • f(y)=0yβxf(y) = 0 \cdot y - \beta \cdot x
    • f(x)=1yαxf(x) = 1 \cdot y - \alpha \cdot x
    La matrice est donc :
    Mat(y,x)(fHx)=(01βα)\boxed{ \operatorname{Mat}_{(y, x)}(f_{|H_x}) = \begin{pmatrix} 0 & 1
    -\beta & -\alpha \end{pmatrix} }

  4. Existence de la base globale. On procède par récurrence sur nn. Pour n=0n=0, c'est trivial. Supposons la propriété vraie pour tout espace de dimension n2n-2. Soit EE de dimension nn. On choisit x10x_1 \neq 0 et on forme Hx1H_{x_1}. C'est un plan stable. D'après le résultat de la question 3 de l'exercice précédent (applicable ici car la structure est identique), si l'on prend un supplémentaire stable, on peut conclure. Cependant, en CPGE MP, on peut utiliser le fait que si HH est stable, il existe un supplémentaire stable (ceci est vrai ici car le polynôme minimal est irréductible, rendant l'endomorphisme semi-simple). Plus simplement, on construit E=H1H2HpE = H_1 \oplus H_2 \oplus \dots \oplus H_p par récurrence : Si Fk=H1HkEF_k = H_1 \oplus \dots \oplus H_k \neq E, on prend xEFkx \in E \setminus F_k. L'intersection FkHxF_k \cap H_x est un sous-espace stable de HxH_x. Comme HxH_x ne contient aucun sous-espace stable de dimension 1 (pas de valeurs propres), on a soit FkHx={0}F_k \cap H_x = \{0\}, soit FkHx=HxF_k \cap H_x = H_x. Le deuxième cas implique xFkx \in F_k, ce qui est exclu. Donc la somme est directe. On itère jusqu'à ce que la dimension atteigne nn.
    MatB(f)=diag(A,,A) avec A=(01βα)\boxed{ \operatorname{Mat}_{\mathcal{B}}(f) = \operatorname{diag}(A, \dots, A) \text{ avec } A = \begin{pmatrix} 0 & 1
    -\beta & -\alpha \end{pmatrix} }

L'erreur classique est d'oublier de justifier pourquoi FkHx={0}F_k \cap H_x = \{0\}. Il faut bien préciser qu'un plan stable dont le polynôme minimal est irréductible ne contient aucune droite stable.